Publié le 2 Jul 2025 - 11:18
(Football) - Monsieur le Président de la République, Madame la Ministre

Allons-nous sacrifier une qualification au Mondial et 5 milliards de francs CFA pour une élection en août ?

 

Beaucoup de bruit, énormément de débats, de prises de parole médiatiques, d’encre et de salive autour de l’Assemblée Générale élective de la Fédération Sénégalaise de Football, annoncée pour le 2 août prochain.

Pourtant, au-delà de cette agitation, il faut garder à l’esprit que notre football n’a pas toujours été une belle histoire linéaire.

Souvenons-nous : après la glorieuse épopée de la Coupe du Monde 2002 en Corée et au Japon, ce sont les rivalités, les querelles intestines et les prolongations judiciaires qui ont pris le dessus. Ces crises à répétition ont conduit à l’installation d’un comité de normalisation alors dirigé par Diagne Ndiaye, preuve qu’aucune stabilité n’est acquise pour toujours.

Ce n’est qu’après une longue traversée du désert, ponctuée d’échecs sportifs et d’espoirs déçus, qu’est enfin arrivé, vingt ans plus tard, notre premier sacre continental lors de la CAN 2021.

Je ne dis pas qu’il faut reporter l’Assemblée Générale élective coûte que coûte. Je n’y attache aucune importance en soi. Mais si la tenue de cette échéance devait plonger à nouveau notre football dans l’incertitude et l’instabilité, alors il appartient aux autorités compétentes de prendre leurs responsabilités.

J’interpelle ici directement le Président de la République et Madame la Ministre des Sports : ce sont eux qui ont confié une délégation de pouvoir à la Fédération.

S’il existe le moindre risque que ces querelles électorales viennent compromettre notre préparation et notre qualification pour la Coupe du Monde 2026, il serait sage de repousser cette assemblée jusqu’à fin janvier 2026, après la CAN qui se jouera au Maroc.

Car entre-temps, si nous validons notre ticket pour le Mondial, c’est un apport financier colossal de 5 milliards de francs CFA que la FIFA versera pour la préparation de notre équipe nationale. Qui, parmi les cinq candidats déjà déclarés, est capable d’injecter une telle somme dans le développement du football sénégalais ? Sincèrement, je n’en vois aucun, et je serais heureux de me tromper.

D’ici là, les deux matchs de qualification cruciaux prévus début septembre doivent rester notre priorité absolue.

Nous sommes actuellement deuxièmes du groupe, à égalité de points avec le Soudan, troisième, et derrière la République Démocratique du Congo, leader, qui nous devance d’une petite longueur.

Nous recevrons d’abord le Soudan, puis nous irons défier la RDC sur ses terres.

Ces deux rencontres pourraient sceller presque définitivement notre place en Coupe du Monde.

C’est pourquoi je plaide pour une réflexion profonde. Il serait imprudent de risquer une déstabilisation à ce moment décisif, simplement pour satisfaire un calendrier électoral qui n’a rien de sacré.

On peut s’inspirer du Comité International Olympique, qui veille toujours à éviter les élections présidentielles à l’approche des Jeux, afin de préserver la sérénité et la performance.

Rien n’empêche la poursuite du renouvellement déjà entamé des ligues régionales. Mais l’Assemblée Générale élective de la Fédération mérite, elle, un examen de conscience collectif.

Aujourd’hui, la balle est clairement dans le camp du Président de la République et de Madame la Ministre des Sports.

Ce sont eux, et eux seuls, qui peuvent sauver le football sénégalais d’une grave erreur dont nous risquons de payer le prix sportif et financier pendant des années.

Il est encore temps de choisir la lucidité et l’intérêt supérieur de la nation.

 

BKD…

(Par Boubacar Kambel DIENG)

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