Publié le 1 Jul 2025 - 18:18
L’éducation sénégalaise en péril

Enjeux et réponses

 

1. Des défis structurels multiples

Pénurie de professeurs : Le pays fait face à un déficit d’environ 6 529 enseignants, comprenant 4 313 postes vacants dans le primaire/pré-scolaire et 2 216 au secondaire  . Bien que 4 000 recrutements immédiats soient en cours, le déficit persiste, laissant encore 1 329 postes non pourvus  .

Échec scolaire et décrochage : Selon PISA (2017), moins de 10 % des jeunes de 15 ans atteignent un niveau de compétence minimal en lecture, mathématiques et sciences  . La cause principale est l’enseignement en français, langue étrangère pour beaucoup d’enfants, notamment en zone rurale.

Impact du COVID et fermeture d’universités : La pandémie a accentué la désaffection scolaire — en particulier chez les enseignants privés — et a entraîné une hausse de la pauvreté estudiantine (grosses perturbations à Cheikh Anta Diop University)  .

2. Initiatives de redressement en cours

Programme « Ndaw Wune » : Lancé en 2021 par l’ONG ARED, ce tutorat en langues nationales (wolof, pulaar, sérère) s’adresse à 4 000 élèves pour renforcer les bases en lecture et mathématiques. Les résultats préliminaires montrent une nette progression, avec taux de réussite plus élevés  .

Recrutement en urgence : Le gouvernement a lancé en janvier 2025 une campagne pour embaucher 2 000 enseignants supplémentaires, ciblant prioritairement les zones rurales (Matam, Kédougou, Tambacounda). Cette mesure vise à combler rapidement le déficit, mais nécessite un plan pluriannuel pour garantir sa durabilité  .

Réformes systémiques annoncées : Depuis juin 2024, l’État évalue tout le système éducatif et engage des réformes ambitieuses : renforcer la formation des enseignants, intégrer les langues nationales, agréger les daaras, planifier les infrastructures, promouvoir l'anglais et le numérique  .

3. Pistes de « bouffée de sauvetage »

1. Généralisation du bilinguisme : Intégrer durablement les langues maternelles dès la maternelle et le primaire, comme recommandé par l’UNESCO, pour améliorer la compréhension et les compétences de base  .

2. Recrutements ciblés et formation continue : Poursuivre les embauches d'enseignants, accompagnées de formations pédagogiques initiales et continues, avec un suivi régulier pour éviter le sous-effectif chronique  .

3. Solidarité scolaire (cantines) : Étendre le programme de cantines scolaires lancé en 2021 (107 000 élèves dans 637 écoles), qui encourage l’assiduité et soutient les plus vulnérables  .

4. Appui au numérique : Exploiter les atouts de l’Université numérique Cheikh Hamidou Kane (73 000 étudiants en 2023 grâce à 17 espaces numériques ouverts) pour favoriser l’apprentissage à distance  .

5. Inclusion & santé mentale : Former les enseignants aux besoins des élèves en situation de handicap, et instituer des services de soutien psychologique à l’université, là où ils sont quasi-inexistants malgré une demande forte  .

4. Engagement communautaire

Partenariat avec les parents et les syndicats : Les syndicats (Union USEQ, G7) et les associations de parents participent activement à la planification, au soutien des enseignants et au suivi des politiques éducatives  .

Mobilisation citoyenne : Les autorités locales sont incitées à s’impliquer dans la construction, l’entretien des écoles et l’organisation de collèges de proximité (model « La case des tout‑petits »)  .

Le système éducatif sénégalais est à un tournant : bien que solide dans sa structure, il souffre d’un déficit de ressources humaines et d’un désalignement sur les réalités linguistiques des élèves. Les réponses engagées — enseignement bilingue, recrutements massifs, cantines, numérique et inclusion — offrent une voie de redressement. Leur succès dépendra toutefois d’une mise en œuvre cohérente, de financements durables et d’une implication forte de l’ensemble des acteurs (gouvernement, enseignants, communautés, ONG).

 

Alioune  Cheikh Anta Sankara

Expert en développement international

Écrivain

 Militant de la Transformation Nationale

Section: 
NÉCROLOGIE : Christian Valantin : mémoire de notre histoire institutionnelle et diplomatique et emblème de l’unité culturelle du Sénégal
DIOM, FOULLA AK FAYDA : L’ADN immuable du sport sénégalais
CAN 2025 : Puisse la communion durer...
LETTRE OUVERTE AU PRÉSIDENT DE LA FIFA Finale de la CAN 2025 : Quand l’impartialité devient un impératif politique mondial
SENEGAL–MAROC : Héritage commun, destin solidaire au-delà des rivalités sportives
“Zéro talibé mendiant dans la rue’’ : objectif inatteignable ?
MAROC - SENEGAL : Quand la politique tue le football !
L’île de Gorée est un lieu de révolte, de liberté et de dignité, mais pas seulement un site de mémoire victimaire de l’esclavage
PROTÉGER LE PATRIMOINE MANDINGUE Un enjeu stratégique pour l’influence culturelle du Sénégal en Afrique de l’ouest tique culturelle peut véritablement faire sens. Culture, narratifs et influence à l’ère du numérique et de l’IA
Lettre ouverte à Monsieur Amadou BÂ, Ministre de la Culture du Sénégal
Notre souveraineté à l’épreuve de la dette
LIVRE - PAR TOUS LES MOYENS : Dix voix féminines sur le monde
La politique de l'oubli et la défiguration urbaine : Une analyse historique des blessures de Dakar
Attention, nous sommes sur une pente glissante
Piratage massif des Impôts et Domaines : Le pire arrivera si l’État ne fait rien
SOCIOTIQUE : " L'impact de l'IA sur le marché du travail
Dettes cachées : L’impossible transparence ? Le cas du Sénégal et les leçons de l’histoire
Le téléphone portable à l’école : Entre ouverture au monde numérique et vigilance éducative
La vallée du fleuve Sénégal : Entre espoirs et fragilités
PROJET DE CODE DES INVESTISSEMENTS : ANALYSE SOUS L’ANGLE DE LA SOUVERAINETÉ  ET DE LA RATIONALITÉ ÉCONOMIQUE