Publié le 1 Dec 2013 - 02:01
ASSOCIATION POUR LE DÉVELOPPEMENT DE SALDÉ (ADS)

Lettre ouverte à son Excellence, Monsieur le président de la  République

 

Objet : Plaidoyer pour une prise en compte des  réalités  sociohistoriques

et  géopolitiques  de Saldé (département de Podor)

Monsieur le président de la République,

Dans le cadre de l’Acte III de la Décentralisation dont nous approuvons l’esprit, nous venons très respectueusement auprès de votre haute bienveillance solliciter la prise en compte des  réalités sociohistoriques et géopolitiques de Saldé, le village qui a tout donné au Sénégal, en général, et au Foûta-Tôro, en particulier.

« Saldé » est la déformation du poulâr « salndou » angle formé par les deux branches d’un arbre ; ici il s’agit de « salndou-mâyo », lieu de confluence et de défluence « mâdjé-ndenndi-thiêri » de deux cours d’eau : les marigots de Doué et de Thiâmala qui quittent le cours principal du Sénégal pour se tourner le dos, coulant respectivement vers le nord-est et le sud-ouest. Il est fondé sur le site de Tébégout (tayba-gouy ou village des baobabs) ancienne bourgade sérère ressuscitée vers 1783 par Tafsîr Demba Dioûye alias Déwa Elimâne Moktâr Ly  (1740-1790).

Les Français ont, pour la première fois, foulé le sol de Tébégout vers 1853 et s’y sont installés officiellement à partir du 15 août 1859, date à laquelle Elimâne Mouhamadou Thiêrno Déwa Elimâne Ly, alors thiêrno-Tébégout, leur concéda, moyennant contrepartie en nature, des hectares de terres en vue de l’implantation d’établissements militaires (dont le fort de Saldé) et commerciaux par le biais des concessions bordelaises et marseillaises  plus tard implantées à Ngouye, Tantâdji-Galoya et Diorbivol.

«Saldé, une ancienne bourgade sérère ressuscitée»

De 1859 au mois de juin  1878 (assassinat, à Wâssétâké, de Samba Gourmel grand  notable de Boborel, par un des hommes d’Ismaïla Siley Anne, alors  chef de la contrée), Pété était la capitale des Yirlâbhé-Hebbiyâbhé et Saldé le chef-lieu du cercle réunissant le Bosséa (ancien arrondissement de Thilogne) et les Yirlâbhé-Hebbiyâbhé. Cette dernière fonction allait et revenait selon les humeurs des gouverneurs du Sénégal et les alliances et intérêts  coloniaux du moment. De 1978 à 1894, puis de 1907 à 1919  et, subrepticement, en 1922, Saldé abrita cumulativement la province et le cercle.

C’est, effectivement, par les Arrêtés du 06 septembre 1922 portant réunification du  territoire  colonial du Sénégal que  le cercle de  Saldé fut rattaché  définitivement à celui de Podor. En lieu et place fut maintenu le canton des Yirlâbhé-Hebbiyâbhé dirigé successivement par Abdoulâye Alphâ Cirê Kane  (1894-1928), son fils  Hâmîdou   Kane (1928 -1947) et  son petit-fils  Mamadou Lamine Kane (1947-1960).

De 1960 à 1980, le canton se mua en arrondissement auquel succéda la sous-préfecture décharnée actuelle. Par la même occasion, les communautés rurales de Galoya et Pété virent le jour. A partir des élections régionales et locales  du 22 mars 2009 ces deux localités furent érigées en communes ; Boké-Dialloubé et Mbôlo-Birâne leur succédèrent comme sièges des communautés rurales. Comble de décadence programmée, Saldé,  leur ancienne métropole, fut trimbalée  entre Pété  et Boké !!!

«Une école primaire dés 1894»

Rappelons que notre école primaire, la plus ancienne de tout le Foûta hormis celles de Podor et Matam, a ouvert ses portes le 27 novembre 1894. Mise à part cette institution, Saldé dispose aussi d’un bureau de poste (1922), d’un dispensaire (1930), d’une maternité (1964), d’une base de la SAED (1987), d’un centre polyvalent de formation de jeunes acteurs de développement animé par le chef de village et, depuis octobre 2008,  d’un CEM  (fruit d’une coopération exemplaire avec des villages voisins) transformé en lycée. Pour dire que, de bonne heure, Saldé a acquis  les outils, le mécanisme et la tradition indispensables à l’exercice de responsabilités administratives  efficaces  et efficientes  de grande envergure.

Dès lors, eu égard au rôle de locomotive que, par le passé, il a joué dans le Foûta central en général et dans la  province des Yirlâbé-Hebbiyâbhé en particulier, plus que toute autre bourgade   du département de Podor, Saldé (peuplé de 2000 âmes) mérite bien d’être érigé en chef-lieu de département, ou, tout au moins en commune rurale de concert avec ses voisins  et frères : Toufndé-gandhé, Barôbé, Wâssétâké, Diâranguel et Wallah tous situés dans l’Île à Morfil ; les quatre derniers susnommés partageant avec lui, en dehors du commun vouloir de vie commune nécessaire à toute cohabitation humaine, la gestion du lycée dit de Saldé et la réhabilitation tant espérée de la Cuvette rizicole Saldé-Wallah.

«Banditisme frontalier»

Monsieur le président de la République, le dernier point s’articule autour du devenir de l’Ile à Morfil dont Saldé est un des maillons forts.  Très tôt, la Mauritanie a revalorisé toutes ses localités  riveraines du fleuve Sénégal en élevant la plupart d’entre elles au rang de capitales  départementales dotées d’une garnison militaire, de brigades de gendarmerie, de douane et d’équipements collectifs. A contrario, à partir de 1963, pour punir l’Île à Morfil  restée fidèle au président Mamadou Dia, de manière exclusive, le régime alors en place jeta son dévolu sur le Diêri nonobstant le rôle historique que la plus grande île du Sénégal a joué  dans la genèse et la consolidation de notre Etat-nation.

Aujourd’hui, l’exacerbation du banditisme transfrontalier auquel se greffe le péril fondamentaliste religieux rampant et l’avenir prometteur que, dans le cadre de l’OMVS, l’on espère de l’exploitation des terres de la vallée, futur « garde-manger »  et source d’énergie potentielle de notre pays, commandent que notre« diwân » occupe une place de choix dans le réaménagement territorial envisagé sous votre magistère. Dès lors, la création du  département de l’Île à Morfil serait sans aucun doute une décision opportune et  courageuse.

Dans l’attente d’une suite favorable à la présente requête, nous vous prions d’agréer, Excellence, Monsieur le président de la République, l’expression de notre profond respect.

 

Pour les populations de Saldé, par ordre,

le président de l’ADS

Harouna Amadou LY dit Harouna Rassoul

Dakar, le 21 novembre, 2013

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