Les clarifications de Me Sidiki Kaba

Lors de la présentation, hier, de son livre intitulé : 101 discours d’espoir : plaidoyer pour un monde meilleur, l’ancien Premier ministre Me Sidiki Kaba est revenu sur les combats qui ont rythmé sa vie d’abord en tant que défenseur des droits humains, ensuite en tant qu’acteur clé du régime de Macky Sall. Traque des biens mal acquis, poursuites contre le régime de Macky Sall, fin du droit international, Me Kaba dit tout !
Ancien Premier ministre du Sénégal, ancien ministre des Affaires étrangères, Me Sidiki Kaba a fait face aux journalistes hier pour présenter son livre intitulé 101 discours d’espoir : plaidoyer pour un monde meilleur. Interpellé sur la fin du droit international, il s’est montré assez optimiste : “Nous devons rester continuellement debout et vigilants pour défendre la démocratie, c’est à dire le respect du droit, pour ne pas retourner à la loi de la jungle, où l’homme est un loup pour l’homme.”
Comment on a pu en arriver là ? C’est la grande question que se pose le militant des droits de l’homme, sidéré par ce qui se passe de Kiev à Téhéran, en passant par Caracas et Gaza. “…. Si cette logique persiste, ça veut dire que demain les uns peuvent réduire les autres en esclaves. Certains États peuvent décider d’en annexer d’autres. Parce que c’est la loi du plus fort. On ne peut pas vivre dans un monde comme ça et je pense que tout le monde a intérêt à travailler pour y mettre un terme”, plaide-t-il.
Le plus grave, selon le dernier Premier ministre de Macky Sall, c’est que ce sont les plus puissants qui sont en train de violer les lois. Il donne en exemple la Russie en Ukraine et les États-Unis au Venezuela. Pour lui, il ne faut pas pour autant désespérer de bâtir un monde meilleur, basé sur le droit, et respectueux des droits de l’homme. “C’est une construction permanente. Il peut y avoir des progrès extraordinaires, mais ce qui se passe nous montre également qu’il peut aussi y avoir des régressions spectaculaires, qui nous montrent que le vice qui est en l’homme peut toujours surgir. Mais comme disait Gramsci : ‘il faut savoir allier le pessimisme de l’intelligence à l’optimisme de la volonté’”, prêche le défenseur des droits de l’homme.
Pour le respect du droit international
Parlant de la justice internationale à travers notamment les accusations contre le régime du président Macky Sall dans lequel il a servi tour à tour en tant que ministre de la Justice, ministre des Affaires étrangères, ministre des Forces armées, ministre de l’Intérieur avant de regagner la Primature, il regrette des accusations sans fondements. “C’est de la fanfaronnade”, tranche-t-il, invitant les avocats qui avaient saisi la Cour pénale internationale de dire à l’opinion les résultats de leur saisine.
Pour lui, il n’y a eu au Sénégal aucun des crimes pour lesquels la CPI est compétente. Tout au plus, il y a eu des infractions dans le cadre d’opérations de maintien de l’ordre. Lesquelles obéissent à trois règles fondamentales et universelles : le principe de la légalité ; le principe de la nécessité et le principe de la proportionnalité. “Si un de ces principes a été violé, les responsables doivent en répondre ; ils ne doivent pas être protégés par la hiérarchie. Parce que personne ne leur demande de tirer sur les personnes. Bien au contraire”, a plaidé l’avocat.
“Macky Sall ne sera jamais poursuivi”
Mais encore faudrait-il qu’il y ait des procès équitables, avec une justice respectueuse de tous les droits. À ceux qui réclament des poursuites contre l’ancien président Macky Sall, Me Kaba se veut formel. “Il ne sera jamais, jamais, jamais, poursuivi. Parce que, d’abord il n’y a rien ; ensuite il y a son immunité. La haute trahison que l’on invoque souvent n’est même pas définie. Il faudra la définir et si on le fait maintenant, elle ne saurait rétroagir”, assure-t-il.
Pour les ministres, en revanche, ils doivent rendre des comptes, mais encore faudrait-il prouver leur culpabilité. Idem pour les hauts officiers que l’on accuse à tort. “On parle beaucoup de Gl Moussa Fall, pourquoi on ne parle que de lui. Gl Tine était haut commandant de la Gendarmerie avant lui. Certains sont morts pendant qu’il était à la tête de la Gendarmerie. Est-ce qu’on va dire qu’il est responsable ? Il faut en apporter les preuves ».
L’ancien ministre de la Justice de donner l’exemple de l’étudiant Bassirou Faye qu’il a eu à gérer en tant que Garde des Sceaux en 2014. Pour lui, c’était la première fois qu’un régime au Sénégal faisait un procès sur ce type de crime. “Ces crimes n’étaient jamais élucidés dans ce pays, auparavant. Pour une fois, il y a eu une décision, et ceux qui ont été jugés coupables ont été condamnés à 20 ans”, rappelle-t-il insistant sur la nécessité de respecter les droits de la défense, les droits à un procès juste et équitable.
L’engagement politique
Éminente personnalité de la société civile, Sidiki Kaba a été invité à s’engager en politique en 2014, suite à un appel du Président Macky Sall. Ce qui l’a le plus motivé, selon lui, c’est la possibilité de mettre en œuvre certaines de ses convictions fortes. La politique, rappelle-t-il, n’est pas sa tasse de thé ; c’est plutôt son grand frère, l’ancien député Lansana Kaba qui faisait la politique. Macky Sall l’avait convaincu en l’invitant à venir l’aider dans la mise en œuvre des réformes judiciaires.
“Nous nous sommes toujours battus pour les droits humains, notamment contre les longues détentions provisoires, en tant que militants. Il nous arrivait d’avoir quelquefois gain de cause sur un ou deux cas. Ministre de la Justice, là où j’en avais deux libérations, il m’arrivait de faire libérer 2 000 à 3 000”, s’est-il félicité justifiant que son engagement politique ne l’a jamais éloigné de ses convictions.
Il y est parvenu en faisant appliquer une disposition du Code pénal qui favorise la libération de certains détenus présentant des conditions de sociabilité.
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TRAQUE DES BIENS MAL ACQUIS Pourquoi la traque s’est arrêtée à Karim Wade Face aux journalistes, l’ancien ministre de la Justice est revenu sur la traque des biens mal acquis en faisant quelques confidences. Pour lui, s’il était ministre de la Justice plus tôt, la Cour de répression de l’enrichissement illicite n’aurait été jamais réactivée. Rappelant qu’il a pris la justice alors que Karim Wade était déjà en détention, il déclare : “Quand je suis venu, il y avait une liste de 25 personnes qu’on devait poursuivre. Moi j’ai dit au Président Macky Sall que ce n’est pas une bonne chose, si vous voulez travailler, ce n’est pas la voie. C’est pourquoi il n’y a eu personne à part Karim Wade. J’ai dit non, on ne peut pas poursuivre sur la base de la meute populaire.” L’ancien PM est aussi revenu sur certaines accusations à l’époque farfelues contre certaines personnalités du régime liberal. Il a donné l’exemple de Me Ousmane Ngom à qui on reprochait un immeuble dont le titre foncier était au nom de son père. “Tout ce que je vois c’est plus des cris d’orfraie qui n’ont rien à voir avec la réalité. Il est plus facile d’accuser que de regarder les faits”, a-t-il souligné, relevant la ressemblance avec le climat actuel : “Nous assistons au même débat aujourd’hui et je pense que les juges ont trouvé la voie. Petit à petit, tout le monde sera libéré. Malheureusement, ils ont été mis en prison injustement.” À la question de savoir si ces affaires n’ont pas un peu terni son parcours, il a rappelé les frontières entre les prérogatives du ministre de la Justice et l’indépendance des juges. “Quand on est ministre de la Justice, on n’a pas une prise sur les magistrats. Je pense que ceux qui semblaient l’ignorer sont en train d’en faire la douloureuse expérience”, persiste l’ancien Premier ministre, ancien Garde des Sceaux du régime du président Macky Sall. |
MOR AMAR






