Publié le 25 Feb 2026 - 12:24
QUESTIONS D’ACTUALITÉ - MAINTIEN DE L’ORDRE

L’ordre qui fâche !

 

Les prérogatives des autorités politiques en matière de maintien de l’ordre suscitent encore questionnements et controverse. L’ordre donné et assumé par le Premier ministre Ousmane Sonko lors des évènements du 9 février était-il opportun et mesuré ? Les appréciations divergent. Décryptage !

 

Qui a donc donné l’ordre aux policiers l’ordre de s’introduire au campus social de l’université Cheikh Anta Diop de Dakar ? La question était sur toutes les lèvres depuis les événements du 9 février, avec la mort du jeune étudiant Abdoulaye Ba. Face à l’Assemblée nationale hier, le Premier ministre Ousmane Sonko a annoncé sans ambages avoir donné l’ordre aux forces de défense et de sécurité. A ses sympathisants qui s’empressaient de le dédouaner, Ousmane Sonko corrige et assume : “C’est  moi qui ai donné l’ordre, même si les instructions que j’ai données n’ont pas été respectées à 100%.”  

Cette déclaration du Premier ministre soulève un autre débat sur les limites des prérogatives des autorités politiques en matière de maintien de l’ordre. Le ministre de l’Intérieur ou le Premier ministre ou même le président de la République sont-ils suffisamment outillés pour prendre le lead de telles opérations ? La question s’était posée avec acuité sous le magistère de Félix Antoine Diome. Elle est réactualisée par cette nouvelle déclaration.

Dans nos précédentes éditions, des spécialistes insistaient sur le fait que le maintien de l’ordre doit être laissé aux spécialistes. Ils revenaient sur la gravité de déployer des forces de sécurité dans un pavillon. “Cela requiert des dispositions particulières, des techniques particulières, avec des procédures spécifiques”, ajoutait un spécialiste. “Quelle que soit la situation, on n’envahit pas un lieu fermé comme ça, avec des équipements de maintien de l'ordre comme dans une opération classique. Il y a des préalables pour mener ce genre d’intervention. Que faire pour évacuer les lieux ? On doit aussi faire des sommations pour demander de quitter les lieux…”

Des prérogatives du politique en maintien de l’ordre

Malheureusement, regrettaient les experts, ceux qui donnent ce genre d’ordre ne connaissent absolument rien au maintien de l’ordre. À la question de savoir pourquoi les éléments doivent suivre aveuglément les ordres des politiciens, nos interlocuteurs précisent : “En fait, ce ne sont pas des ordres manifestement illégaux. Le commandant ne peut donc pas s’y opposer, mais il doit avertir de tous les risques. Cela a sûrement été fait.”

Alors que de nombreux experts s’interrogent sur la responsabilité du donneur d’ordre en ce qui concerne la mort de l’étudiant, le gouvernement lui dirige pour le moment les sanctions disciplinaires contre les officiers et agent de police. Il avait annoncé la sanction du commandant de la compagnie d’intervention à haut risque, celui du groupement opérationnel de Dakar, le commandant de la 4e compagnie du groupement opérationnel de Thiès, ainsi qu’un lieutenant de police.

Les FDS paient pour les bavures

Pour le moment, on ne sait pas encore quelles sont concrètement les fautes dont ils ont été coupables. Mais d’après Ousmane Sonko, ils ont bien commis quelques manquements. “Les forces de de défense et de sécurité n’y sont pas allées aux heures indiquées et tel que cela a été recommandé. Ce retard a entraîné des conséquences fâcheuses, les étudiants ont même attaqué le premier restaurant”, a chargé le Premier ministre. Ousmane Sonko a également dénoncé l’usage excessif de la force contre des étudiants désarmés.

Pour justifier l’ordre qui a été donné à la Police d’entrer dans le campus, le Premier ministre a évoqué des renseignements que le gouvernement avait reçus, faisant état d’une volonté d’incendier la bibliothèque universitaire, des restaurants, le siège du Coud…. “Un État responsable ne peut rester passif face à ces menaces. J’ai appelé le ministre de l’Intérieur et je lui ai demandé de prendre toutes les dispositions”, renchérit le PM, qui soutient que le campus social ne fait pas partie des franchises universitaires. “Si c’était à refaire, je le referais. Nous n’allons pas attendre que tout soit détruit pour agir. D’autant plus que les revendications en question ne sont pas toutes justifiées”, a-t-il soutenu, non sans rassurer que le gouvernement va renforcer la sécurité dans l’espace universitaire.

Outre la mise en place d’un Commissariat, le gouvernement a annoncé une série de mesures, dont la délocalisation d’une partie de l’université, la dotation des résidences de détection de fumée, des bouches d’incendie, ainsi que des caméras de surveillance

RÉFORMES DES BOURSES

Le gouvernement ne recule pas

Sur la question des bourses, le Gouvernement a réaffirmé ne devoir rien du tout aux étudiants régulièrement inscrits. La vérité est qu’ils auraient hérité d’une situation, avec un gouvernement qui payait des sommes indues. Ces manquements, à en croire le ministre de l’Enseignement supérieur, ont entraîné des dépassements budgétaires de l’ordre de 35 milliards en 2025. Le budget est passé de 70 à 105 milliards de francs CFA. 

L’autre problème, selon lui, ce sont les enjambistes. Jusque-là, les étudiants qui passaient en classe supérieure se retrouvent avec des bourses entières. Avec les réformes en cours, il faudrait valider toutes les unités pour avoir droit à la bourse entière. Autrement, il faut se contenter à une demi bourse.

TENSIONS SOCIALES

Ousmane Sonko menace

Après les étudiants, le Premier ministre a aussi fortement décrié les méthodes des syndicats qui multiplient les revendications, malgré les conditions difficiles. “Il faut que les Sénégalais sachent qu’il n'y a pas de richesses à partager. Chacun s'agite pour poser de nouvelles doléances. Vous avez des recettes de plus de 6 000 milliards, des dettes de plus de 5000 milliards...

On se bat tous les jours pour surmonter ces difficultés et les gens se permettent de sortir tous les jours de nouvelles revendications”, regrette le Premier ministre qui ajoute, menaçant :  “J'ai même entendu parler de revendications émergentes… L’objectif du pacte c’était de bâtir des consensus forts.

Il ne faut pas pousser l'État à bout hein. Si on nous pousse à bout, on fera face. Le pays ne se limite pas aux 200 000 fonctionnaires ou 200 000 étudiants. Ça ne peut pas se faire et ça ne se fera pas.”

LICENCE STARLINK

Le gouvernement muet sur les conditions financières

D’habitude, les opérateurs qui arrivent dans l’espace numérique Sénégalais versaient des sommes faramineuses. Avec Starlink, le Gouvernement ne veut toujours pas dire combien l’opérateur a payé pour obtenir l’autorisation d’opérer au Sénégal. À cette question précise, le ministre en charge des Télécoms rétorque : “L’assurance que je peux vous donner est que ce dossier a été traité de la manière la plus rigoureuse possible, conformément aux dispositions de la législation en vigueur.”

A entendre le ministre, c’est comme si l’Etat s’était contenté des kits offerts par Starlink pour une durée de 5 ans. Alioune Sall s’est félicité de la mise à disposition d’une connexion gratuite pour 1 million de Sénégalais. Aussi, avec Starlink, l’État pourra réduire sensiblement le gap numérique. “On nous parle souvent de la contrepartie financière, le plus important ce sont les un millions de sénégalais qui vont pouvoir disposer de internet gratuitement”’, a-t-il martelé.

Tout en félicitant le ministre pour le travail accompli, le PM n’écarte pas des discussions avec les acteurs qui se plaignent depuis l’annonce de ce marché octroyé au géant américain.

MOR AMAR

Section: 
RETROUVAILLES SONKO-OPPOSITION : Le moment de vérité ?
RENCONTRE DIOMAYE-PASTEF Manœuvre et contre-manœuvre
LEVÉE DE L’IMMUNITÉ PARLEMENTAIRE DE FARBA NGOM L’Hémicycle tranche
CRISE UNIVERSITAIRE : Thierno Alassane Sall dénonce une "trahison intolérable" et une "faillite morale"
NOUVELLE PROCÉDURE CONTRE FARBA NGOM : L’Assemblée met en place une commission ad hoc
INCARCERATION DE LASSANA KANTE, IMPLANTATION DE STARLINK, LISTE ELECTORALE, UNIVERSITE… Taxawu Senegaal met la pression sur le régime
TOURNÉE GUINGUINÉO - CAMPAGNE AGRICOLE, CRISE UNIVERSITAIRE... : Ousmane Sonko et le pari de la “vérité directe”
CANDIDATURE MACKY SALL SG NATIONS UNIES Quelles chances pour l’ancien président ?
PARTI SOCIALISTE - RELANCE INTERNE : L’heure de vérité a sonné
CONSEIL DES MINISTRES : Les grandes décisions du Gouvernement
FICHIER ÉLECTORAL ET CARTES D’IDENTITÉ : Le FDR exige des garanties immédiates
RÉVISION CONSTITUTIONNELLE : La riposte s’organise
CCÈS À L’INFORMATION AU SÉNÉGAL : Ibrahima H. Dème dénonce une violation de la loi et annonce des poursuites
FRONDE AU PARTI SOCIALISTE : Des leaders socialistes soutiennent les initiateurs du manifeste « Dundal PS »
TOURNÉES POLITIQUES : Quand le PR et le PM “se disputent” le terrain
FRANCE-SÉNÉGAL : Des relations sans éclat
JUSTICE, DROITS DE LHOMME, ORDRE INTERNATIONAL, TRAQUE DES BIENS MAL ACQUIS : Les clarifications de Me Sidiki Kaba
Diomaye 2029
MEMBRES DE L’OPPOSITION INVITÉS À FÊTER LE SACRE DES LIONS Union nationale ou manœuvre politique calculée ?
COOPÉRATION AVEC LE GOLFE ET L’ASIE : Diomaye reprend la main !