Chronique des désaccords au sommet

Affaire Samba Ndiaye, gestion de la crise de la dette, relations avec le FMI, déclaration de politique générale, fonctionnement de la justice…. EnQuête revient sur quelques-uns des désaccords profonds qui ont rythmé la vie du duo Diomaye Sonko à la tête de l’État du Sénégal.
C’est une nouvelle étape dans les rapports très complexes entre le président de la République Bassirou Diomaye Faye et son Premier ministre Ousmane Sonko. Au-delà des guéguerres autour de la coalition Diomaye président, des signes de dissensions et de mésentente ont été notés dès les premiers mois de gouvernance, avec un Premier ministre puissant, souvent accusé de faire de l’ombre au président de la République.
Acculé par ses détracteurs, traité de président faible, Diomaye n’hésitait pas à balayer d’un revers de main et de défendre son PM avec beaucoup de conviction. “Je ne m’efface pas, c’est que je n’embrasse pas trop. Parce que, qui trop embrasse, mal étreint ; je veux plus d’efficacité. C’est pourquoi je veux des DG forts, je veux des ministres forts, je veux un premier ministre super fort….”
Le premier ministre, disait-il, ne lui pose pas de problème sous ce rapport. “Au contraire, je pense qu’il n’a pas assez de pouvoir ; je compte d’ailleurs le renforcer, parce que je veux être davantage aidé dans mes tâches pour plus d’efficacité et d’efficience. Ce n’est pas difficile à comprendre”, ajoutait-il, en réaction aux critiques.
De l’affaire Samba Ndiaye à l’affaire Mame Mbaye Niang
Sur plusieurs désaccords, la voix du Premier ministre semblait prépondérante. L’on se rappelle encore l’épisode de la déclaration de politique générale avec un Diomaye publiquement désavoué par son numéro 02. Face aux divergences entre l’opposition parlementaire et le chef du Gouvernement, le président de la République avait voulu trancher et fixer la date de la DPG pour le 13 septembre 2024. Ce qui n’avait pas laissé ses détracteurs indifférents. “Il était temps que le président montre qu'il est bel et bien le commandant de bord du navire Sénégal et non un simple copilote”, se réjouissait à l’époque le député Thierno Alassane Sall.
Mais c’était sans compter sur la ténacité du premier ministre qui était déterminé à ne pas faire face à l’assemblée nationale dominée par la majorité sortante de Benno Bokk Yaakaar. Dans la foulée, il faisait une sortie et annonçait la dissolution de l’Assemblée nationale le 12 septembre. Diomaye va finalement se renier et dissoudre l’assemblée, comme annoncé par son puissant PM.
Quelques semaines plus tard, au mois d’octobre, il y a eu l’affaire Samba Ndiaye qui avait aussi soulevé des vagues. Sous l’influence des militants, en particulier sur les réseaux sociaux, Ousmane Sonko monte au créneau, se démarque de la nomination de Samba Ndiaye à la tête du conseil d’administration de la SN HLM, et attribue la paternité au président de la République. Pour apaiser les militants, il avait annoncé ‘’des mesures correctives”, tout en soutenant que cette nomination, suggérée au président par certains alliés, serait intervenue sans une connaissance approfondie des faits reprochés à Samba Ndiaye. Cette sortie faisait écho à plusieurs autres attaques de certains lieutenants du PM, notamment Fadilou Keita, Waly Diouf Bodiang, entre autres.
Dans la foulée, Diomaye convoquait une conférence de presse au Palais et remettait les points sur les i. Face aux journalistes, il exhortait les militants à tourner la page des rancœurs, rappelant que l’objectif du parti est d’unir l’ensemble des Sénégalais derrière un projet de transformation nationale. “Ousmane Sonko a lui-même annoncé avoir pardonné. Nous devons faire preuve de dépassement et accueillir tous ceux qui croient en notre projet, même ceux qui nous ont critiqués par le passé’’, disait-il à ceux qui l’accusaient de recycler des pensionnaires de l’ancien régime.
Interpellé sur les mesures correctives annoncées par son PM, il rétorque que ces propos sont du Premier ministre et pas les siens. Depuis, aucune mesure corrective n’a été prise. Mais Samba Ndiaye n’a jamais été ni installé ni remplacé. C’est plutôt le PCA nommé par Macky Sall qui reste en poste, parce que les deux têtes de l’exécutif auraient du mal à accorder leur violon.
Après cette mise au point sèche, les choses se sont un peu calmées. Ousmane Sonko comme ses lieutenants les plus radicaux avaient cessé les attaques contre les actes du président de la République. Leurs cibles, c’était désormais certains ministres dont celui en charge de la Justice, ainsi que les magistrats.
L’accalmie avant la tempête
Mais jusque-là c’était des désaccords gérés dans la discrétion, sans graves incidences. Le point culminant a été atteint en juillet 2025, à la suite de la décision rendue par la Cour suprême dans l’affaire Mame Mbaye Niang. Ce jour-là, Sonko avait vidé tout son sac sur la Justice et indirectement sur le président de la République.
Il disait : “Moi le poste de premier ministre ne me lie pas. Je sais quand être un Premier ministre, je sais quand je suis un citoyen et quand je suis président de parti. Ni l’État ni un poste ne peuvent me changer. C’est d’ailleurs pourquoi je n’appelle jamais un magistrat, parce que je veux rester libre.”
Le point culminant du conflit
Quelques jours plus tard, lors du conseil national de son parti, il s’en prenait directement au président de la République. Car, selon lui, ce dernier a la possibilité de mettre un terme aux attaques contre sa personne : “Ce qui se passe, il peut y mettre un terme s’il le veut et je le lui ai dit clairement. Si j’étais Président, ces gens n’allaient pas parler ainsi de moi.”
Ousmane Sonko ne s’en limitait pas. Il s’était aussi insurgé contre le fait que certains aient tendance à présenter le Président Faye en homme de paix, discipliné et discret, lui le belliqueux…. “…Si c’est ça ne pas aimer la paix, sachez que nous sommes venus au pouvoir dans la confrontation… Ce que nous sommes en train de dire, nous l’avons dit entre quatre murs au Président, mais il n’y a pas eu de solution ; nous l’avons dit en Bureau politique, pas de solutions… C’est pourquoi je le dis ici aujourd’hui”, se justifie le président de Pastef, soulignant que personne n’est plus discipliné et discret que lui.
Au sujet de la dette publique, Jeune Afrique avait informé que Cheikh DIBA et le président de la République étaient contre la médiatisation de cette affaire. “Alors qu’ils se trouvaient à Washington, Ousmane Sonko dénonce un `système de corruption généralisée‘ installé par l’ancienne administration. Le régime de Macky Sall, disait-il, a menti au peuple, a menti aux partenaires, a tripatouillé les chiffres pour donner une image économique, financière qui n’a rien à voir avec la réalité”, dénonçait-il.
Selon le média, Diba aurait même eu à présenter sa démission au Premier ministre, lorsqu’il a appris que ce dernier avait l’intention de rendre public le premier rapport de l’Inspection générale des finances (IGF).
MOR AMAR







