Radioscopie d’un mal endémique
Sur un minimum de 168 organismes publics, cumulant un budget global de plus de 2210 milliards de francs CFA, dont plus de 60% dédié au fonctionnement, le gouvernement de Diomaye-Sonko a annoncé la “suppression” de 19 qui cumulent un budget de 28 milliards, soit à peine 1,2% de l’enveloppe consacrée aux 168 organismes suivis dans les rapports trimestriels d’exécution budgétaires.
Enfin ! Le gouvernement semble être résolu à passer à l’acte à propos de l’a rationalisation du secteur parapublic. Globalement, l’opération se traduit, selon le communiqué du Conseil des ministres, par une optimisation de l’organisation du secteur parapublic et une économie budgétaire nette cumulée estimée, au moins, à 55 milliards FCFA sur les trois prochaines années, soit en moyenne environ 18 milliards par an.
Ces économies découleront, entre autres, de la suppression de 19 entités, cumulant des dotations budgétaires de l’ordre de 28 milliards FCFA en 2025, une masse salariale annuelle estimée à 9,227 milliards FCFA, pour un effectif de 982 agents et une dette globale arrêtée à 2,6 milliards FCFA au 31 décembre 2024, a informé le Premier ministre. Il a aussi annoncé le repositionnement de 10 entités, qui se traduirait notamment par la redéfinition des modèles d’intervention, une meilleure réaffirmation de leurs missions, etc.
Le gouvernement encore muet sur les structures concernées
C’est ainsi un premier pas du Gouvernement Diomaye. Il aura fallu près de deux ans pour voir des mesures concrètes par rapport à cet engagement fort du parti Pastef. Encore que ça reste une annonce. Plus de 24 heures après, les Sénégalais ne savent même pas quelles sont les entités qui vont disparaître. Pour le moment, c’est le flou total. Il faudra patienter pour avoir plus de lisibilité. La porte-parole du gouvernement interpellé n’a pas réagi à notre sollicitation. D’autres sources proches de la primature nous ont confié n’avoir pas encore vu la liste.
L’année dernière, à pareil moment, le Premier ministre lors d’une session d’actualités s’était pourtant voulu bien plus précis. À titre indicatif, il annonçait la fusion de plusieurs structures. Parmi elles : le Fonds d’impulsion de la microfinance avec le fonds d’appui à l’économie sociale et solidaire et le fonds national de la microfinance. Il annonçait également la fusion du fonds d’appui à l’investissement des Sénégalais de l’extérieur (FAISE) et du fonds des crédits femmes diasporas ; la fusion de l’Agence nationale pour les énergies renouvelables et de l’Agence pour l’économie et la maîtrise de l’énergie (AEME).
Ces structures dont Sonko avait annoncé la mort au mois de juin 2025
Toujours à propos de la rationalisation, il y avait la fusion de l’office national de la formation professionnelle (ONFP) et du Centre national de qualification professionnelle (CNQP) ; la fusion du fonds d’appui à la promotion de la petite et moyenne industrie, du fonds des petites et moyennes entreprises et de l’agence de développement et d’encadrement des PME (ADEPME) ; la fusion de l’Agence sénégalaise de promotion touristique (ASPT) et la société d’aménagement et de promotion des côtes et zones côtières (SAPCO) ; le regroupement du fonds de crédit pour les femmes et du fonds national de l’entrepreneurial féminin.
Dans le même sillage, Ousmane Sonko avait révélé la suppression de l’Agence nationale de la maison de l’outil (ANAMO) ; la rationalisation des structures dans les secteurs de l’emploi, de la construction, des mines, entre autres. Le même exercice sera opéré au niveau des services centraux pour optimiser l’organisation de l’administration, avait promis le Premier ministre et la matérialisation était attendue dès le mois de juin (2025).
Ces mesures, soulignait Ousmane Sonko, visaient à lutter contre l’inflation des agences qui n’a pour objectif que caser une clientèle politique. “Non seulement il y a inflation des agences, mais en plus elles contractent des dettes énormes. Alors que c’est juste des sortes de centres d’œuvres sociales qui ne servent qu’à caser une clientèle politique, des gens payés à ne rien faire”, avait-il tranché.
Les agences et la jurisprudence Sall en 2012
La pléthore d’agences et de structures parapubliques a souvent été dénoncée par les opposants politiques. En 2012, quand il venait d’être élu, le président Macky Sall en avait supprimé une cinquantaine après une étude minutieuse de l’Inspection générale d’Etat, sous la présidence de Mme Nafy Ngom Keita.
La méthodologie adaptée était la suivante : l’analyse des missions et des objectifs des structures ; l’identification des duplications et des chevauchements ; l’analyse de la pertinence et de la cohérence des structures, au regard des missions de l’institution ou du département afin de réduire les coûts de fonctionnement ; et enfin la formulation d’avis par l’IGE sur la création des nouvelles entités publiques.
Les inspecteurs avaient fait le travail en quelques semaines pour restituer les résultats dès le mois de mai, avant la suppression ou la fusion d’une cinquantaine de structures, dont une bonne partie ne servait pas à grand-chose.
Un pourcentage faible des organismes publics
Cette fois, le gouvernement Diomaye a misé sur un Groupe de travail dont les conclusions ne sont pas encore rendues publiques. Le premier ministre a tout de même levé un coin du voile en annonçant le Groupe de travail a été mis en place pour proposer un Plan de rationalisation du secteur parapublic, en mettant en lumière les chevauchements des missions, les meilleures synergies, l’exercice d’attributions similaires par l’Administration ainsi que les repositionnements pertinents. “Ce Groupe a procédé à l’analyse de toutes les entités concernées et a proposé, à l’issue des travaux”, informe le communiqué du Conseil des ministres.
Il ressort des derniers rapports trimestriels d’exécution budgétaires que la liste des organismes publics dépasse la centaine. Dans le RTEB du trimestre 3 disponible, les services du ministère des Finances et du Budget notaient que les organismes publics suivis étaient au nombre de cent soixante-huit. Ils cumulaient un budget de 2 210 milliards de francs CFA. Ce budget se répartit en crédits de fonctionnement pour un montant de 1 330,6 milliards, soit 60,2% des prévisions, et les dotations réservées à l’investissement pour 879,4 milliards, représentant 39,8% du budget. Les crédits ouverts pour les dépenses de personnel étaient évalués à 327,6 milliards, représentant 24,6% du budget de fonctionnement et 14,8% du budget global.
Ces autres mesures toujours en suspens
Toujours au chapitre de la rationalisation des dépenses, le Premier ministre avait annoncé plusieurs mesures concernant le personnel de la fonction publique. “Dans le cadre de la rationalisation des dépenses de personnels, il sera procédé à un audit de l’effectif réel dans la fonction publique, à l’identification des agents et leur catégorisation par hiérarchie, ainsi qu’à une application rigoureuse des taux des éléments variables, telles que les heures supplémentaires, les primes et les primes de rendement. Des mesures qui devaient être mises en œuvre avant le mois de juin.
Le PM avait aussi annoncé une digitalisation et un rebasing salarial en vue de rendre plus équitable les niveaux de revenus entre les corps ainsi que d’autres mesures. Idem pour la centralisation des achats de l’État, qui est un vaste chantier annoncé depuis l’installation du nouveau gouvernement mais qui peine à prendre forme.
Mor AMAR







