Publié le 19 Feb 2026 - 16:08
CRISE UNIVERSITAIRE - DÉTENTION DES ÉTUDIANTS

La mesure de décrispation

 

Malgré des charges très lourdes retenues contre les étudiants, le juge d’instruction en charge de leur dossier leur a accordé une liberté provisoire sous contrôle judiciaire. Une mesure qui va contribuer à décrisper la tension et donner la chance au dialogue.

 

C’est une mesure qui soulage la communauté estudiantine. Après la charge très lourde du procureur de la République avant-hier, certains craignaient le pire pour les quatre dirigeants encore en détention. Mais à l’arrivée, le juge d’instruction en charge du dossier a eu la main beaucoup plus tendre. Poursuivis pour destruction de biens publics, participation à une manifestation non autorisée, violence et voies de fait, rébellion et outrage, actes de nature à compromettre la sécurité publique, détention d’armes sans autorisation, les étudiants ont pu bénéficier d’une liberté provisoire sous contrôle judiciaire, au grand bonheur de leurs défenseurs. 

Interpellé, Me Ciré Clédor Ly a d’emblée confié ne pas vouloir s’épancher sur la décision du magistrat instructeur. Il s’est tout de même réjoui de cette volonté de décrispation, qui permettra surtout aux jeunes étudiants d’aller poursuivre leurs études. “Je pense que c’est une sage décision. Il faut toujours la modération, la tempérance et le dialogue. Il faut toujours dialoguer avec les étudiants pour essayer de trouver des solutions. Je pense que les deux parties vont s’engager dans cette dynamique, pour qu’on puisse surmonter cet épisode qui n’arrange personne”, a-t-il soutenu.

Sans triomphalisme, la robe noire s’est sentie très heureux de l’issue de ce face à face tant redouté avec le juge d’instruction. Un face à face qui était loin d’être gagné d’avance. Certaines voix n’hésitaient pas à faire part de leur souhait de voir une sanction sévère contre ceux qu’ils considèrent comme des casseurs instrumentalisés par des politiques.

Pour Me Ly, l’essentiel est d’apaiser l’espace universitaire et il est heureux que le magistrat ait pris des actes dans ce sens. “Nous avons connu des années blanches, ça n’arrange personne. Et les conflits finissent toujours par des négociations. Nous nous réjouissons donc que la sagesse et la mesure aient prévalu. C’est une mesure qui va contribuer à décrisper la situation dans l’intérêt supérieur de la nation”, a déclaré l’ancien dirigeant du mouvement estudiantin avec l’Union nationale patriotique des étudiants sénégalais.

Depuis le 9 février, la tension n’a pas faibli. Elle s’est même propagée dans les différents coins du pays, avec des grèves tous azimuts. Partout, élèves et étudiants se sont mobilisés pour donner des mots d’ordre de grève. Poussant  certains recteurs à monter au créneau pour avertir les étudiants impliqués dans ces grèves dans les écoles et lycées.   
Le recteur de l’université Iba Der Thiam de Thiès s’est voulu formel. “Tout étudiant identifié comme participant à des actions de délogement d'élèves sera traduit devant le conseil de discipline de l'université”, prévient-il. La note a précisé que les “auteurs de tels actes devront répondre de leurs agissements et s'exposent à des sanctions appropriées selon la gravité des faits”.

Parmi les points de revendications des élèves et étudiants, figurait en bonne place la libération des responsables dans les liens de la détention. Leur mise en liberté provisoire apparaît ainsi comme un signal d’apaisement de la part des autorités judiciaires. Elle ouvre une fenêtre de dialogue entre les autorités académiques, les pouvoirs publics et les représentants des étudiants. Ces derniers avaient décrété un mot d’ordre qui arrive à terme aujourd’hui.

Pour autant, la décrispation reste fragile. La liberté provisoire n’efface ni les charges retenues ni les divergences de fond relatives aux réformes entamées par le Gouvernement, sous la conduite du ministère en charge de l’Enseignement supérieur. En outre, la question de la dissolution des amicales constitue un autre point de désaccord sur lequel les parties devront nécessairement discuter, sans parler des nombreux blessés qui attendent réparation et des sanctions contre la répression policière.

À l’Assemblée nationale, hier, le ministre de l’Intérieur Me Bamba Cissé a réaffirmé sa volonté de ne protéger personne. “…Dès le lendemain des évènements, j'ai saisi l'inspection des services de sécurité pour ouvrir une enquête. Les premiers résultats sont tombés ; et j'ai pris des mesures conservatoires contre certains responsables.  Parce que je suis contre le principe des excès en matière de maintien de l'ordre. Quand on interpelle quelqu'un, on n'a pas besoin de lui donner des coups. Il y a des choses que je n’accepterais pas en tant que ministre de l'Intérieur….”, souligne le ministre qui répondait aux attaques des députés de l’opposition.  

MOR AMAR

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