Publié le 18 Feb 2026 - 14:39
AFFAIRE ABDOULAYE BA  

Mission clarification 

 

Comme annoncé la semaine dernière par EnQuête, le Procureur a confirmé, hier, que l’étudiant Abdoulaye Ba est bien décédé suite à une chute du quatrième étage. Ibrahima Ndoye a aussi annoncé que les 4 étudiants arrêtés seront envoyés en instruction et que les policiers seront identifiés et sanctionnés.

 

L’enquête sur les évènements du 9 février s’emballe. Face à la presse hier, le procureur de la République a livré les premiers éléments résultant des investigations. Sur la mort d’Abdoulaye Ba, il a confirmé que le jeune étudiant en médecine dentaire est tombé du quatrième étage ; qu’il n’y a eu aucun contact physique entre lui et les forces de l’ordre.

Les investigations, selon le procureur Ibrahima Ndoye, ont permis de retenir une thèse irréfutable. “Abdoulaye Ba est bel et bien l'étudiant qui a sauté du quatrième étage du pavillon F et qui, malheureusement, a atterri sur l'asphalte, ce qui explique les dommages et autres dégâts constatés par le médecin légiste sur le corps de ce jeune étudiant”, persiste et signe le chef du parquet du tribunal de grande instance hors classe de Dakar.

À ceux et celles qui semblaient convaincus que le jeune étudiant a été battu à mort, il réitère les propos tenus il y a quelques jours dans un communiqué. “Rien ne permet d'établir ou d'affirmer qu'il a été battu ; ni les résultats de l'expertise médicale qui a permis de déterminer les causes du décès ni le travail de l’enquêteur qui permet de définir les circonstances de la mort…”, a insisté le procureur qui n’a pas manqué de reprendre les termes de son communiqué.

“…Je reprends le bout de phrase contenu dans le communiqué qui a été servi à l'opinion publique dernièrement, passage dans lequel on vous disait clairement que les éléments d'enquête disponibles ne permettent pas de corroborer l'hypothèse ou la rumeur selon laquelle des violences ont été exercées sur la personne d'Abdoulaye Ba. C'est du français”, souligne le parqueteur en chef.

Pour lui, cette affirmation n’est nullement en contradiction avec les conclusions des médecins. C’est plutôt la combinaison des constatations de l’autopsie avec les résultats de l’enquête menée par la Division des investigations criminelles sous sa direction. “Le parquet de la République n'a jamais entendu remettre en cause les conclusions expertales d'hommes et de femmes rompus à la tâche, ayant prêté serment et qui, quotidiennement, nous accompagnent dans le processus de clarification des procédures dont nous avons en charge…”, a-t-il expliqué.

Ces conclusions, à son avis, n’ont absolument rien à voir avec la folle rumeur qui laisse entendre qu'Abdoulaye Ba a été battu à mort.

La grande question, c’est qu’est-ce qui a donc été à l’origine de cette chute ? Les enquêteurs ont pu auditionner certains camarades de chambres d’Abdoulaye Ba, qui sont largement revenus sur les circonstances ayant contribué au drame.

À en croire un des témoins, qui était avec Abdoulaye et sept autres camarades dans la chambre, tout serait parti d’un incendie survenu dans la chambre d’en face. “Il a confié qu’il y avait beaucoup de fumée ; il a pu sortir de la chambre pour regarder ce qui se passe ; il était obligé d’allumer son téléphone pour voir. Tout était noir, avec le feu qui provenait de la chambre d’en face”, rapporte le Procureur Ndoye.

Les causes indirectes

Paniqués, des étudiants ont essayé de sortir par l’issue de secours mais c’était scellé. Ils n’avaient donc d’autres possibilités que de sauter du quatrième étage. “Ils étaient 9 dans la chambre. Les deux ont pu monter sur le toit avec l’aide de leurs camarades. Deux autres ont pu descendre au troisième parce qu’ils étaient grands de taille. Les autres dont Abdoulaye ont sauté ; certains s’en sont sortis avec des entorses, d’autres types de blessure… Malheureusement, Abdoulaye est mal tombé sur son côté gauche et a perdu la vie”, a soutenu Monsieur Ndoye.  

Fort de ces constats, le procureur a estimé qu’à ce stade, on ne peut parler ni d’assassinat, ni de meurtre, encore moins de coups et blessures. L’enquête confiée à la DIC va à coups sûrs, selon lui, permettre de faire toute la lumière. Elle permettra “d’identifier ceux qui, à un moment ou à un autre, à un niveau ou à un autre, ont eu à poser un acte quelconque dans le sens qui a pu produire ce résultat dommageable”. S’il n’y avait pas le feu, assure le chef du parquet, Abdoulaye Ba n’aurait pas pris la fenêtre.

Raison pour laquelle, les enquêteurs sont en train de chercher ce qui a été à l’origine de l’incendie de la chambre 85 qui se trouve en face de la chambre 83 où se trouvaient Abdoulaye et ses amis. Est-ce une grenade lacrymogène ? Y a-t-il eu dans cette chambre des cocktails Molotov qui ont explosé ? Quid de la responsabilité de ceux qui ont scellé la porte ? Autant de questions qui sont à élucider par les enquêteurs.

Dans le cadre de l’enquête, plusieurs auditions ont été effectuées. D’abord il y a eu le personnel médical, les agents de sécurité du Coud, certains étudiants, certains gradés de la police nationale qui avaient en charge la gestion du dispositif et la conduite des opérations…. Les enquêteurs se sont également dépêchés sur les lieux ; ils ont visionné des vidéos de surveillance, entre autres actes.

“…Si l'enquête permet d'établir que l'incendie est volontaire et que par le fait de son auteur, ce jeune a dû se jeter par la fenêtre pour sauver sa peau…, ce comportement pourrait être considéré techniquement comme ayant généré, malgré l'intention de l'auteur qui n'a jamais voulu ce résultat, la mort d'un jeune…”, assure le magistrat. Idem si l’enquête montre qu’il y a un lien de causalité entre le fait que les issues de secours aient été scellés et la mort du jeune étudiant.

Quatre étudiants envoyés en instruction, zéro policier arrêté à ce stade

Par ailleurs, le procureur de la République est aussi revenu sur les casses qui ont été enregistrés le jours des évènements. Son réquisitoire a été implacable contre les casseurs. Dans ce cadre, quatre étudiants ont été arrêtés et leurs dossiers seront confiés au juge d’instruction probablement aujourd’hui. Ils sont accusés non seulement d’avoir “saccagé et fait saccager”, mais aussi d’avoir tout “conceptualisé, planifié, organisé”.

En ce qui concerne les forces de l’ordre, le procureur a dénoncé vigoureusement les actes qui ont été perpétrés, mais pour le moment aucune arrestation. Mais, Ibrahima Ndoye rassure : “Pour ce qui concerne certains éléments relevant d'un corps d'élite qu'est la police nationale, qui dans un moment de crise, ont décidé de franchir allègrement les limites tolérables du maintien de l'ordre, pour s'attaquer à d'autres membres du tissu social déjà arrêtés, parfois même neutralisés, certains s'en prenant même pour ainsi dire à des motos qu'ils ont sans raison décidé de saccager, l'enquête les concernant permettra, après identification, d'engager des poursuites contre eux.”

Il convient de préciser que cette partie de l’enquête est confiée à la sûreté urbaine. Pour beaucoup, cela pose véritablement problème. Mais pour le procureur, ce n’est pas un souci. Il a donné l’exemple de l’étudiant Fallou Sène mort à l’Université Gaston Berger de Saint-Louis en 2018. L’enquête qui a été confiée à la Gendarmerie n’avait pas empêché de situer les responsabilités, contre leurs propres collègues. Les personnes impliquées seront d’ailleurs jugées en juin prochain, a révélé le procureur.

“Le procureur de la République, quelle que soit l'unité d'enquête saisie, devra être le garant de l'aboutissement de cette phase inquisitoriale du procès pénal, dont il devra s'assurer de la bonne marche en restant en permanence en contact avec l'enquêteur, pour donner les orientations aptes à faciliter le processus de collecte des éléments de preuve”, a soutenu le parquetier en chef du TGI de Dakar.

MOR AMAR

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