Publié le 18 Nov 2023 - 23:11
À LA DÉCOUVERTE DU QUAI DE PÊCHE DE KAFOUNTINE

Lieu de départ vers les iles Canaries

 

Kafountine fait partie des plus grands quais de pêche du Sénégal. Il enregistre mensuellement plus de 3 millions de poissons, toutes espèces confondues, et accueille des travailleurs venus des pays de la sous-région. C’est aussi le point de départ de plusieurs jeunes vers les îles Canaries et le lieu de fabrication des immenses pirogues qui bravent la mer pour rallier l’Europe. Reportage.

 

C’est vers les années 90 que le quai de pêche de Kafountine a été créé. Cette commune est située dans l'ancien arrondissement de Diouloulou, dans le département de Bignona et la région de Ziguinchor.  Il enregistre au bas mot, une quantité estimée à 3 millions de poissons le mois. Le dernier recensement qui a été fait, il y a quelques mois, renseignait de la présence de 720 pirogues. Y travaillent des Sénégalais et des ressortissants de la sous-région : des Guinéens, Burkinabé, Maliens…

Pourtant l’infrastructure manque de tout. Selon Mor Talla Fall, mareyeur et membre du comité local de pêche, il y a beaucoup de manquements dans le quai de pêche de Kafountine. ‘’Nous avons un problème de parking pour les véhicules et l'accès du site reste difficile. Les véhicules venant de Saint-Louis, Joal Mbour sont ici à Kafountine. Plus de 2 000 pirogues sont là actuellement. Elles se retrouvent toutes ici. Nous voulons qu'on nous aide par rapport à cette situation. Pour la préservation du site, beaucoup de promesses ont été faites, mais rien de concret. La route qui mène vers le quai est défectueuse’’, dénonce-t-il.

Il ajoute : ‘’On peut dire que toute l'Afrique de l'Ouest est à Kafountine. Les étrangers sont dans les différentes activités de ce quai de pêche : à savoir la transformation de poisson fumé et sec. Nous n'avons pas de matériel ; il y a que la glace et il nous arrive d'aller jusqu'à Ziguinchor pour nous en procurer. Difficile de conserver les poissons débarqués ici dans de pareilles conditions. Même les pirogues pour accoster ont des problèmes et s'ils restent en mer, les vagues les détruisent. S'il y a beaucoup de poissons, on les déverse par terre’’.

Or, révèle-t-il, pour aller en mer, ils dépensent jusqu'à 300 mille F CFA de carburant. Alors que dans un passé récent, c’était moins de 200 000 F CFA. Un autre goulot qui les étrangle.

Une pirogue pour les iles Canaries coûte jusqu’à 12 millions F CFA

Ainsi, Kafountine, connu pour son quai de pêche, est aussi un lieu de départ de migrants vers l’Espagne. Sur le quai, ce qui frappe en premier le visiteur, c’est le nombre impressionnant de pirogues tout autour : il y a les nouvelles prêtes à prendre la mer et les vielles qui remplissent le cimetière de pirogues.

Sur les lieux s’échinent énormément de personnes. Les uns sont en train de peindre des pirogues en finition ; les autres s’affairent à en réfectionner quelques-unes.

Interrogés sur le nombre de personnes qui ont quitté la commune pour se rendre en Europe, ils gardent le silence dans un premier temps. Mais devant notre insistance, les langues se délient. ‘’Parmi les pirogues qui sont ici, toutes ne sont pas pour pêcher. Il y en a qui servent de moyens de transport pour se rendre en Europe. Parmi nous qui travaillons ici, plus d’une centaine sont partis et sont tous arrivés. Moi qui vous parle, j’attends juste quelques réglages pour partir. Notre avenir n’est pas au Sénégal, mais en Europe. Donc, il faut qu’on aille le chercher’’, répond-on sous le couvert de l’anonymat.

À la question de savoir le prix d’une pirogue, ils répondent que ça peut aller jusqu’à 12 millions F CFA. Cela dépend de sa capacité.

En effet, Kafountine fait partie des endroits où l’on fabrique le plus grand nombre de pirogues à destination de l’Europe. ‘’Vous avez vu le nombre de pirogues ? On ne part pas pêcher et vous voulez qu’on reste ici ? Soyons logiques. Il n’y a plus rien dans cette mer. Il urge pour nous d’aller chercher des lendemains meilleurs. Il fut un temps, c’était la belle moisson en cette période. Mais actuellement, c’est le contraire. Il y a aussi l’avancée de la mer qui peut faire plus d’un mètre par an. Tout cela ne nous encourage pas à rester. Notre métier traverse une grande crise’’, confient des jeunes trouvés sur les lieux. 

La question du respect du repos biologique

Pour les nombreux pêcheurs qui opèrent dans la région, le salut repose sur le respect du repos biologique qui permet aux eaux de rester poissonneuses, malgré tout. L’adjoint au chef de poste du service des pêches de Kafountine, Adrien Coly, confie : ‘’En termes de déchargement, poursuit-il, il y a les pélagiques, les sardinelles. Ils amènent de petits poissons interdits et on applique la réglementation. Ces derniers mois, nous avons eu 3 millions de poissons pêchés par mois. C’est assez conséquent malgré la raréfaction des ressources. Ce qui s'explique la protection de ces ressources en les laissant se reproduire. Après la pêche nocturne, il y a la pêche du jour et si de petits poissons sont pêchés, c'est ce qui crée la raréfaction des ressources. Il est important de respecter le repos biologique. Dans le sud du pays, nous respectons cela, c'est pourquoi on fait face à cette situation. L'exploitation de pétrole est un autre facteur. Les aires marines protégées sont d'un grand apport pour faire face à la raréfaction des ressources’’, indique Adrien Coly.

Concernant la gestion du marché, le coordonnateur du comité local de pêche (CLP) du quai renseigne que le site de Kafountine est formé dans le cadre de l'interprofession, c'est-à-dire dans le cadre de la gestion des ressources halieutiques. Aujourd'hui, révèle Abdoulaye Tamba, le CLP est géré par une interprofession composée de 24 groupements d’intervention économique professionnels où il y a la transformation, le maraîchage, la pêche, la manutention et tant d'autres. Le CLP a aussi pour rôle la gestion de la ressource halieutique pour une pêche durable et continue.

Un repaire de repris de justice

‘’Les ressources sont multiples, elles sont au niveau national et nous ne faisons qu'appliquer de la pêche juvénile comme on dit les petits poissons. Il y a aussi le respect des aires marines protégées. Ce sont des mesures prises ensemble. Maintenant, c'est à nous de veiller à leur application. Il y a un fonds d'appui qui émane des 30 % pour les quatre mareyeurs et 60 % pour les permis de pêche. C'est dans cela que l'on prélève pour faire des surveillances en mer pour pouvoir mieux suivre les activités qui sont à bord. La surveillance n'est pas seulement participative, elle est aussi terrestre. Cela nous arrive de faire des sorties terrestres, c'est-à-dire entrer dans la mangrove pour voir si l'écosystème n'est pas dérangé par les acteurs. On voit aussi si les pêcheurs ne font pas remonter les ressources la nuit, cela fait partie des éléments qui contribuent à la rareté des ressources’’, explique-t-il.

Avant de poursuivre : ‘’Quand on vous prend dans l'aire marine protégée, on vous demande si vous avez failli à la réglementation et après vous signez. Ensuite, vous venez au bureau où le processus se poursuit.’’

À cela s’ajoute la question de la sécurité. Les différents témoignages présentent le lieu comme un endroit prisé pour des repris de justice et/ou ceux qui ont maille à partir avec la justice. On explique cela par le fait que personne ne s’occupe de personne, mais aussi par le fait que ce n’est pas une mer à boire pour y dégoter du travail et gagner dignement sa vie, même si on est recherché par les forces de défense et de sécurité.

Leur seule chance dans ce lieu, selon lui, est que toutes les communautés des différentes nationalités qui travaillent dans cet endroit vivent en parfaite harmonie.

CHEIKH THIAM

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