Publié le 4 Aug 2022 - 13:56
14E LEGISLATURE

Fortes têtes

 

Cette 14e législature, qui sera inaugurée en septembre prochain, verra l’arrivée d’homo novis issus de l’intercoalition Yaw-Wallu dans l’hémicycle qui entend renforcer la dynamique de l’institution en mal de popularité auprès des Sénégalais.

 

Cette 14ee législature va se faire avec des personnages hauts en couleur et charismatiques. De fortes têtes, voire grandes gueules. De jeunes acteurs politiques, comme Barthélemy Dias élu à Dakar, Ahmed Aidara (Guédiawaye), Guy Marius Sagna (Ziguinchor), Birame Soulèye Diop (Thiès) vont siéger à côté de personnalités quasi inconnues sur le plan politique comme Oumar Sy, tête de liste des suppléants, Malick Kébé, n°3 sur la liste nationale, Serigne Abo Mbacké Thiam, nouvellement élu sur la liste de Yaw à Dakar et Fatou Gaye, nouvellement élue à Tivaouane.

Ces nouvelles figures du parlement devront prendre leur fonction en septembre prochain. Ces profils vont tenter de redorer le blason d’une institution en mal de popularité auprès des Sénégalais et impulser une nouvelle dynamique pour l’Assemblée nationale.

Barthélemy Dias : Le retour de l’’’aboyeur’’

Le nouveau maire de Dakar n’est plus à présenter. L’ancien maire de la commune de Dakar - Sacré-Cœur est un des piliers du parti de Khalifa Sall, Taxawu Sénégal, et de Yewwi Askan Wi, la coalition de l’opposition. L’ancien responsable de la Convergence socialiste est entré avec fracas dans la vie politique sénégalaise, depuis l’affaire de l’attaque de la mairie de la Sicap Mermoz - Sacré-Cœur, en 2011, par des nervis appartenant à la mouvance présidentielle de l’époque.

Connu pour son tempérament de feu, son verbe et son discours musclé, il se fait rapidement une place dans la mouvance présidentielle BBY et entre à l’Assemblée nationale en 2012. Son franc-parler et sa farouche volonté de soutenir Khalifa Sall, potentiel candidat lors de la Présidentielle de 2017, le place rapidement dans le camp des ‘’dissidents’’, avant de se voir exclu des rangs du Parti socialiste. Figure de proue de Taxawu Ndakaru, il est réélu en 2014 à la tête de sa commune.

Dans les rangs de l’opposition, ses ‘’airs arrogants’’ peuvent parfois agacer. ‘’Certains lui reprochent son caractère, mais c’est un homme qui s’est fait tout seul. On ne peut pas lui enlever cela’’, défend son conseiller politique Djibril Faye. Dix ans après les faits, le fils de Jean-Paul Dias, ancien n°2 du PDS, est vite rattrapé par l’affaire Ndiaga Diouf qui est toujours pendante devant la justice. Convoqué par le juge le 10 novembre 2021, il a décidé de jouer l'épreuve de force, accusant le pouvoir d'instrumentaliser la justice et appelant ses partisans à descendre dans la rue pour le soutenir. Il sera interpellé brièvement par la police pour cause de troubles à l’ordre public.

Barthélemy Dias devrait faire son retour au titre de député-maire de la capitale, afin de toujours continuer la lutte contre le régime de Macky Sall dont il conteste la politique.

Guy Marius Sagna : Le député du peuple  

Bien avant son entrée future dans l’hémicycle, le candidat de Yaw dans le département de Ziguinchor, Guy Marius Sagna, qui a été élu sur la liste de l’opposition, avait déjà les allures de ‘’représentant du peuple’’. Que ce soit des manifestations contre la vie chère, contre les arriérés de salaire pour les employés d’une entreprise ou contre la loi sur le terrorisme, le leader du mouvement Frapp/France dégage, à travers ses diverses arrestations et incarcérations, s’est forgé une carapace de lutteur infatigable.

Ce travailleur social se veut un chevalier blanc ; il entend lutter contre toute forme d’injustice autour de différents combats qui lui tiennent à cœur : défense des droits civiques, des salariés, des étudiants, des villageois, de l’environnement…

Guy Marius Sagna, ex-militant du Rassemblement des travailleurs africains – Sénégal (RTA-S) et activiste, se définit comme appartenant à ‘’la gauche anti-impérialiste et panafricaine’’. Il a fait de la lutte pour les droits de ses concitoyens son cheval de bataille. 

Fin 2019, il a été emprisonné au Camp pénal de Liberté 6, à Dakar, où il a passé 95 jours en détention préventive. Il lui avait été reproché de s’être agrippé aux grilles du palais présidentiel, lors d’une manifestation contre la hausse du prix de l’électricité.

De ce fait, le nouveau député de Yaw a la ferme volonté de porter à l’Assemblée nationale les combats sociaux, politiques et environnementaux.

Ahmed Aidara : La nouvelle voix de Guédiawaye

Le nouveau maire de la ville de Guédiawaye qui, pendant longtemps, a accompagné les auditeurs et téléspectateurs du groupe D-Média, est devenu, depuis le 31 juillet 2022, la nouvelle voix des habitants du département de Guédiawaye. Cet homme des médias, connu pour son verbe et sa capacité de communication, va rejoindre les bancs de l’hémicycle, afin d’y porter haut les aspirations des populations de sa commune.

L’animateur a présenté, pendant très longtemps, tous les matins, la revue de presse en wolof et a animé l’émission à succès de faits-divers, ‘’Teuss’’, sur Zik FM, une radio du groupe D-Média de Bougane Guèye Dany, Président de la coalition Guem Sa Bopp. En 2017, il avait lancé son propre mouvement, Guédiawaye La Bokk (Je suis un fils de Guédiawaye, en wolof).

‘’Il utilisait déjà beaucoup l’antenne pour parler des difficultés que rencontraient les populations, afin d’attirer l’attention des autorités’’, affirme Néné Aïcha, ancienne collègue à la Sen TV.

Cette tribune a participé à la notoriété de l’animateur qui, à l’antenne, a multiplié les diatribes contre le pouvoir et ciblé particulièrement le frère du président, Aliou Sall.  Ses piques ont pris de l’ampleur en 2019, au moment de l’affaire Petrotim, dans laquelle apparaît le nom d’Aliou Sall, Directeur de la Caisse des dépôts et consignations, au moment des faits. Le scandale se soldera par un non-lieu, deux ans plus tard.

‘’Cette affaire a été un os à ronger pour Ahmed Aidara. De ce fait, il y a eu souvent des tensions entre D-Média et le pouvoir, en raison des ambitions politiques du nouveau maire de Guédiawaye.

Malick Kébé : Expert du développement durable

Moussa Kébé, qui est en 3e position sur la liste des suppléants de Yaw, devrait sans surprise fouler les moquettes cossues de l’hémicycle. Ce natif de Dakar en 1972 traîne une longue carrière de militant au sein du Parti socialiste, notamment au sein des Jeunesses socialistes, en 1985 jusqu’à sa nomination comme coordonnateur de Taxawu Ndakaru pour les Parcelles-Assainies en 2014. Socialiste depuis l’âge de 13 ans, il ne quitte le rang des verts qu’avec la scission de Taxawu Ndakaru pour lequel il sera nommé conseiller municipal aux Parcelles, depuis 2014, et deuxième adjoint au maire depuis janvier 2022.

Diplômé du Centre de formation judiciaire, cet interprète judiciaire au tribunal régional de Dakar, puis à la Cour d’appel de Dakar depuis 2017, s’intéresse aussi aux questions de l’environnement. Malick Kébé se définit comme un expert du développement durable. Ce père de six enfants possède aussi le diplôme d’ingénieur en aménagement du territoire. Ce socialiste dans l’âme entend aussi s’investir dans le bien-être social des populations, la clé de son engagement humaniste et socialiste.

Birame Soulèye Diop : L’administrateur au sein de la galaxie parlementaire

Tête de liste de la coalition Yaw dans le département de Thiès, Birame Soulèye Diop, issu de la famille Ndiéguène de Thiès, fait partie des nouveaux visages de la galaxie ''patriotique'' qui a émergé avec son leader Ousmane Sonko. Birame Soulèye Diop, Administrateur général du Pastef/Les patriotes, combat le système qu’il a pourtant titillé en tant qu’ancien responsable du Mouvement des élèves et étudiants libéraux de l’université Gaston Berger de Saint-Louis. Cet inspecteur des impôts et domaines est apprécié par les membres du Pastef comme un administratif pur et dur, qui ne veut rien faire en dehors de ce que lui permettent les lois de la République.

Sa détention à la suite des émeutes de mars 2012 n'a pas entamé sa détermination pour le triomphe d’une nouvelle manière de faire la politique au Sénégal.  Patriote convaincu, l’ancien pensionnaire de l’école Saint-Gabriel de Thiès a fait son cursus secondaire au lycée Malick Sy de la capitale du Rail, avant de regagner l’université Gaston Berger de Saint-Louis où il a connu Ousmane Sonko, de deux ans son aîné. Sur les traces de son mentor politique, il va faire un DEA en droit, avant de réussir avec brio au concours d’entrée à l’ENA.

Les deux ‘’inséparables’’ vont ainsi se retrouver dans l’Administration fiscale où ils défendent ensemble les mêmes causes.

En janvier 2022, élu à la tête de la mairie de Thiès-Nord, le nouveau maire Birame Diop avait fait une déclaration pour dire à qui veut l'entendre qu'il est là pour l'intérêt exclusif des Thiessois et qu'il ne ferait jamais dans le clientélisme politique. "Qu’aucun parent ou proche ne vienne me demander un poste à la mairie", avait-il signalé.

Serigne Abo Mbacké Thiam : Le benjamin

Benjamin de la liste de Yaw pour le département de Dakar, Serigne Abo Mbacké Thiam est un juriste de formation qui a vu le jour en 1990. A 32 ans, ce maîtrisard en droit public et spécialiste de la finance publique affirme être né au sein du Parti démocratique sénégalais. Proche d’Abdoulaye Faye, ancien Administrateur des libéraux, ce consultant affirme être un inconditionnel du président Abdoulaye Wade, sa référence en matière d’engagement politique. Il commence ses activités au sein du PDS dès l’âge de 22 ans et en 2015, il fera 10 mois de détention à Rebeuss, à la suite des manifestations contre l’incarcération de Karim Wade.

Ce responsable des jeunes du PDS à Dakar s’investit à la base à Grand-Yoff où il est candidat lors des dernières Locales sous la bannière de Wallu. Membre du Comité directeur du PDS, il entend, durant son prochain mandat, adopter une position de rupture avec la politique de Macky Sall, notamment dans un certain nombre de questions comme l’assainissement, l’insécurité, la cherté de la vie et la question foncière.

Babacar Abba Mbaye : Le nouveau roi du Nord

C’est une victoire de prestige qui est à mettre à l’actif de ce jeune comptable Babacar Abba Mbaye, qui vient de faire mordre la poussière à des caciques du régime de Macky Sall dont le maire de la ville de Saint-Louis Mansour Faye.

En effet, le candidat départemental de liste de Yaw-Wallu a surclassé le ministre des Transports et non moins beau-frère du président, avec 45 447 voix pour Yaw contre 34 472 pour BBY. Cette victoire sonne comme une revanche pour Babacar Abba Mbaye, candidat à la ville de Saint-Louis en janvier dernier, lors des Locales marquées par l’invalidation de la liste départementale de Yaw, laissant la voie ouverte au ministre des Infrastructures, des Transports terrestres et du Désenclavement, Mansour Faye, invaincu dans cette ville depuis 2014.

Révélation des Locales de 2014, le plus jeune candidat des Locales, combattu par le Parti socialiste (PS) s’était engagé dans la bataille politique et s’en était sorti avec un score de 1 946 voix et 2 conseillers municipaux, devançant la coalition du duo d’avocats Me Alioune Badara Cissé - Me Abatalib Guèye qui n’avait obtenu que 1 743 voix, tout comme le Model avec ses 735 voix. L’ancien coordonnateur de la Convergence socialiste à Saint-Louis a le socialisme dans le sang qu’il a hérité de son père Abdoul Mbaye, ancien Secrétaire général de la coordination PS. Il décide finalement de rallier Taxawu Sénégal.

Babacar Abba Mbaye, Directeur de l’Action sociale et de la Santé de la ville de Dakar, est un farouche combattant de la première heure. Il a réussi à s’imposer comme le chef de Yaw à Saint-Louis, en devançant des ténors comme Cheikh Bamba Dièye, ancien Maire de Saint-Louis, lors des investitures à la tête de l’intercoalition dans la capitale du Nord.

Ce ‘’khalifiste’’ convaincu entend ainsi s’impliquer pour le développement de la capitale de l’ex-AOF.

 Rama Cissokho : Une ‘’karimiste’’ dans l’hémicycle

Rama Cissokho, plus connue sous le nom de Ndèye Rama Guèye, est une militante libérale à Guédiawaye, précisément dans la commune de Wakhinane Nimzatt. Elle a été élue sur la liste départementale de Yaw. Cette libérale de la première heure, qui a intégré le PDS en 1993, est membre fondatrice de Moraw (Mouvement pour la réélection d’Abdoulaye Wade) en 2005, avant de travailler avec le docteur Issa Mbaye Samb, Ministre de l'Assainissement de l’époque.

Engagée dans la voie du libéralisme, Rama Cissokho se prend d’affection pour l’ancien ministre d’État Karim Wade et crée un mouvement de soutien au président Karim, en 2015. Cette ‘’karimiste’’ convaincue a supervisé le processus de parrainage du parti en 2019 (Présidentielle) et 2022 (Locales) et est devenue, par ailleurs, membre du Comité directeur du PDS.

Avec son élection pour cette 14e législature, Rama Cissokho compte s'engager dans le processus de renforcement de l'État de droit et de la démocratie.

Cette déléguée médicale de profession envisage aussi de défendre l'intérêt de la population sénégalaise et rétablir les droits de Karim Wade, Khalifa Sall, Ousmane Sonko et tous les autres citoyens dont les droits ont été confisqués.

Makhfouz NGOM

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