Publié le 30 Jan 2026 - 21:37
CCÈS À L’INFORMATION AU SÉNÉGAL

Ibrahima H. Dème dénonce une violation de la loi et annonce des poursuites

 

Le président du parti ETIC, Ibrahima H. Dème, a vivement critiqué, hier, le silence des plus hautes autorités de l’État face à une demande officielle d’accès à l’information, estimant qu’il s’agit d’une violation manifeste de la loi n°2025-15 relative à l’accès à l’information publique. Il a annoncé son intention de saisir la justice contre le Premier ministre, ainsi que le ministre des Finances et du Budget.

 

Dans une déclaration de presse faite hier à Thiès, le président du parti ETIC, Ibrahima H. Dème, a informé que, le 8 janvier 2026, il a entrepris une démarche citoyenne en adressant simultanément des courriers à la Présidence de la République, à la Primature et au ministère des Finances. La demande portait sur un point précis : le montant exact des fonds spéciaux, communément appelés « fonds politiques », alloués au Président de la République et au Premier ministre pour les exercices budgétaires 2025 et 2026.

Le président d’ETIC a tenu à préciser que cette requête ne concernait ni l’utilisation ni la destination de ces fonds, mais uniquement leur montant, objet de nombreuses spéculations dans l’opinion publique. L’objectif, selon lui, était avant tout pédagogique : démontrer concrètement comment la loi sur l’accès à l’information peut être utilisée par les citoyens, les acteurs politiques et la société civile afin de promouvoir une culture de la vérification et de l’information fiable.

Or, a-t-il déploré, le délai légal maximal de quinze jours francs prévu par la loi est aujourd’hui largement dépassé, sans qu’aucune des institutions concernées n’ait répondu, ni pour fournir l’information demandée ni pour motiver un éventuel refus.

« Une violation caractérisée de la loi »

Pour M. Dème, ce silence constitue une violation « caractérisée et délibérée » des articles 17, 18 et 19 de la loi, qui encadrent strictement les délais de traitement des demandes d’information. Il l’estime d’autant plus grave que ce manquement émane des plus hautes autorités de l’État, initiatrices et garantes du texte.

Selon lui, cette situation traduit une absence de rupture avec les pratiques d’opacité du passé et fragilise la crédibilité du gouvernement ainsi que l’autorité de la loi. Il met en garde contre les conséquences de la rétention d’information, qu’il considère comme un facteur majeur de prolifération de la désinformation.

Alors que le scrutin présidentiel du 24 mars 2024 avait exprimé une aspiration populaire forte à la rupture, au changement et à l’instauration d’une gouvernance fondée sur l’éthique, la transparence et la responsabilité. Selon lui, la bonne gouvernance constitue le socle indispensable à la refondation de la confiance entre gouvernants et gouvernés.

S’inscrivant dans cette dynamique, il a souligné que la lutte contre les infractions économiques et financières ne saurait se limiter à des mesures répressives, mais doit également reposer sur des mécanismes préventifs solides. Il a notamment plaidé pour la mise en place de chaînes de contrôle internes et externes dans l’administration publique, ainsi que pour une éducation citoyenne renforcée et un accès effectif à l’information, conditions essentielles à l’exercice du contrôle citoyen.

« En refusant de communiquer des données officielles sur un sujet aussi sensible, l’État crée un vide informationnel qui alimente rumeurs et fausses nouvelles », a-t-il affirmé, dénonçant un paradoxe dans lequel les citoyens peuvent être poursuivis pour diffusion de fausses informations, alors même que l’administration ne met pas à leur disposition des données fiables.

Annonce de poursuites judiciaires

Face à cette situation, Ibrahima H. Dème a annoncé sa décision de mettre en œuvre les dispositions pénales prévues par la loi sur l’accès à l’information. Il entend déposer plainte contre le Premier ministre ainsi que contre le ministre des Finances et du Budget pour refus d’accès à l’information, une infraction prévue et sanctionnée par l’article 30 du texte.

Pour le président du parti ETIC, la redevabilité est un impératif catégorique dans toute démocratie. « On ne peut prétendre exercer le pouvoir ni occuper de hautes fonctions sans accepter d’en rendre compte », a-t-il soutenu, soulignant que cette exigence est d’autant plus cruciale dans un pays confronté à des défis majeurs tels que le chômage, la pauvreté et l’accès limité aux services sociaux de base.

Ndeye Diallo (Thiès)

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