Publié le 17 Feb 2026 - 15:55

Pour un Nouveau Modèle Pédagogique des Programmes d’Enseignement dans les Universités et des Instituts Supérieurs de Formation au Sénégal.

 

Le Sénégal a fait de l’éducation et de la formation des piliers stratégiques de son développement. L’enseignement supérieur constitue un levier fondamental du développement économique, social et culturel du Sénégal. À travers ses universités publiques et privées, le pays forme chaque année des milliers de diplômés.

Au Sénégal comme ailleurs, les universités africaines sont aujourd’hui confrontées à de profonds défis : massification des effectifs, inadéquation entre formation et emploi, insuffisance de l’innovation et faible connexion avec les réalités économiques et sociales.

Le système actuel demeure largement fondé sur une logique de transmission verticale du savoir, dominée par l’enseignement magistral et la mémorisation. Cette approche limite le développement de l’esprit critique, de la créativité et de la capacité des étudiants à résoudre les problèmes concrets de leurs communautés.

Actuellement, on note une augmentation significative du nombre d’étudiants dans toutes les facultés entrainant ainsi une saturation des infrastructures, des amphithéâtres surchargés et une faible interaction entre étudiants et enseignants. Cette situation rend difficile un enseignement optimal et explique la pédagogie majoritairement magistrale avec peu de travaux pratiques.

Les faiblesses notées dans le système universitaire actuel avec une forte inadéquation formation-emploi entraînent une démotivation des étudiants et du corps enseignant et une baisse du niveau académique. A terme, le chômage et le sous-emploi des diplômés deviennent alors la règle.

Ces insuffisances et ces résultats peu satisfaisants expliquent les limites du modèle d’enseignent actuel dans nos universités.

Il devient donc urgent de repenser en profondeur les programmes d’enseignement afin de former une nouvelle génération de diplômés compétents, innovants, responsables et capables de contribuer activement au développement durable de nos pays. En somme, il faut aller « Vers un nouveau modèle d’enseignement dans nos universités ».

Il devient donc nécessaire d’engager une transformation profonde des programmes d’enseignement afin de les aligner sur les priorités nationales de développement. Cette réforme des programmes universitaires doit répondre aux enjeux stratégiques du pays, notamment :

  • L’industrialisation et la transformation locale des produits,
  • Le développement de l’économie numérique et de l’intelligence artificielle
  • La modernisation de l’agriculture,
  • La souveraineté sanitaire,
  • La transition énergétique,
  • L’emploi des jeunes,
  • L’entrepreneuriat local.

La réforme des programmes doit se reposer sur un nouveau modèle éducatif centré sur l’adaptation aux mutations technologiques et économiques, la valorisation de la recherche appliquée, la production de solutions locales, la création de valeur sociale et économique, l’employabilité et l’entrepreneuriat.

Ce nouveau modèle doit remplacer progressivement :

  • La mémorisation par la réflexion critique,
  • L’enseignement passif par l’apprentissage actif,
  • Le cours magistral exclusif par la recherche et le travail collaboratif,
  • Le diplôme théorique par un portefeuille de compétences certifiées.

Le nouveau système vise à former un étudiant acteur et non un étudiant passif, un étudiant autonome, créatif, entrepreneur. Désormais, l’étudiant doit être préparé et formé non seulement à chercher un emploi, mais aussi à en créer.

L’enseignant devra également passer du transmetteur au mentor-chercheur ; il devient ainsi un accompagnateur, un facilitateur d’apprentissage, un mentor de projet. Son rôle est d’encadrer l’innovation et de stimuler la recherche.

Les universités africaines doivent évoluer, combinant centres de recherche et lieux d’innovation. Les enseignants devraient alors dans leur enseignement insister sur les applications en plus des théories développées, c’est-à-dire : transformer les équations en machines, les concepts en prototypes, et les données en décisions.

Chaque département devrait avoir un laboratoire d’invention — un espace où étudiants et enseignants cocréent des solutions aux problèmes concrets de la communauté.

Le nouveau modèle d’enseignement universitaire doit aboutir à la création d’inventions brevetées ou commercialisées, à des innovations communautaires qui améliorent les conditions de vie des populations, à des projets collaboratifs générant de l’emploi local et à la création de startups et entreprises au sein du campus, issues de la recherche académique.

Les universités doivent devenir des acteurs centraux dans la mise en œuvre des politiques publiques, en produisant des solutions adaptées aux réalités locales. Ces universités doivent former des diplômés capables d’anticiper les mutations technologiques, de créer de la valeur localement, de proposer des solutions durables face aux défis vécus par les communautés. A terme, des diplômés qui peuvent s’insérer rapidement dans la vie active.

Pour atteindre ces objectifs, chaque université devrait disposer d’un laboratoire d’innovation, d’un incubateur académique, d’un fablab (laboratoire de fabrication numérique, un lieu pour expérimenter, créer, accompagner et inventer ; un espace d’apprentissage et d’innovation) ; ou techlab (qui offre aux étudiants une introduction au monde de l’informatique et à l’exploitation des technologie) ; et d’un bureau de transfert technologique. Ces pôles d’innovation permettent de contribuer à la valorisation économique des résultats de la recherche, le dépôt de brevets qui peuvent générer des fonds pouvant ainsi contribuer à l’auto-financement partiel des universités en plus du budget octroyé par l’Etat.

Il faudra également renforcer le partenariat université - entreprises et collectivités pour offrir aux étudiants des opportunités de stages professionnalisés, encadrés et régulièrement évalués selon des standards nationaux. L’objectif étant de doter les étudiants de compétences techniques, numériques, entrepreneuriales et des compétences en communication. Ils seront ainsi à la fin de leur formation des étudiants polyvalents prêts à faire face à la vie et à contribuer activement au développement socio-économique du pays quel que soit leur faculté d’origine.

Il faudra valoriser la notion d’étudiant- entrepreneur en intégrant dans nos universités des modules obligatoires d’entreprenariat, des cours sur comment rédiger des projets de recherche, comment rédiger son curriculum vitae, comment répondre et se comporter au cours d’interview pour demande d’emploi. En plus de l’introduction de ces modules, mettre à disposition des fonds d’amorçage pour encourager la création de prototypes.

Chaque amphithéâtre doit devenir un espace de création, d’expérimentation et de débat, favorisant la participation active des étudiants.

Chaque département ou faculté devrait disposer :

  • D’un laboratoire d’innovation,
  • D’un incubateur de projets,
  • D’un espace de cocréation étudiants-enseignants-entreprises,
  • D’un dispositif de valorisation des résultats de recherche.

Chaque thèse, mémoire ou projet de fin d’études devrait aboutir à un outil concret : prototype, application, modèle économique, politique publique, dispositif technique ou social. Le diplôme devra être accompagné d’un portefeuille de compétences certifiées.

La mise en œuvre de cette réforme permettra d’obtenir une meilleure employabilité des diplômés, la création d’emplois durables, l’amélioration des conditions de vie et une compétitivité internationale de nos universités.

La redéfinition des programmes d’enseignement constitue un levier stratégique majeur pour la transformation des sociétés africaines. Elle doit permettre de passer d’une université de transmission à une université de production, d’innovation et de transformation sociale. L’université africaine de demain doit être en plus de sa fonction classique d’un centre de savoir, un laboratoire de solutions, un incubateur d’entrepreneurs, un moteur de développement, un espace de citoyenneté et de leadership.

Professeur Papa Salif Sow Spécialiste en Maladies Infectieuses
Enseignant-Chercheur Université Cheikh Anta Diop Dakar
Membre de l’Académie Nationale des Sciences et
Techniques du Sénégal (ANSTS) Président de 
la Commission Scientifique, Stratégies et Prospective ANSTS

Section: 
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