Publié le 27 Feb 2017 - 23:22
AVIS D’INEXPERT PAR JEAN MEÏSSA DIOP

Le défi de produire africain pour l’audiovisuel africain

 

Quels contenus authentiquement africains pour l’audiovisuel africain… ?  Le thème du Forum de l’Union africaine de radiodiffusion (née en 2006 sur les cendres de l’Union des radios et télévisions nationale d’Afrique, Urtna) tenu à Dakar du 21 au 24 février aurait pu être énoncé sous le mode interrogatif qui trahirait, peut-être, une perplexité des audiovisuels d’Afrique face à une problématique surgie avec la télévision numérique terrestre (Tnt). D’une, voire quelques chaînes de télévision de naguère, voilà que chaque pays,  qui a réussi la migration de l’analogique vers le numérique, se retrouve avec une multiplicité de chaînes.

Des chaînes à doter de programmes ou à  ‘’meubler’’ avec des contenus conçus de l’extérieur avec les risques de domination et d’aliénation culturelles encourus par les publics africains. Et l’universitaire camerounais, Pr Gervais Mbarga, enseignant à l’université de Moncton au Canada, a, dans sa communication, posé une question qui, pour cette raison, mérite une réponse urgente. ‘’Comment, se demande Pr Mbarga, les chaînes africaines, qui avaient déjà de la difficulté à nourrir par leurs propres productions, une seule chaîne, procèderont-elles pour nourrir des myriades de chaînes ? Où trouveront-elles les financements nécessaires pour couvrir ces besoins simplement quantitatifs ? (…) La multiplicité des chaînes provoquera peut-être un appel d’air en termes de demande de contenu’’.

En moins prosaïque, le seul génie créateur de ‘’contenus authentiquement africains’’ ne suffira pas, il aura besoin de moyens financiers pour s’exprimer de manière concrète et se traduire en programmes crédibles pour les télévisions africaines. Un très gros défi pour le continent. Des génies de la télévision ne font pas défaut à l’Afrique, loin de là, mais les idées ne suffisent pas ; il y a les moyens.

Et se pose, au même moment, la question des contenants et bien d’autres chapitres. Depuis cette injonction mondiale, lancée en 2006 à Genève, à passer à la Tnt, l’Afrique est le point de convergences voire un terrain de fantasia d’entreprises européennes, asiatiques qui viennent chercher à gagner des marchés de contenants et de contenus. Il va falloir résoudre le défi de la ‘’quincaillerie’’, c’est-à-dire, de manière métaphorique, les équipements qui permettront d’entrer dans l’ère de la télévision numérique.

Ces appétits de ‘’quincailleurs’’  sont français, chinois, sud-coréens… Et, pour passer au numérique, certains pays africains ont signé des ‘’traités inégaux’’,  clin d’œil à la Chine qui a connu ce type d’iniquité (Traités inégaux de 1839 à 1864), mais qui vient  rééditer des accords presque similaires avec des pays d’Afrique équipés et financés par la multinationale chinoise StarTimes (spécialisée dans la fourniture et l’édition de contenus)  et qui, en contrepartie, lui cèdent, pour une trentaine d’années, sans certains cas, un aspect de leur souveraineté culturelle… Pour dire le moins… Cette firme d’audiovisuel chinoise a sur la Côte d’Ivoire des visées dont la réalisation évincerait le bouquet Canal plus Afrique.

‘’L’incursion de StarTimes  sur le marché africain, qui remonte à 2004, a été largement encouragée par les autorités chinoises qui entendent depuis plusieurs années développer leur soft-power et la promotion de leur culture, écrit le site http://www.mediasportif.fr/. StarTimes a connu un déploiement fulgurant. Elle s’est à ce jour imposée dans une vingtaine de territoires dont le Rwanda, l’Ouganda, le Burundi, la Centrafrique ou encore le Nigeria’’.  Les pendants français ne sont pas en reste. On sait comment l’acquisition par le groupe Lagardère des droits de retransmission de la Coupe d’Afrique des Nations de Football a littéralement dépossédé l’Afrique d’une compétition très populaire, découlant de son génie et se tenant sur son propre sol.

Convoitises françaises aussi pour la construction de l’infrastructure Tnt dans certains pays africains.

Les Africains réfléchissent sur les ‘’contenus authentiquement africains ‘’ pour meubler leur Tnt. Et voilà qu’au forum de Dakar sont venus des sponsors et autres ‘’partenaires’’  espagnols, belges, français… pour proposer des contenus. L’un de ces sponsors nourrit la forte ambition de se déployer sur le terrain laissé vacant par Canal France international (Cfi), ‘’cette agence de coopération du ministère français  Affaires étrangères et du Développement international chargée de coordonner et d'animer la politique française d'aide au développement en faveur des médias du Sud’’.   Dans les années 90, Cfi a été un important fournisseur de programmes de télévision de toutes natures (sport, culture…) à des médias du Sud.

Il y a eu au cours de  ce forum de l’Uar à Dakar, des analyses sur lesquelles il faudra méditer : ‘’Il n’y a plus, aujourd’hui, à proprement parler, de radio ou télévision sénégalaise, camerounaise, nigériane ou sud-africaine, souligne le Pr Gervais Mbarga. Par la magie d’internet, du satellite et de la fibre optique, on peut écouter toutes les radios et visionner toutes les télévisions partout dans le monde, et la planète entière devient le nouveau vrai marché, parfois caché’’.  C’est aussi un train sur le départ, comme a dit le Directeur général de l’Uar, Grégoire Ndjaka, dans son allocution d’ouverture du forum de Dakar, il faudra y monter si on ne veut pas rester à quai.

 

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