Publié le 4 Mar 2026 - 13:28
SUCCESSION SG ONU

Macky Sall, entre rancœur et espoir 

 

Alors qu’un large consensus semble se dégager sur le continent autour de sa candidature, Macky Sall peine à fédérer les voix au niveau national.

 

La candidature de Macky Sall au poste de secrétaire général de l’Organisation des Nations Unies continue de susciter la polémique. Opposition comme pouvoir, elle ne laisse presque personne indifférent. Député de la majorité et fervent pourfendeur de Sall, Guy Marius Sagna n’a pas tardé à réagir à l’officialisation de cette candidature, portée par le Burundi en sa qualité de président en exercice de l’Union africaine.

Pour le député, le seul “mérite” de l’ancien président, c’est sa docilité devant l’impérialisme. “Il a poussé la docilité jusqu’à assassiner près de 100 sénégalais, emprisonner plus de 2000 prisonniers politiques au Sénégal. S’ils le veulent à la tête de l’ONU, c’est encore pour sa docilité et non pour les droits des nations”, a fulminé le chantre du “France Dégage”.

Si de nombreux pourfendeurs s’agitent contre cette candidature, d’autres ne manquent pas de se signaler pour la soutenir. C’est dans ce sens que s’inscrit une lettre signée par une dizaine d’organismes politiques, syndicaux et de la société civile et adressée au président de la République. Depuis quelques mois, constatent-ils, l’un des sujets majeurs du débat public national porte sur la candidature du Président Macky Sall au poste de Secrétaire général des Nations Unies.

Des organisations saisissent le président Faye pour lui demander son soutien

“Voir un compatriote être élu Secrétaire général de la plus grande et universelle organisation serait une immense source de fierté pour notre nation, par-delà les adversités politiques”, soulignent les signataires. C’est la raison pour laquelle, poursuivent-ils, ils sollicitent le soutien du chef de l’État et celui de son Gouvernement pour appuyer ladite candidature.

À l’appui de leur demande, une lettre de motivation dans laquelle ils indiquent pourquoi le Sénégal devrait soutenir cette candidature de l’ancien Président. “Cette candidature constitue un enjeu national et transcende, à cet égard, les clivages politiques. Soutenir Macky Sall, ce n’est pas soutenir un camp politique mais plutôt soutenir le Sénégal et l’Afrique”, explique-t-il.

Parmi les organisations signataires, il y a le Front pour la défense de la démocratie et de la République (FDR) ; la Confédération nationale des travailleurs du Sénégal (CNTS) ; la CNTS/FC ; la Confédération des syndicats autonomes du Sénégal, etc.

Une controverse plus politique et idéologique que judiciaire

Mais pourquoi cette hostilité contre la candidature de l’ex président ? En vérité, ses adversaires lui mettent sur le dos tous ceux qui ont perdu la vie durant les périodes de troubles politiques entre 2021 et 2024. Période durant laquelle, plus de 80 personnes auraient été tuées selon les adversaires de Sall.

Il convient de rappeler que le Collectif de journalistes “CartograFreeSenegal” avait mené une enquête minutieuse sur le nombre de morts durant cette période et était parvenu à recenser 65 morts directement liés à la répression policière. Parmi eux : 51 ont été tués par balles selon le collectif ; 2 suite à des actes de torture ; 11 pour d’autres causes.

Hormis les travaux du collectif qui ont abouti presque au même résultat que ceux d’Amnesty, il y a aussi les travaux de la commission mise en place par l’État en charge de l’assistance aux victimes. Cette dernière avait estimé à environ 80 le nombre de morts, mais avait-elle comptabilisé des décès qui n’étaient pas directement liés à la répression policière ?

Les écarts sur les morts et la responsabilité des parties

EnQuête avait appris par exemple que le comité avait recensé François Mancabou ; Didier Badji ; Fulbert Sambou ; les deux filles tuées dans l’attaque du bus à Yarakh et Doudou Fall mort à la mairie de la Médina. Ils avaient aussi comptabilisé Papito Kara, mort sur les chemins de l’émigration irrégulière, à la suite du chavirement de leur pirogue…..

Mais est-ce que tous les morts ont été causés par les forces de l’ordre ? Étaient-ce des bavures, de la légitime défense, ou bien des actes criminels volontaires ? Si c’était volontaire est-ce que les présumés coupables ont reçu des ordres de leurs hiérarchie et de Macky Sall pour procéder à ces exécutions ? Quelle part de responsabilité pour ceux qui avaient appelé au Mortal Kombat et qui menaçaient de renverser le pouvoir ? Autant de questions que seule une enquête indépendante pourrait permettre d’élucider.

À ce jour, il n’y a aucune enquête qui permette de déterminer les véritables auteurs de ces morts ou leurs commanditaires. Même s’ils sont nombreux les Sénégalais à penser à la responsabilité des forces de défense et de sécurité pour les 51 morts par balle recensés par le collectif de journalistes

MACKY SALL, CANDIDAT 

“Refonder le multilatéralisme pour un monde meilleur”

En appui à sa candidature, le Président Sall a exposé sa vision pour un monde meilleur. Il propose une refondation ambitieuse du multilatéralisme, afin de répondre à une crise mondiale qu’il juge systémique et sans précédent. Macky Sall estime que l’ONU demeure le cadre universel indispensable, mais qu’elle doit être réformée, modernisée et rationalisée pour rester crédible et efficace, face aux nombreux défis que sont : les conflits persistants, les crises répétitives de la dette, les vulnérabilités climatiques, les fractures économiques et sociales, entre autres.

Fort de quatre décennies d’expérience dans la gestion publique, dont douze ans à la tête du Sénégal, il plaide pour un leadership pragmatique, fondé sur l’écoute, le dialogue et la recherche de résultats concrets. Son ambition stratégique est de restaurer la confiance entre les États membres en renforçant l’unité, l’autorité morale et la capacité d’action de l’Organisation. Sa vision s’articule autour de trois piliers majeurs.

En premier une approche intégrée de la paix, de la sécurité et du développement. Dans sa vision, le candidat estime que la paix est indissociable du développement. Il préconise ainsi une diplomatie de prévention, le renforcement des mécanismes d’alerte précoce, une meilleure coordination entre le Secrétariat et le Conseil de sécurité, ainsi qu’une synergie accrue entre opérations de paix, actions humanitaires et programmes de développement.

L’objectif, pour Sall, est d’éviter les doublons, rationaliser les interventions sur le terrain et accroître leur impact, en particulier dans les États fragiles. Il insiste également sur la nécessité de soutenir l’investissement, le commerce et des partenariats porteurs de croissance pour compléter l’aide publique au développement.

Dans un monde multipolaire marqué par les risques de fragmentation, Macky Sall défend un multilatéralisme rénové, capable de répondre aux défis anciens (conflits, migrations, inégalités) comme aux enjeux émergents (pandémies, intelligence artificielle, technologies). Il souhaite promouvoir l’égalité femmes-hommes et l’autonomisation des jeunes comme priorités centrales. Il appelle également à une réforme réaliste et consensuelle du Conseil de sécurité pour renforcer sa représentativité et sa légitimité, tout en préservant son efficacité. Il a aussi promis de moderniser la gouvernance de l’institution pour la rendre plus adaptée aux exigences de l’heure.

Outre Macky Sall sont aussi candidats : Michelle Bachelet, ancienne présidente du Chili et ex haute commissaire aux droits de l’homme ; la costaricaine Rebeca Grynspan, secrétaire générale de la cnuced et l’Argentin Rafael Grossi, directeur général de l’AIEA. Cela fait pour le moment trois candidats pour la zone Amérique du Sud, un seul pour l’Afrique. Le sortant étant portugais, il est peu probable que son successeur soit européen. L’atout de Sall jusque-là, c’est certainement le grand consensus africain qui semble se dégager autour de sa candidature.

 

MOR AMAR

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