Publié le 23 Feb 2012 - 09:20
CONTRIBUTION

Arrêtez-les, Monsieur le Garde des Sceaux !

Mody Niang

Dans son édition du mercredi 22 février 2012, le quotidien Walfadjri fait état d’accusations particulièrement graves portées sur les candidats Idrissa Seck, Macky Sall, Cheikh Tidiane Gadio et Ousmane Tanor Dieng, par le Ministre d’État, Garde des Sceaux, Ministre de la Justice Cheikh Tidiane Sy.

 

Le Garde des Sceaux affirme que ces derniers sont loin d’avoir les mains propres et les traite sans détour de ''voleurs''. Il ne s’arrête pas en si bon chemin et affirme détenir les preuves qui confortent ses accusations. Menaçant, il lance : ''S’ils osent me contredire, je vais montrer les preuves. Je les détiens.'' Il se fait plus précis encore et cloue au pilori Ousmane Tanor Dieng en ces termes : ''J’ai entendu Ousmane Tanor Dieng qui était là au temps de Abdou Diouf, dire que le gouvernement de Abdoulaye Wade a vendu beaucoup de licences de pêche. Lui qui parle de licences de pêche en a eu une part de 25 milliards. Il est un grand voleur. ''

 

Macky Sall en a eu aussi pour son grade : ''Macky Sall parlait, un jour, la main sur la poitrine, disant qu’il avait les mains propres. Ce n’est pas le cas. Il a les mains entachées. Il est un voleur.'' Il en est de même d’Idrissa Seck et de Cheikh Tidiane Gadio, poursuit le Garde des Sceaux.

 

Après douze ans d’infecte gouvernance de Wade que nous souhaiterions fermer définitivement au lendemain du 18 mars 2012 pour inaugurer une nouvelle ère, celle-là toute de vertu et de transparence, voilà que le Garde des Sceaux, ministre d’État, ministre de la Justice, porte publiquement des accusations particulièrement graves sur des candidats dont l’un pourrait être le quatrième président de la République du Sénégal.

 

Wade et son clan ont beau nous prendre pour des moins que rien, cette fois-ci, la coupe est pleine : le Garde des Sceaux ne devrait pas avoir d’autres choix que d’arrêter les ''voleurs'', puisqu’il détient les preuves de leurs forfaits.

 

Que personne n’évoque la campagne électorale pour minimiser ou relativiser les graves accusations du Garde des Sceaux ! Un voleur est un voleur, en période de campagne électorale ou en période normale. Il doit être arrêté s’il est établi qu’il a volé et les candidats incriminés auraient bien volé, puisque l’homme mieux placé et mieux informé que chacun d’entre nous affirme formellement en détenir les preuves. Que le Garde des Sceaux arrête donc les ''voleurs !'' Il ne suffira pas de leur brandir l’épouvantail des preuves pour les réduire au silence ! Nous nous trouverions alors devant un cas de chantage insoutenable.

 

Autant l’accusateur n’a pas d’autres choix que d’arrêter les ''voleurs'', autant ces derniers nous doivent des explications claires et précises. Il ne leur suffira pas de nier ou de minimiser les graves accusations portées contre eux. Ils ont surtout le devoir de relever le défi que leur lance leur accusateur. En tous les cas, nous ne sommes vraiment pas prêts à nous retrouver avec un autre Wade, un autre bourreau de deniers publics pour sept ou quatorze longues années encore. Si les incriminés n’ont rien à se reprocher, qu’ils nient publiquement et portent plainte contre leur accusateur ! Qu’ils exigent surtout de lui qu’il exhibe au grand jour les preuves qu’il prétend détenir !

 

Au Sénégal, nous avons cette fâcheuse habitude de faire montre d’indifférence face à des situations ou à des événements particulièrement graves. Cette fois, à trois jours d’un scrutin important dont nul ne sait d’ailleurs s’il va être organisé, nous n’avons pas le droit de rester passifs face aux graves accusations du Garde des Sceaux, ministre de la Justice. Il doit arrêter les accusés, qui doivent à leur tour s’expliquer. Nous ne pouvons pas courir le risque de confier notre pays à quelqu’un sur qui pèsent d’aussi graves accusations. Nous n’avons pas, non plus, le droit de réélire un président vieux de 88 ans, et dont le Garde des Sceaux révèle des cas – avérés selon lui – de détournements de deniers publics, plusieurs années après que les forfaits ont été commis.

 

Les autres candidats, les mouvements de la Société civile, les personnalités indépendantes, tous les citoyens, toutes les citoyennes se doivent de prendre des positions publiques nettes et précises par rapport à ces graves accusations, même en période électorale.

 

Pendant douze ans, nous avons vécu le martyre et avalé passivement des couleuvres. Cette fois, rebiffons-nous sinon, nous ne méritons pas notre statut d’hommes, de citoyens ! Nous serions au même niveau d’irresponsabilité que les baayima. Peut-être même, à un niveau inférieur.

 

Sénégalaises, Sénégalais, sortons de notre torpeur coupable !

 

Mody Niang

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