L’ADN immuable du sport sénégalais

« Je ressens aujourd’hui le besoin profond de m’exprimer, en tant que témoin et actrice d’une époque où le Sénégal écrivait ses premières grandes pages de gloire sportive, bien au-delà du football. Il y eut des pionniers, des artisans discrets mais essentiels, qui ont hissé notre pays au sommet du continent, notamment à travers le basketball, discipline la plus titrée du Sénégal dans les sports collectifs.
Ce temps est peut-être révolu, mais la mémoire, elle, ne doit jamais s’éteindre. On ne bâtit pas l’avenir en effaçant ceux qui ont ouvert la voie. Ces précurseurs ont porté haut les couleurs nationales avec dignité, courage et amour du maillot. Ils nous ont transmis des valeurs qui dépassent le sport : la discipline, le respect, le sens du sacrifice et l’unité.
Aujourd’hui, je tiens à saluer notre vaillante équipe nationale de football, les 28 joueurs sélectionnés par le coach Pape Thiaw, qui a su faire honneur à toute une nation. Le football sénégalais a, une fois de plus, démontré que la cohésion, la solidarité et la rigueur sont les fondements des grandes victoires. C’est cela, l’ADN de notre sport : « DIOM, FOULLA AK FAYDA ».
Je tiens également à rappeler l’importance du rôle des anciens dans la transmission. On ne construit jamais une génération sans s’appuyer sur celles qui l’ont précédée. À ce titre, la contribution des anciennes gloires du football dans l’encadrement et l’accompagnement de cette équipe mérite d’être saluée. Leur expérience, leur recul et leur sens de l’honneur ont été précieux tout au long de cette campagne.
Je salue également la posture du coach Pape Bouna Thiaw, qui a fait preuve de courage, de sang-froid et d’un grand sens des responsabilités. Dans un contexte particulièrement délicat, il a su préserver la cohésion du groupe et protéger ses joueurs. Son attitude s’inscrit dans une logique que l’on retrouve au plus haut niveau international et mérite, à ce titre, une lecture sereine, équilibrée et objective.
Il serait toutefois difficile de passer sous silence certains faits survenus lors de cette rencontre, notamment les conditions entourant l’accueil de notre délégation et de nos supporters à Rabat. Plusieurs témoignages font état de situations regrettables vécues par des compatriotes sur le sol d’un pays frère et ami, ainsi que d’un climat de tension ayant affecté le bon déroulement du match.
Je pense notamment aux conditions d’hébergement d’avant-match, à l’accès restreint des supporters sénégalais au stade, à certaines attitudes observées dans les tribunes et sur l’aire de jeu, ainsi qu’à des décisions arbitrales perçues comme déséquilibrées. L’incident impliquant notre gardien remplaçant, Yehvann Diouf, alors qu’il tentait simplement d’éviter un acte d’antijeu, demeure à ce titre particulièrement regrettable.
Ces dérives, le fait de quelques excès isolés, ne grandissent ni le sport ni ses valeurs. Certes, les décisions prises par le staff sénégalais peuvent être analysées à l’aune des règlements. Mais l’histoire du sport nous enseigne que, dans certaines circonstances exceptionnelles, des équipes ont déjà quitté le terrain pour préserver l’intégrité physique et mentale de leurs joueurs.
Dans un tel contexte, il aurait été souhaitable que les instances concernées : CAF, FIFA, Fédération marocaine, prennent les mesures nécessaires pour apaiser la situation et garantir la sécurité de tous. Cela aurait sans doute évité un climat délétère aux conséquences sportives regrettables.
Quoi qu’il en soit, le coach a assumé ses responsabilités. Les éléments objectifs existent pour apprécier cette situation avec discernement. Il appartient désormais aux instances compétentes d’agir avec équité, responsabilité et hauteur de vue.
Le sport ne grandit que lorsque la justice, le dialogue et la lucidité l’emportent sur la passion. Aucune nation n’est supérieure à une autre. Mais l’histoire nous enseigne aussi que la justice humaine a parfois ses limites… et que la justice divine, elle, finit toujours par s’imposer.
Je souhaite enfin rendre un hommage appuyé à notre Nanthionational, Sadio Mané, véritable monument du football sénégalais et africain. Il mérite reconnaissance et respect éternels. Une mémoire vivante au Musée Pape Bouba Diop du stade olympique de Diamniadio aux côtés d’une autre figure emblématique serait un symbole fort pour les générations futures.
N’oublions jamais que l’État est une continuité, tout comme une équipe nationale est une continuité, avec la touche propre à chaque coach et à chaque génération, comme l’a si bien exprimé le coach Pape Thiaw lors de sa nomination.
Merci à cette nouvelle génération de dirigeants, appelée à faire mieux, à corriger les erreurs du passé et à faire rayonner davantage le sport sénégalais.
Restons lucides, unis et engagés.
Préparons dès maintenant la Coupe du Monde.
L’Afrique y sera.
Et le Sénégal y aura toute sa place.
Marie-Amélie LOPEZ SAKHO
Ancienne capitaine des Lionnes du basketball et témoin de l’histoire
Championne d’Afrique 1974 & 1976 »






