Publié le 30 Apr 2019 - 03:45
DELIVRANCE DES PASSEPORTS BIOMETRIQUES CEDEAO

La corruption présente sur toute la chaine 

 

‘’EnQuête’’, pour se convaincre des témoignages glanés à la Dpetv, a suivi toute la procédure et est en mesure d’attester de la corruption sur toute la chaine, de l’achat de la quittance à la délivrance du passeport, en passant par l’enregistrement.

 

Simplement incroyable. Un simple avis sur l’ampleur de la corruption dans le processus d’obtention du passeport biométrique ne suffit pas pour avoir une idée nette de ce mal dont souffrent les populations. Pour nous en convaincre, nous avons entamé une procédure pour renouveler notre passeport arrivé à expiration. Pour ce faire, nous nous sommes d’abord rendu à la Direction  des impôts et domaines de la Biscuiterie,  le vendredi 15 mars 2019 à 11 h, pour l’achat d’une quittance fiscale. Grande a été notre surprise de constater sur place la malversation. En effet, à notre arrivée, l’agent de police en charge du contrôle des entrées nous renseigne que le service a clôturé la liste d’attente, car elle était déjà remplie. On nous demande alors de revenir à 15 h.

En retournant sur nos pas, un gaillard, habillé d’un sous-vêtement noir et d’un jean de la même couleur, un long collier autour du cou, descend d’un scooter et nous interpelle pour nous proposer ses services. ‘’Pardon madame, si vous êtes venue pour la quittance pour un dépôt de passeport, je peux l’acheter pour vous, si vous me payez 2 000 F’’, nous explique-t-il. Pour bien pousser dans la discussion, nous lui proposons de prendre son numéro de téléphone, en attendant d’aller chercher l’argent de la commission. Ce qu’il  accepte sans hésiter.

Une heure plus tard, on le rappelle au téléphone pour mieux comprendre ses intentions. ‘’Je suis démarcheur, je peux obtenir le timbre au guichet, même si la liste d’attente est clôturée. C’est mon boulot’’.  A la question de savoir s’il cherche à nous escroquer, Il insiste et se montre nerveux. ‘’Non, jamais je ne prendrai votre argent sans vous remettre un timbre, car tout le monde me connait ici. Je suis démarcheur, vous me payez, je vais vous acheter le timbre. C’est ça mon job’’, insiste-t-il.

Ces démarcheurs sont connus dans le milieu. Au niveau de la Dpetv, dès que nous évoquons nos difficultés pour avoir la quittance, on nous propose les fameux intermédiaires à 2 000 F, en scooter. ‘’C’est plus efficace et rapide. Cela vaut mieux que d’aller au bureau de la Foire’’, explique un usager.

Le mercredi 20 mars, nous retournons à la Direction des impôts et domaines de la Biscuiterie. Cette fois-ci, dès 8 h du matin. Après près d’une heure d’attente, l’agent nous propose encore d’aller à la structure de la Foire pour nous procurer des quittances. A peine que certains ont commencé à sortir, le  même démarcheur les aborde pour proposer ses services. Pour l’enregistrement des demandes également, c’est le même constat. Si on veut que tout se déroule comme on le souhaite, il faut soit débourser de l’argent, soit avoir des bras longs, autrement dit des connaissances en haut lieu. Pour aller au bout de notre procédure, on a dû passer plusieurs appels téléphoniques à des coûts énormes, en vain. Nous avons ainsi sollicité les services d’un tiers pour prendre un Rv qui est finalement fixé pour le 5 avril.  

Le jour J, on remarque que, sur la file d’attente, les privilégiés ou plutôt ceux qui ‘’achètent le service’’, se distinguent. Au moment où certains attendent des heures leur tour, eux empruntent des portes dérobées pour s’enregistrer, sans passer par la longue file d’attente. A l’intérieur des bureaux d’enregistrement aussi, même scène. Leurs dossiers sont traités en priorité. Et pour le moindre retard, un sms à l’entremetteur suffit pour accélérer le processus.

 Quant aux autres, classés au rang des demandeurs ordinaires qui n’ont pas sollicité les services d’un courtier ou d’une connaissance, ils suivent l’interminable file d’attente avec tous les retards et négligences flagrants qu’occasionne le traitement des autres ‘’privilégiés’’. Après enregistrement, un autre rendez-vous est fixé le 11 avril pour enfin le retrait de notre passeport. Mais, à partir du 8 avril, nous contactons un entremetteur pour pouvoir le retirer avant la date prévue. Le 9 avril, on se  rend à la Dpetv, aux alentours de 16 h.  Nous remettons notre récépissé à l’entremetteur qui envoie, aussitôt, un sms à son collaborateur.  Après cela, il nous demande de déposer le récépissé au guichet 2, puis de patienter pour le retrait. Sur la file d’attente, une dame venue depuis 15 h ne cesse de se lamenter. Après quelques minutes d’attente, on nous appelle pour nous remettre le document de voyage. En contrepartie, l’entremetteur nous demande de donner une somme pour, dit-il, acheter du crédit à l’agent du guichet, car c’est lui qui aurait retiré le document.

Cette démarche nous  a  permis  de constater que  la corruption est présente sur toute la chaine de fabrication et de délivrance des passeports biométriques. De la Dpetv aux Impôts et domaines, les citoyens sont obligés de passer soit par des connaissances, soit par la corruption pour obtenir ce document de voyage.

Outre la corruption, il est également déploré le clientélisme. A défaut de mettre la main à la poche, il faut avoir des connaissances, amis ou parents à la Dpetv pour que son dossier puisse être diligenté dans les meilleurs délais.

Natif de Tambacounda, Doudou avait perdu son passeport. Pour en obtenir un autre, il quitte sa région  pour Dakar, au mois de mars dernier. Malgré la distance qui sépare les deux villes et son long voyage, rien que pour enregistrer sa demande, on lui donne rendez-vous en avril. C’est ainsi qu’il sollicite l’entremise de son  père, ancien policier. Après l’intervention de celui-ci,  on accélère son dossier et son Rv est rapproché. Finalement, en 72 heures, il obtient son passeport.   

ABBA BA

 

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