Publié le 6 Feb 2015 - 07:34
DROIT DE RÉPONSE

Á vous, Monsieur le Président  Abdoulaye Wade       

 

Monsieur le Président,

je me sens concerné par vos propos selon lesquels vous demanderiez à ce qu’on ne vous dise plus d’aller vous reposer.

Monsieur le Président,

vous n’ignorez certainement pas que beaucoup de personnes, dans ce pays, éprouvent un sentiment de respect, ou d’amour, ou d’affection ou d’admiration à votre égard, ou tout cela à la fois. Vous êtes, je l’ai déjà dit quelque-part ailleurs, un modèle pour certains, une référence  pour d’autres, une idole pour d’autres encore.  Qu’on soit sénégalais ou même d’une quelconque autre nationalité. Or, l’on ne saurait aimer quelqu’un et être indifférent par rapport à ses faits et gestes, par rapport aux choses qui le concernent. N’est-ce pas, d’ailleurs, cela qui vous pousse à défier tout et tout le monde pour chercher à tirer d’affaires votre fils Karim ? N’est-ce pas cet indescriptible amour (paternel ici) qui fait  que vous soyez en train de remuer ciel et terre pour que notre cher frère recouvre la liberté ?

Autant la situation de Karim vous préoccupe à ce point (elle nous préoccupe aussi) parce que vous l’aimez (nous aussi), autant (ou presque), vos agissements, à votre âge, nous préoccupent parce que nous nourrissons encore un tant soit peu d’admiration à votre égard, pour les actes positifs et utiles (puisqu’il y en a quand-même) que vous avez posés tout au long de votre existence, dans ce pays et à travers le monde. L’on comprend que vous soyez complètement bouleversé, pour ne pas dire « renversé » par les évènements, parce que « doom ci khol la sakh », mais le discours protocolaire voudrait que vous nous traitiez, nous autres, autrement que de la manière dont vous le faites actuellement. « Nit boula roussé, danga ko wara ragal », dit-on. Autrement dit, le respect doit être réciproque.

Il y en aura sûrement qui souffriront de vous entendre parler ainsi, mais il leur suffirait de se rappeler votre caractère imprévisible et très permissif parfois, auquel ils avaient fini par s’habituer, pour, encore une fois, tout vous pardonner. C’est cela la force de certains sentiments qu’on peut éprouver les uns envers les autres : ils font de nous de grands « encaisseurs », nous font oublier et pardonner presque tout de suite, tout le mal qu’on nous fait, Monsieur le Président. Cela ne vous ferait certainement rien du tout si nous « cessions de vous aimer, de vous respecter, de vous adorer », mais nous, par contre, serions très peiné de devoir nous passer de notre modèle, notre référence, notre idole, de devoir le sortir de notre esprit du jour au lendemain.

Il y en aura, sûrement qui seront vexés, frustrés par vos propos, parce qu’ils ne vous veulent que du bien et pensent que c’est le repos qui vous ferait plus de bien qu’autre chose. Leur père aurait l’âge que vous avez actuellement, qu’ils lui suggéreraient la même chose. Mais comme « mag bour la », ils encaissent, encore une fois. Cependant, il ne s’agit pas seulement de relations quasi sentimentales. Il est question, également, de rapports entre le citoyen et l’Etat. Monsieur le Président, si le patrimoine politique du Sénégal devait être partagé aujourd’hui, vous n’en auriez certainement pas une portion congrue. Au contraire, il vous serait légitimement revenu la part du lion. Mieux, vous mériteriez l’insigne honneur de procéder, vous-même à ce partage.

Qu’on ne vous dise plus d’aller vous reposer parce que « Dieu vous donne encore les capacités de travailler pour votre pays ». Cela est très bien dit, et cela vous honore de vouloir, à votre âge, continuer à travailler pour votre pays. Mais comment voulez-vous travailler pour votre pays, Monsieur le Président ? That is the question. Le Président Sall vient de réitérer à l’opposition son éternel appel au dialogue et vous semblez persister dans votre dans votre désormais impertinente position d’« éternel opposant ». C’est ainsi, Monsieur le Président, que travaillez pour votre pays ? Vous pourriez bien vous y prendre autrement. Votre expérience et votre expertise vous en donnent la capacité. Votre qualité de citoyen et d’ancien Président de la République vous en donnent le droit.

Monsieur le Président,                                                                                                                               notre chère République et ses institutions ont beaucoup souffert d’être malmenées ces dernières années, pour continuer de recevoir de mauvais coups. Nos institutions ont besoins d’être lustrées pour retrouver leurs valeurs d’antan, et c’est à cela que s’attèle le Président Sall, entre autres choses. Le Président Sall est en train d’œuvrer à ce que la séparation des pouvoirs devienne une réalité au Sénégal. Puisque vous-même, qui, pourtant, l’avez précédé au pouvoir, semblez ne pas y croire. Et lorsque, dans l’affaire Karim Wade, vous, avocat de formation, évoquez l’intervention de grandes personnalités, qui, pour autant, ne sont ni juges ni avocats, l’aveu semble, dans une certaine mesure, révélateur de la manière dont vous avez géré ce pays pendant douze longues années.

L’affaire Idrissa Seck est encore fraîche dans les esprits, dans ses moindres rebondissements. Mais Monsieur Macky Sall n’est certainement pas Maître Abdoulaye Wade, et Monsieur Karim Wade, non plus, n’est sûrement pas Monsieur Idrissa Seck, serions-nous tentés de dire. La République a ses règles et son mode de fonctionnement. Il est vrai que ce qui se passe dans ce pays ressemblerait plutôt à une sorte de « syncrétisme républicain » et l’on s’en accommode depuis très longtemps. Cependant, nos autorités religieuses ont une très grande ouverture d’esprit pour savoir que leur …autorité dans la bonne marche de ce pays n’est nullement remise en question par la démarche du Président Sall. La séparation effective des pouvoirs participerait, d’ailleurs, de l’assainissement de notre environnement sociopolitique.

Monsieur le Président,                                                                                                                                   l’on ne saurait douter de vos capacités intellectuelles, et même physiques, peut-être, de servir encore le Sénégal malgré votre âge très avancé. Mais ne croyez-vous pas en avoir assez fait ainsi, et que c’est nous qui vous sommes redevables de tout cela, maintenant ? Toujours est-il que « bou nguène insisté nak », vous avez votre place (bien méritée) aux côtés de ces autres citoyens qui sont au niveau de nos instances dirigeantes et qui œuvrent à la bonne marche de notre cher Sénégal.  A condition que …la condition sine qua non à cela ne soit pas la libération de notre frère Karim. Puisque ce dernier est dans les mailles de la justice et pas entre les mains du Président de la République.  

Á vous, Monsieur le Président Wade, Respectueusement.

 Pape O.B.H. Diouf  février 2015

 

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