Publié le 28 Aug 2021 - 09:41
LETTRE OUVERTE

Cher monsieur le ministre,

 
Pour l'harmonie des décisions administratives dans un contexte de gravité intermédiaire entre 3ème vague macabre et inquiétude autour d'une 4ème vague annoncée de COVID, il faut sauver votre soldat le tout nouveau préfet de Mbour. Le chef de l'exécutif départemental n'a manifestement pas pris le temps ni de consulter son prédécesseur, ni d'évaluer le risque contextuel pour autoriser la saison de "Kankourang" rebaptiser Septembre Mandingue à Mbour.
 
Non Monsieur le ministre, le préfet de Mbour nous aura tous sacrifié par cette décision surprenante, irréfléchie pour ne pas dire plus et porteuse de graves risques de favoriser la propagation du virus de la COVID. On ne devra pas attendre Octobre (tiens tiens, la rentrée scolaire) pour faire le bilan d'une décision incompréhensible Monsieur le ministre, d'autoriser la saison de Kankourang de cette année.
 
Les préfets de Kaolack, de Fatick ont récemment interdit les concerts de Waly Seck, de Sidy Diop…. Le gouverneur de la région de Dakar a, sans coup férir, fait ajourner les Grands combats de lutte qui étaient prévus à l'arène nationale.
 
Monsieur le ministre, ces événements ajournés se déroulaient pourtant en indoor, en lieu confiné, et en position statique du public. Sauf qu'ils rassemblaient du monde. Et il faut être naïf pour croire qu'on pouvait faire respecter les mesures barrières dans une arène de lutte ou stade de concert.
 
Monsieur le ministre, sait-on réellement ce qu'est le septembre Mandingue à Mbour ? Il rassemble encore plus de monde que n'importe quel autre événement culturel du pays. Les festivaliers viennent de partout, surtout les week-end. Et à l'inverse des événements culturels qui se déroulent dans un stade, dans un théâtre, sur une esplanade, le Kankourang sillonne la ville, se déplace partout du matin au soir.
 
Dans ce contexte, Monsieur le ministre, c'est le plus sûr moyen de faire circuler le virus et surtout le variant Delta dont tous les scientifiques nous disent qu'il est infiniment plus contagieux et surtout plus sévère. Les chiffres l'attestent. Et la relative baisse de la hausse des cas de contaminations de ces derniers jours devraient pousser à la prudence et à plus de vigilance pour consolider les acquis de la riposte.
 
Monsieur le ministre, ce n'est certainement pas le moment de relâcher et d'encourager la forte circulation du virus. Non ça ne fait pas sérieux un seul instant de mettre dans un mémorandum que le Kankourang va se tenir en respectant les mesures barrières. Non, ça ne fait pas sérieux tout ça. La légèreté avec laquelle le tout nouveau préfet prend un de ses premiers actes administratifs prouve qu'il a été "travaillé au corps" par ma "Communauté Mandingue" qui lui fait là un "passing" (thiakh en Mandingue) du genre "à charge de revanche".
 
Non monsieur le ministre, il n'y a aucune paix sociale à acheter, avec quelques communautés que ce soit, quand de la riposte commande l'annulation encore cette année les restrictions sur un événement aussi important que le pèlerinage à la Mecque, que la grande mosquée de Dakar est encore fermée, que les grandes familles religieuses ont demandé aux fidèles chacun, de prier chez soi.
 
Que peut bien finalement représenter le kankourang, face à cette urgence de la riposte. Et, c'est un Mandingue authentique qui vous implore, Monsieur le ministre. Qui va mourir parce que la saison de kankourang ne se tiendra pas ? Peut-être ceux qui en vivent. Mais ils ont bien survécu de la suspension de la saison précédente de septembre 2020. Et pour sûr, ils sont bien contents d'être en vie et d'avoir été épargnés par le COVID. Même si, et on le sait la maladie a déjà fait beaucoup de dégâts à Mbour aussi, à l'instar de certaines autres grandes villes du pays.
 
Personne ne va mourir parce que le kankourang ne paraîtra pas. En revanche, oui, dans ce contexte il y'en à qui seront sacrifiés si le kankourang est autorisé parce que le virus se sera mêlé au festival qu'on sait populaire, folklorique, et surtout sportive où tout le monde transpire à courir après le kankourang. On en oublie presque que c’est par les gouttelettes, la transpiration aussi et la sueur que se transmet le COVID.
 
Monsieur le ministre, je vous en conjure : sauvez ma communauté de Mbour, et des concitoyens du Sénégal qui ne rateraient pour rien au monde un week-end de septembre à Mbour.
 
Monsieur le ministre, prenez la décision d'autorité de corriger l'erreur fatale de votre préfet. Personne ne souffrira de la suspension cette année encore du kankourang. Pitié monsieur le ministre, sauvez la situation avant qu'il ne soit trop tard. Croyez bien que le préfet de Mbour fait là un cadeau empoisonné à la collectivité mandingue. Ma communauté Mandingue dont je n'aimerais pas qu'elle porte devant l'éternel la responsabilité d'avoir creusé une hécatombe à Mbour, et bien au-delà.
 
Monsieur le ministre, accepter que ce soit une décision ingratement récompensée. Vous interdirez le kankourang qu'on ne saura pas combien de vies vous aurez permis d'épargner.
 
Souffrez de ne même pas pouvoir tirer la gloire pour vous. Mais si vous laisser faire, vous ne pourrez pas dire que vous ne saviez pas. C'est en Sénégalais que je vous interpellé monsieur le ministre, ma fibre mbouroise en bandoulière et mon authenticité d'appartenir à la communauté Mandingue. Cette communauté qui perd sa sagesse depuis que l'enjeu de sortir le kankourang a fini de la diviser en 2 camps.
 
Chaque camp avec son kankourang. L'absence d'unité et les violences intra-communautaires que le kankourang engendre à Mbour était déjà une bonne raison de suspendre sa parution. Mais là, le COVID est encore plus fort que tout. Au nom des miens monsieur le ministre de l'intérieur, retenez le kankourang de Mbour.
 
Abdoulaye CISSE
Journaliste-Éditorialiste,
Mbourois concerné
Mandingue authentique! 
*Allaamouta: retenez-le !
Section: 
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