
Ndiaga Diouf
Il est 19 heures, à la cité Baraque, un quartier populeux et enclavé de Guédiawaye, qui dévoile d’emblée la situation modeste des résidents, visiblement touchés par le décès d’un des leurs. Ndiaga Diouf, un jeune garçon de 34 ans ''timide, sensible et bon'', selon les témoignages recueillis de part et d’autre. La tristesse se lit, à chaque coin de rue, dans les regards.
Et c’est un sentier rocailleux qui nous mène chez le défunt, tué par balles, avant-hier jeudi 22 décembre, lors des échauffourées qui ont lieu à la Mairie de Sicap-Mermoz. Sur les lieux, une famille qui porte en elle le sentiment du malheur de l’abandon continue de pleurer son fils.
Aussi réprime-t-elle sa colère devant l’omerta du gouvernement sénégalais, des politiciens et du ''recruteur'' préoccupés, ces temps-ci, par la conquête du pouvoir.
''Nous n’avons reçu que la visite de Mame Diarra Bousso Lèye, l’épouse de l’ancien ministre de la Culture qui était notre voisin. Les différentes autorités ont opté pour l’omerta. Nous nous résignons en attendant les résultats de l’enquête. C’est triste de constater à quel point des jeunes peuvent bêtement perdre leur vie pour des politiciens qui n’en valent pas la peine'', confie, d'une voix pleine d’amertume, Lamine Thiam, oncle du défunt et secrétaire général de l’écurie Balla Gaye.
''Barthélémy Dias est un meurtrier''
Mais, il refuse, à l’image des autres membres de la famille, de croire en la thèse de la légitime défense. ''Il a été touché sur le flanc gauche, de derrière. Il n’a attaqué personne. C’est un innocent qui a été sauvagement tué par un assassin. Barthélémy Dias n’est qu’un meurtrier. Nous réclamons justice et nous souhaitons aussi que les personnes qui ont recruté ces jeunes comme nervis soient démasqués'', souligne Lamine Thiam.
Chez la famille Diouf, les mots frappent fort, des voix sont étouffées par des pleurs, même si les membres essaient de part et d’autre de s'en remettre à la volonté divine. Mais tous s’interrogent encore sur la présence de Ndiaga Diouf parmi cette bande de nervis qui a cherché à intimider des leaders politiques.
''On ne comprend pas ! Ndiaga a toujours prôné la non violence. Vu son gabarit, il a dû être recruté, ce jour-là, pour assurer la sécurité d’hommes politiques. Mais cela ne lui ressemble pas. Il est si calme, si effacé et ne se souciait que de l’amélioration des conditions de vie de sa famille. Il n’a jamais fumé, ni bu de l'alcool même pas du thé et il était très pieux'', témoigne son père, Aliou Diouf.
Le défunt est, en effet, un plombier de profession, qui a eu à faire une incursion dans l’arène avant de se retirer en 2009. Ce qui justifie qu’il compte de grands amis lutteurs, comme Elton, Ndiassé 1, Abdoulaye Wade. Dans cette foulée, l’oncle du défunt tient à préciser que ces derniers n’ont jamais été entendus par la Police. ''Ils ont juste tenu à m’accompagner et à manifester leur soutien à la famille éplorée.''
Si la douleur est intense, vive, chez les Diouf, avec une mère meurtrie, qui n’a pas voulu parler à la presse, c’est parce que le jeune a été le soutien d’une fratrie de dix enfants. Il était avec son petit frère, un maçon, les seuls à disposer d’une activité génératrice de revenus.
''Ndiaga était un garçon exemplaire''
''Je fondais beaucoup d’espoir en lui. Il supportait presque toutes les charges de la maison. Il a toujours eu le sens des responsabilités, raison pour laquelle je recommandais à ses frères et sœurs de solliciter ses conseils avant de prendre une décision. Ce n’est pas parce qu’il est décédé que je fais ce témoignage sur lui ; c’était un garçon exemplaire. Il était si timide que j'ai dû lui proposer de se marier, mais il avait l’ambition de mettre sa mère à l'abri, d’offrir d’abord un toit décent à sa maman'', confie son père, un plombier à la retraite.
A l’image de l’oncle du défunt, il ne peut résister à cette envie de parler, de dérouler des pages de la vie d’un garçon arraché brusquement à leur affection. Les témoignages sur le défunt sont unanimes. C’est tout le quartier qui est attristé par une sentence qui est tombée comme un couperet.
''C’est par le biais de la télévision que j’ai appris qu’un certain Ndiaga Diop a été tué par balles et que des nervis ont été blessés. J’ai été choqué par cette information mais j’étais loin de m’imaginer que c’était notre garçon qui était tué. Il y avait une erreur sur le patronyme. On m’a appelé vers 17 heures pour me dire qu’il a été blessé et qu’il a été admis d’urgence à l’hôpital sans plus de détails. Ce n’est que tard dans la soirée que nous avons pu l’identifier et nous rendre compte de l’évidence ….'' Une phrase inachevée de l’oncle qui traduit toute une sourde douleur.
Matel BOCOUM







