Publié le 4 Aug 2022 - 23:02
RÉSULTATS DES ÉLECTIONS LÉGISLATIVES

Yewwi Askan Wi dénonce des fraudes massives au Fouta

 

La cohabitation à l’Assemblée nationale est menacée. C’est la conviction des leaders de la coalition Yewwi Askan Wi qui accusent le pouvoir en place de bourrages d’urnes afin de remporter la course pour la majorité sur le scrutin proportionnel.

 

‘’Nous lançons l’alerte, dès à présent, pour qu’on ne nous indexe pas comme les fauteurs de troubles. Ceux qui veulent installer une instabilité au Sénégal, c’est ceux qui veulent détourner les résultats des élections législatives du 31 juillet 2022’’. En sage, le président de la Conférence des leaders de la coalition Yewwi Askan Wi  veut être un homme qui prévient, au lieu d’un homme qui savait sans rien dire. Khalifa Sall a donné le ton de la dénonciation des irrégularités observées par le mandataire de la coalition de l’opposition, après son passage à la Commission nationale de recensement des votes.

Devant les journalistes, Déthié Fall, lors d’un point de presse tenu dans la nuit d’hier, accuse la coalition au pouvoir de bourrage d’urnes. Selon lui, les leaders de Benno Bokk Yaakaar, face à l’éventuelle perte de leur majorité à l’Assemblée nationale, veulent se rattraper sur le scrutin proportionnel. ‘’La dernière fois, nous vous avions donné les projections et perspectives de résultats à partir des PV des commissions départementales de recensement des votes. Nous avons montré que l’intercoalition Yewwi Askan Wi-Wallu Sénégal avait obtenu 55 députés contre 57 sur les départements. D’ailleurs, le président de la Commission nationale de recensement des votes a confirmé ces chiffres’’, note le président du PRP, membre de la coalition Yewwi Askan Wi.

Là où le bât blesse, c’est sur le scrutin national. Avec les projections sur un minimum de 28 débutés obtenus par le cumul de ses suffrages de l’intercoalition Yewwi-Wallu, les opposants assurent qu’ils ne peuvent pas sortir de ces élections avec moins de 83 députés. Ce qui pourrait leur être volé, selon Déthié Fall, avec un plan visant le gonflement des scores de la coalition Benno Bokk Yaakaar dans quatre départements que sont Podor, Ranérou, Matam et Kanel.  Dans ces circonscriptions électorales, la coalition Benno Bokk Yaakaar a gagné respectivement avec 91 653 ; 11 417 ; 65 798 et 43 332 voix.

Des fraudes dénoncées à Podor, à Ranérou, à Matam et à Kanel

Dans ces  bastions habituellement fidèles au président de la République, les gros écarts dans l’électorat en faveur du pouvoir semblent normaux. Les leaders politiques de ces circonscriptions se  targuent même de faire du Fouta un ‘’titre foncier’’ pour le président Macky Sall. Aujourd’hui, les localités de la zone devraient encore venir en aide à la coalition au pouvoir, pour sauver la face lors des élections législatives. Du moins pour le mandataire national de la coalition Yewwi Askan Wi.

Dans le détail des PV remontés à la Commission nationale de recensement des votes, Déthié dit avoir remarqué dans le département de Kanel, ‘’commune de Bokiladji, centre de vote Bambagol, bureau de vote n°1, on ne voit sur le PV aucune signature du représentant d’une coalition. Il n’y a que la signature de l’administration.  Plus grave encore : dans certains  bureaux de vote, il n’y a ni la signature du représentant d’une coalition ni celle de l’administration dans les PV. C’est inadmissible. Ces PV peuvent provenir de nulle part, car ne portant aucune signature. Si cela est noté plusieurs fois dans ces  départements et avec des scores impactant considérablement le nombre d’électeurs, c’est la correction dont on parle. Car plus des 90 000 et 65 000 voix créées sur pièce dans un ou deux départements, cela correspond à plus de 120, 150 mille voix qui ajoutent deux députés sur la proportionnelle de Benno et en enlève deux à Yewwi-Wallu’’.

Le mandataire national assure avoir remarqué les mêmes irrégularités dans plusieurs autres bureaux de vote dont : ‘’Podor, commune de Walaldé, au bureau n°6 du lieu de vote du même nom. Commune de Mbolo Bilane, plusieurs bureaux du centre de vote Galoya Peul, etc. il y en a énormément.’’

C’est pourquoi les leaders de la coalition demandent le report de la proclamation des résultats provisoires des élections prévues aujourd’hui par la Commission nationale de recensement des votes. Car, estime Déthié Fall, comme la loi nous y autorise, ‘’nous allons y retourner pour vérifier en profondeur tous les PV de ces quatre départements, après les irrégularités qu’on a constatées sans avoir le temps de tout vérifier. On peut même le faire en public. C’est inadmissible que l’on puisse valider des PV qui ne portent aucune signature officielle’’.

Des PV sans aucune signature officielle

Prenant la parole en dernier ressort, après les dénonciations de fraudes massives de Malick Gakou, Aïda Mbodj, Cheikh Tidiane Youm et Moussa Taye, Ousmane Sonko a rendu hommage à tous les Sénégalais pour les accueils populaires que la coalition Yewwi Askan Wi a reçus un peu partout au Sénégal lors de la campagne électorale. ‘’L’espoir suscité par ce peuple ne sera pas vain’’, assure-t-il.

Le leader du Pastef/Les patriotes s’est prononcé contre toute stigmatisation des populations du Fouta qui, selon lui, ont le droit de voter pour celui qu’elles veulent. Reconnaissant cette zone du Sénégal comme un bastion du président de la République, il assure qu’Il y a tout de même ‘’des bureaux de vote au Fouta où des électeurs ont voté contre Macky Sall. Ce qui se passe est une entreprise de fraude massive que des hommes politiques, avec certainement la complicité d’une certaine administration, ont lancée’’. Et il place le leader de la coalition Benno Bokk Yaakaar en tête, en révélant que ‘’Macky Sall a alloué à Antoine Félix Diome, ministre de l’Intérieur, la mission de tout faire pour lui trouver 82 députés’’.

Pour Ousmane Sonko, les résultats de l’intercoalition Yewwi-Wallu sont le fruit d’une déconstruction des mauvaises pratiques de Benno et de la proposition de Yewwi-Wallu d’une Assemblée nationale exigeante sur l’action du gouvernement. De ce fait, le choix du peuple doit être respecté.

En dernier lieu, il reviendra au Conseil constitutionnel de confirmer les résultats issus des différentes commissions, de supprimer ou de reprendre le scrutin dans certaines circonscriptions où des irrégularités ont été notées.

Toutefois, les magistrats, avec cette responsabilité, seront épiés par le candidat exclu de la course à l’Assemblée nationale : ‘’Que la justice nous respecte. Elle est garante de la stabilité de ce pays. Qu’elle donne les vrais résultats. Il n’y a pas eu d’élections au Fouta, c’est une mascarade.’’

L’appel de Sonko à Macky Sall

Fait rare pour être relevé, le plus grand opposant politique au président de la République a lancé un appel à l’endroit de ce dernier pour ‘’qu’il fasse preuve de dignité et de grandeur’’.

Selon Ousmane Sonko, ‘’un homme d’État doit savoir être grand, être républicain, rester au-dessus de la mêlée. Il n’est jamais trop tard. On sait ce qu’il vit et ce qu’il ressent. S’il perd, il doit le faire dans la dignité. S’il reçoit des coups qu’il avait l’habitude de donner, qu’il encaisse en sachant qu’on ne peut pas toujours gagner dans la vie. S’il ne le fait pas, il nous trouvera sur sa route.’’

Un autre appel a également été lancé à l’égard du peuple et des jeunes par le leader du Pastef. ‘’Protéger votre vote par tous les moyens nécessaires. Nous userons de toutes les voies légales pour défendre les résultats sortis des urnes. On n’acceptera pas qu’on nous vole les élections. Ce n’est pas une affaire de leaders de Yewwi ou de Wallu. C’est le peuple qui a voulu ce changement et qui a voté’’, assure-t-il.

Lamine Diouf

 

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