Publié le 4 Jan 2014 - 21:48
RAPATRIEMENT

310 Sénégalais s'échappent de l'enfer centrafricain

 

Le conflit centrafricain n’a pas fini d’engendrer des dégâts collatéraux. Plus de 500 ressortissants sénégalais, accompagnés de Maliens et Guinéens, ont été obligés d’abandonner leurs biens, pour fuir l’enfer centrafricain. Accueillis par les autorités, ces dernières ont promis de leur porter assistance pour leur réintégration dans la société.

 

12 heures, à l’aérogare Léopold Sedar Senghor, les 358 et derniers rapatriés de Centrafrique, dont 310 Sénégalais, 30 Guinéens, 10 Maliens, 6 Nigériens, attendent de remplir les formalités d’enregistrement à la Police des frontières et de sacrifier au rituel de la vaccination, sous le regard des hommes en bleu. Les visages fermés et anxieux, très marqués par la fatigue, les ‘’rescapés de l’enfer centrafricain’’ s'affalent sur des sièges, en attendant patiemment leur tour.

Contrairement aux premiers rapatriés accueillis par le chef de l'État et des membres du gouvernement, cette fois-ci, c'est le ministre de la Femme, de la Famille et l’Enfance, Anta Sarr, qui est à l'accueil, ainsi que des responsables des ministères de l’Éducation et de l’Intérieur.

‘’Le gouvernement est prêt à vous assister dans toutes vos démarches, pour votre réintégration dans la société sénégalaise ou la scolarisation de vos enfants’’, lance Anta Sarr, comme message de bienvenue. Chaque rapatrié a droit à une somme de 100 000 francs Cfa, pour  faire face aux premières urgences, renseigne Sory Kaba, directeur des Sénégalais de l’extérieur.

Dans le hangar, l’atmosphère est lourde et les regards se perdent dans l’immensité de la salle. Bagages et malles s’entassent pêle-mêle au milieu des rangées de sièges qui accueillent les rapatriés du jour. Les sonorités Sango (langue nationale centrafricaine) et françaises se mélangent dans un joli brouhaha teinté d’un brin de nostalgie. Assise au premier rang, entourée de quelques valises et autres baluchons, Romaine Nguermalet Sow, le regard fuyant, semble complètement perdue.

Elle tente de consoler de temps en temps sa petite fille qui pleure. ‘’Je ne comprends pas bien Wolof ‘', nous répond-elle d’emblée. Normal! Romaine est une centrafricaine de 25 ans. Elle est mariée à un Sénégalais, depuis plus 4 ans.  Elle espère reprendre une vie paisible avec ses deux enfants. ‘’Dès le début de conflit, je suis partie me réfugier chez mon oncle, dans les quartiers chrétiens. C’est seulement hier, vers 17 heures, que j’ai rejoint le consulat sénégalais pour être évacuée, à 6 heures du matin’’, explique-t-elle la voix triste.

‘’Mon magasin a été attaqué ...''

Un peu plus loin, se tient Ibrahima Sy, originaire de Thiaroye. Il a passé une décennie en Centrafrique. Il est visiblement marqué par le climat de guerre civile qui y règne. ‘’Mon magasin a été attaqué par les milices anti-Balakas. J’ai été obligé d’aller me réfugier au consulat du Sénégal et abandonner beaucoup de mes biens à Bangui’’, regrette-t-il, les traits marqués par les nombreuses nuits d’angoisse dans la capitale centrafricaine.

Casquette bien vissée sur la tête, jean et baskets, Malick Cissé, étudiant, a du mal à se tenir dans le rang des vaccinations contre la méningite et la fièvre jaune. ‘’C’est obligatoire pour tous les ressortissants des pays en conflit’’, martèle un homme en blanc qui prépare les vaccins. Il affirme avoir fui l’oppression des anti-Balakas (milices chrétiennes) qui s’attaquent à tout musulman, sans distinction de nationalités.

Un peu à l’écart du groupe principal, Jamal Guindo, étudiant à l’université de Bangui, discute avec sa mère. Originaires du Mali, ils font partie de la trentaine de rapatriés maliens qui se sont réfugiés au consulat du Sénégal, pour fuir les batailles entre les Seleka et les anti-Balakas. ‘’Je compte rejoindre mon frère au Sénégal, parce que l’évacuation des Maliens n’est pas encore effective’’, renseigne sa mère Hassania Semega. Nostalgiques, des rapatriés n’excluent pas un retour, si la paix revient à Bangui.

MAMADOU MAKHFOUSE NGOM

 

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