Publié le 19 Mar 2026 - 16:02
SÉCURITÉ ROUTIÈRE  

Collision entre ministère et syndicalistes 

 

Face à la multiplication des accidents avec leurs coûts humains et économiques inestimables, le Sénégal a pris une série de mesures qui suscitent la colère des syndicalistes.

 

Plus de 15 407 accidents enregistrés en 2025. Au total, ce n’est pas moins de 8 668 décès enregistrés sur l’étendue du territoire national, pour 5 592 blessés légers, plus de 9 500 blessés graves. Si la majorité des accidents se passe au niveau des centres urbains, les plus spectaculaires sont enregistrés hors des centres urbains. “C’est une hausse très importante par rapport à 2024. Un État qui se respecte ne peut pas rester insensible face à une telle situation”, a déclaré le directeur général de l’Agence nationale de sécurité routière (Anaser), lors des concertations entre les syndicats de transport et l’autorité de tutelle, le ministère en charge des Transports. Le début de l’année a été aussi mortelle avec plus de 50 morts enregistrés.

À l’origine de ces rencontres, la colère des acteurs du transport, en représailles à certaines mesures prises par le gouvernement pour lutter contre ce fléau. Malheureusement, les échanges n’auront pas lieu avec tous les acteurs. À peine la session déclarée ouverte par le secrétaire général du ministère, le leader de la fédération des syndicats des transports routiers (FSTR), Alassane Ndoye, prend la parole pour fustiger la démarche. Pour lui, les syndicalistes qui n’ont pas déposé de préavis n’avaient rien à faire dans cette rencontre. “C’est nous qui avons déposé un préavis de grève. Si vous voulez vraiment discuter, vous devriez nous rencontrer. Pas essayer de parler à tous les acteurs. Nous ne pouvons participer à cette réunion, si le format est maintenu”, attaque Monsieur Ndoye d’emblée.

En fait, celui que Alassane ne semble pas digérer dans cette rencontre c’est son éternel “rival” Gora Khouma de l’Union des routiers du Sénégal, qui s’est démarqué de la fédération.

Plus de 50 mors depuis le début de l’année, 8668 en 2025

Malgré les multiples appels au dépassement du secrétaire général, Alassane Ndoye campe sur sa position et boude la rencontre avec son camp. Le SG regrette : “Ce que nous faisons, c’est pour le Sénégal. C’est pourquoi nous avons souhaité discuter avec tout le monde de manière tout à fait transparente et constructive. Certains ont malheureusement préféré quitter la salle, parce qu’ils ont estimé que nous ne devrions discuter qu’avec eux, puisque c’est eux qui ont déposé un préavis de grève. Nous pensons que pour des questions de forme, on ne doit pas reléguer l’intérêt général.”

Le 24 février dernier, à l’Assemblée nationale, le ministre des Transports annonçait la décision consistant à rappeler les minicars dits “cheikhou Chérifou” pour des contrôles approfondis. Pour lui, c’est parce que les accidents les plus mortels les impliquaient. “Ces véhicules sont impliqués dans plus de 60% des accidents enregistrés en 2025. Le constat est que ces véhicules font souvent l’objet de modifications, soit par l’augmentation du nombre de places, soit par l’ajout d’un porte-bagages. Nous avons pris la décision de les appeler à Dakar pour un contrôle technique approfondi”, avait souligné Yankhoba Diémé, précisant qu’à l’origine ces véhicules avaient un nombre de places limitées à 12 avant d’être porté à 19, en plus du porte-bagages.

Dans la foulée, les syndicalistes ont sonné la mobilisation, mis en place une fédération sans l’Union des routiers du Sénégal de Gora Khouma et déposé un préavis de grève. Si leurs revendications ne sont pas prises en charge d’ici le 28 mars, ils comptent paralyser le transport dans tout le pays.

Pour Alassane Ndoye et Cie, il y a une propension abusive des autorités à imposer des mesures et il est temps que la corporation réagisse à ces attaques.

Contrôle des “cheikhou chérifou” : les premiers résultats

À propos des “cheikh chérifou”, il estime qu’il y a une stigmatisation qui ne se justifie pas. “Ce qu’on ne dit pas c’est que ce qu’ils appellent “Cheikh cherifou”, c’est des véhicules de marque Toyota. Il n’y a pas de voitures plus sûres que Toyota. La vérité est qu’ils ont apporté 1 000 véhicules qu’ils ont parqués à Diamniadio et ils veulent écarter du circuit nos voitures”, s’est-il défendu rejetant les accusations de transformation.

En outre, les transporteurs ne sont pas d’accord avec la volonté de demander à tout le monde de venir à Dakar pour le contrôle.

Outre cette question qui a été la goutte d’eau de trop et qui a fait déborder la colère des transporteurs, il y a l’interdiction du transport de nuit qui date de 2023, qui a été prise à la suite du drame de Sikilo qui avait fait une quarantaine de morts. Pour les syndicalistes, c’est une mesure à abroger d’autant plus que les accidents sont encore plus nombreux. Les parties présentes ont convenu de mettre en place un comité en charge d’évaluer la mesure pour voir s’il faut la maintenir ou y mettre un terme.

Concernant les véhicules, le ministre campe sur sa décision de procéder à un contrôle approfondi, mais avec un léger aménagement. “Nous avions choisi Dakar, parce qu’il y a un dispositif adéquat. Mais puisque certains estiment qu’il est difficile pour eux de venir à Dakar, nous allons déployer un dispositif mobile qui va nous permettre de faire toutes les régions dans le délai imparti. Ceux qui peuvent venir à Dakar peuvent venir, les autres peuvent nous attendre, nous allons sillonner les régions à partir du 15 avril”, a expliqué le SG.

Les transporteurs divisés sur la décision d’aller en grève

Les contrôles qui devront se poursuivre jusqu’au 3 mai ont ainsi commencé depuis le 3 mars et se font pour le moment à Dakar et Diamniadio. Les premiers résultats montrent qu’il y a un vrai problème avec ces types de véhicules. “Les premiers résultats sont amers. 48% n’ont pas respecté les points de contrôle, surtout par rapport à l’aménagement des véhicules. Cela justifie amplement que nous avons bien fait de les rappeler”, soutient le secrétaire général du ministère. Sur ces 48%, 20% ont augmenté le nombre de places.

Les transporteurs sont aussi largement revenus sur les tracasseries sur la route, avec des contrôles multiples et en violation des textes. Ils ont été nombreux les participants à vider leurs sacs sur la police, la gendarmerie et la douane. Aujourd’hui, ont-ils souligné, personne ne veut entrer dans le transport à cause de ces tracasseries.

Il faut noter que sur cette question, le Sénégal est souvent épinglé par l’Uemoa en raison des nombreux contrôles sur les corridors. “Lors des évaluations, on nous le reproche très souvent. La gendarmerie évoque souvent la raison sécuritaire pour justifier les contrôles. Mais je pense qu’on doit pouvoir y trouver des solutions”, a-t-il indiqué.  

Pour Gora Khouma, l’État doit tout faire pour trouver des solutions avant que les gens n’aillent en grève, ce qui serait préjudiciable pour l’économie. Pour le moment, lui et ses partisans suspendent leur décision d’aller en grève ou non à l’issue qui sera réservée à leurs revendications.

Outre ces points, les syndicalistes demandent également aux autorités de veiller au respect des droits des travailleurs, l’arrêt du désordre dans le secteur avec les clandos, « war gaindes » et autres VTC….

MOR AMAR

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