Publié le 12 Jun 2024 - 13:16
SAINT-LOUIS: CHANGEMENT CLIMATIQUE

Une étude expose les pertes et dommages dans la zone Nord

 

Saint-Louis est une région très vulnérable aux changements climatiques. Plusieurs secteurs,  dont ceux de la pêche,  de l'agriculture, de l'élevage, de l'habitat  et de la biodiversité sont fortement  impactés.  Ainsi, en partenariat avec l'Institut de l’environnement de Stockholm, Enda Énergie a partagé, hier, dans la capitale du Nord, une étude  portant sur  les mécanismes de financement des pertes et dommages liés au changement climatique à l'échelle de  douze  communes  dont  cinq  se trouvent sur la Grande Côte.

 

Les changements climatiques représentent un défi majeur pour l'économie de la région Nord, mettant en péril les activités traditionnelles des populations et leur bien-être économique. Ce qui a été noté  dans les communes de Léona,  Ndiébébe-Gandiol,   Gandon Saint-Louis et Diama, à la suite d'une étude menée au niveau national  dans des zones touchées.  Pour le chargé de programme à Enda Énergie, Oumar Cissé,  les résultats de l'étude  sont alarmants, voire très alarmants en termes de pertes et de dommages qui ont été relevés.

“Dans ces cinq communes  qui participent grandement à la production horticole nationale, nous avons constaté des phénomènes qui commencent à menacer cette agriculture.  Il s'agit de  la salinisation des terres dans les  localités   de Gandon et de Diama.  Mais nous avons également  noté une salinisation de la nappe phréatique dans les communes de Diama et de Ndiébébe-Gandiol. Dans cette dernière collectivité, nous avons cartographié au moins  une superficie de plus de 753 ha où la nappe d'eau est inutilisable parce que trop salée. Une autre superficie de  69 ha a  été recensée à  Léona où il est devenu impossible de pratiquer l’horticulture.  Tout  ceci constitue alors un véritable handicap pour le développement de l'agriculture dans cette zone très propice pour la production de l'oignon et autres légumes.  Donc,  des réponses doivent être apportées par rapport à cette situation”, a déclaré Oumar Cissé.

Avant d'ajouter que pour les communautés consultées, la seule réponse qui vaille est   la réalisation du canal de Gandiol. Malheureusement, a-t-il signalé, malgré les actions  déjà menées  par certains projets de l'État, le plan   peine à se matérialiser.

Pour le chargé de programme à Enda Énergie, l'étude a aussi montré le problème de l'habitat fortement menacé par l'érosion côtière dans la langue de Barbarie allant  de l'hydrobase à Goxxu Mbacc. “Entre  2017 et 2018,  nous avions recensé 315 ménages  impactés par la furie des vagues de la mer. Ces derniers   sont aujourd'hui casés au site de Djiougob.  Mais au-delà  nous avons également constaté les dégâts intervenus  dans l'hôtellerie.  Les activités de ce secteur sont très menacées, surtout ceux qui sont dans la langue de Barbarie.  D'ailleurs, certaines de ces infrastructures hôtelières sont complètement rayées de la carte et leurs promoteurs sont en train de voir comment s'en sortir. Ce qui constitue de grosses parties économiques et d'investissements non rentabilisés”, a poursuivi M. Cissé. Le changement climatique n'a pas impacté seulement le  secteur  économique, la biodiversité est aussi touchée.

Des communautés  lésées dans l'accompagnement de l'État

À en croire Oumar Cissé,   la langue de Barbarie  abrite un important îlot de transit pour les oiseaux migrateurs et  en même temps un lieu de reproduction des tortues marines.  “Malheureusement, cet  îlot est absorbé par les eaux à plus de 50 %, ce qui fait que les espèces qui s'y trouvaient pour leur confort ont finalement migré vers d'autres sites, notamment au parc de Djoudj et dans le  delta du Saloum.  Ce qui constitue un véritable manque à gagner parce qu'il y avait le tourisme écologique développé dans cette zone avec des recettes assez importantes au niveau des parcs.  Mais aujourd'hui, elles ont connu des baisses considérables liées au rétrécissement de l'îlot  et tout ceci est lié au changement climatique”, a regretté le responsable à Enda Énergie.  

Avant de rappeler la disparition de certains villages, dont  ceux   de Doun Baba Dièye et de Keur  Bernard dans le Gandiol,   avec  l'ouverture de la brèche.

Une série de points noirs à impacts négatifs sur l'économie et l’environnement  dont l'étude a sorti des pistes de solution. Pour l'expert d’Enda Énergie, face aux problèmes recensés,  il doit y  avoir des solutions durables pour pouvoir soulager les secteurs impactés. “Tout ceci mérite une attention particulière  et une réponse urgente.   Certes,  l'État a fait des efforts  à travers différents mécanismes  pour soulager les communautés,   mais nous avons constaté par rapport à l'approche qu’il y a toujours certains qui semblent être lésés  par rapport aux autres”, a signalé M. Cissé.    

Par rapport aux besoins de financement consignés dans l'étude pour faire face aux problèmes,  certains techniciens jugent  déjà les montants sous-estimés. “Dans  la langue de Barbarie, les communautés réclament des brise-lames pour amortir l'érosion côtière.   Mais est-ce que c'est une stratégie adaptée au milieu ? Seules des études sérieuses et pointues de faisabilité pourront nous édifier sur la question.  En tout cas, ce qui a été fait à Saly a un impact très positif.  Les brise-lames installés  dans cette zone peuvent protéger les infrastructures,  les hôtels et les communautés pour 30 ans encore. Il y a également le cimetière de l'île du  village de Bopp Thior, qui est absorbé au tiers par l'avancée du fleuve  et cela nécessite une réponse urgente  par la mise en place d'une digue de protection  à l'image de celle de Thiawlène à Rufisque pour  plus de 200 millions de francs CFA.  L'îlot aux oiseaux nécessite également des investissements  pour le sécuriser et le protéger. Ce qui  demande forcément des investissements de plusieurs dizaines de milliards F CFA”, a indiqué Oumar Cissé.

Pour lui, l'État doit  avoir toujours  des initiatives, sans attendre les partenaires ou des mécanismes  de financement  de lutte contre le changement climatique  où l'accès est extrêmement difficile  en termes de procédure administrative,  mais également en termes d'évidence qu'il faut sur la table par manque de données liées à nos réalités  culturelles.

 

IBRAHIMA BOCAR SENE (SAINT-LOUIS)

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