Publié le 21 Mar 2018 - 01:44
VIOLENCES SEXUELLES DANS LA REGION DE KOLDA

14 % de victimes sur 330 femmes interrogées

 

La région de Kolda est touchée par les violences sexuelles faites aux femmes. Selon les résultats d’une enquête du Réseau africain pour le développement intégré (Radi) présentés hier.

 

Les violences sexuelles faites aux femmes, au Sénégal, font, de plus en plus, l’objet d’une attention particulière. Mais malgré les nombreuses actions de lutte et l’existence d’un arsenal juridico-légal au Sénégal, certains auteurs ne sont presque jamais sanctionnés. Le Réseau africain pour le développement intégré (Radi), avec l’appui du Centre de recherche pour le développement international (Crdi), a mené une recherche, dans la région de Kolda, sur les causes profondes de l’impunité des violences, l’ampleur et les formes de violences sexuelles. Selon les résultats de l’enquête, sur un échantillon de 330 femmes interrogées dans quatre communes des trois départements de la région (Bonkonto, département de Vélingara, Bagadadji et Coumbacara, département de Kolda, et Ndorna, département de Médina Yoro Foula), 46 d’entre elles, soit 14 %, ont été victimes de violences sexuelles. Les registres judiciaires de 2012 à 2016, exploités par les chercheurs, ont révélé l’existence d’autres formes de violences dont la plus récurrente est le viol sur mineures de moins de 13 ans, variant entre 50 et 60 % des cas enregistrés. Viennent ensuite la pédophilie, le harcèlement sexuel et le viol collectif.

L’enquête a également révélé que les victimes de toutes les formes de violences sexuelles confondues sont, pour l’essentiel, des sujets jeunes, avec un âge médian de 21 ans (68 %), peu ou pas instruites (79 %). Le chercheur national, docteur Fatma Lamesse, qui a présenté les résultats, a précisé, du fait de l’importance du mariage précoce, qu’elles sont, dans leur écrasante majorité, des mariées (92 %). ‘’Le taux de consommation du mariage précoce est de 37 %. Pour la consommation au mariage forcé, il est à 26 %. Le viol représente 11 %, l’excision 9 % et le viol conjugal 6 %’’, a-t-elle relevé.

En outre, elle a expliqué que les normes sociales sont une cause de violences. En fait, les recherches ont montré que, dans une large mesure, les violences sexuelles puisent leur source dans les idéologies et les croyances relatives aux droits des hommes. ‘’Les coutumes et traditions représentent 42,5 % des causes de violences sexuelles. Du fait du principe d’infériorité substantielle de la femme fortement ancré dans les représentations sociales dévalorisantes du corps féminin, un prétendant rejeté peut perpétrer un viol afin de se venger et surtout de rétablir son honneur’’, a expliqué le Dr Lamesse.

La dissimulation, première réaction des victimes

Par ailleurs, la recherche a montré qu’en cas de viol, c’est plutôt la victime qui est stigmatisée et non l’auteur. Une stratégie de réparation sociale pour la victime, mais surtout pour sa famille, consiste à sceller parfois le mariage entre la victime et l’agresseur, en particulier quand celui-ci est un proche. Le viol conjugal est aussi favorisé par les normes socioculturelles et religieuses qui voudraient qu’une femme se soumette corps et âme à son époux pour espérer engendrer des enfants bénis. En milieu rural koldois, la dissimulation par les victimes et leurs familles et la non dénonciation auprès des services judiciaires règnent en règle.

Pour la coordinatrice du projet, Dr Oumoul Khaïry Coulibaly Tandian, 59 % des répondants considèrent la dissimulation comme étant la première réaction des victimes et 66,3 % comme l’entrave principale à l’accès à la justice pour les victimes. ‘’Les résultats ont montré que c’est le sentiment de honte, le déni, le risque de stigmatisation, de représailles physiques et mystiques qui contraignent les victimes à se murer dans le silence’’, a-t-elle dit.

Selon toujours l’enquête, les femmes, en particulier les mères, instigatrices de l’omerta, jouent un rôle primordial dans la dissimulation des viols, dans la perpétuation des excisions et du mariage précoce ; ceci au nom de l’honneur familial et de la pureté sexuelle. ‘’54,6 % des mères privilégieraient la dissimilation, en cas de viol. Et s’il est suivi de grossesse, elles sont 61,5 % à affirmer préférer le mariage avec l’agresseur. Cependant, cette attitude des mères n’est pas toujours voulue et constitue généralement une conséquence de leur statut social et des attentes de la société à leur endroit pour inculquer des valeurs à leurs filles’’, a révélé le Dr Coulibaly.

Celle-ci invite le ministère de la Famille à mener des actions conjointes pour renforcer les capacités des femmes et des filles afin qu’elles prennent davantage conscience de l’anormalité des violences subies et de rompre avec la dissimilation et la non dénonciation. Au ministère de l’Education nationale, Mme Coulibaly recommande d’inclure, dans le curricula, une formation des jeunes au respect des droits des femmes et des filles.

‘’Au ministère de la Santé, nous voulons qu’on initie une modification de la loi qui permettrait aux sages-femmes de délivrer le certificat médical et d’œuvrer à une couverture suffisante en personnel qualifié et en structures de santé les zones rurales enclavées, afin de faciliter la prise en charge des victimes et la constatation du viol’’, a recommandé le Dr Oumoul Khaïry Coulibaly Tandian.

VIVIANE DIATTA

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