Publié le 24 Nov 2012 - 10:25
PRÉPARATIFS DE LA TAMXARIT

Les femmes font le procès du poulet local

 

A quelques heures de la Tamxarit (Achoura), les marchés dakarois grouillent de monde en quête de victuailles pour célébrer cet événement. L'occasion pour beaucoup de femmes de faire le procès du poulet local jugé sans saveur et trop cher.

 

Il est 13h 20mn au marché de Grand-Yoff. Les va-et-vient se multiplient. Sur les allées, les vendeurs de poulets se disputent l'espace disponible. Ils veulent tous s'installer sur la voie qui empêche les cars rapides de stationner. Alimata Dia est une femme mariée. Le teint dépigmenté, les joues noircies, cette mère de famille est venue acheter du poulet pour la fête de la Tamxarit. Foulard noué sur la tête, elle est vêtue d'une taille basse de couleur jaune. «Je suis là depuis 11h, et je constate que les prix sont à la hausse», dit cette cinquantenaire venue de Castors. «On me propose les deux poulets à 12 500 francs, alors que ça ne fait même pas deux semaines que j'en ai acheté trois ici même à 8100 francs», s'indigne-t-elle.

 

A côté d'elle, Salif Mané tient ses 4 volailles à la main. Le visage renfrogné, il n'arrête pas d'étaler sa colère. Selon lui, il est inadmissible que dans un pays de droit, on laisse tout le monde faire ce qu'il veut. «A chaque fête son prix. Tout le monde sait que le poulet de chair coûte 2700 francs. Donc, on ne devrait pas accepter cette hausse. Ces gens sont des profiteurs. J'ai acheté les miens à 3600 francs l'unité. C'est horrible», persifle-t-il.

 

Mais pour les vendeurs, cette hausse qui dérange les clients n'existe pas. Assis sur une cave, Amadou Diallo guette l'arrivée des clients. Les pieds poussiéreux, il bat en brèche les propos tenus par les clients. «Tout le monde sait qu'un poulet de chair coûte 3000 francs s'il n'est pas pesé. Maintenant, si on doit le peser, le kilogramme est vendu à 1600 francs», explique-t-il.

 

Puis il met sa tenue de victime : «Au contraire, on perd de l'argent en acceptant de vendre sans peser. Le prix du poulet n'a jamais changé.» Et pour mieux préciser cette ligne de défense, intervient Aliou Sané, un autre vendeur. «Le poulet de chair n'a pas le même prix que le local. Avec 1500 francs, on peut avoir un produit local. Ceux qui disent que nous avons augmenté les prix sont restés une année sans manger du poulet», lâche-t-il comme pour ridiculiser la clientèle. «Sûrement, ils ne mangent du poulet de chair que le jour de la Tamxarit.»

 

Les poulets locaux laissés en rade

 

De l'autre côté de la ville, au marché Tilène, l'ambiance de conflit diffus est identique. Les clients sont également en colère. Comme Diatou Tine. Mais elle, elle a décidé de réduire la quantité achetée. «Chaque année, j’achète 7 poulets parce que je dois offrir une part à ma belle-famille», dit-elle. «Cette fois-ci, je n'en ai pris que 4 à cause de la cherté du poulet de chair. On ne sait vraiment pas dans quel monde on est», souligne-t-elle avec désolation.

 

Malgré cette hausse, les Sénégalais préfèrent encore et toujours le poulet de chair importé au type local, à la viande de mouton ou de bœuf. Seynabou Sy est implacable à ce sujet, le sourire en coin : «Si cela ne dépendait que de moi, personne ne vendrait un poulet local. Il n'a aucune saveur, manque de vitamine, et n'a presque pas de chair !» Elle est aussitôt confirmée par la dame Fatou Bintou Diagne. «Vraiment, je préfère le poisson au poulet local. Quand je vois des gens acheter ce poulet d'ici, ils m'étonnent. Ce ne sont pas des poulets à vendre.»

 

VIVIANE DIATTA

 

 

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