L’Etat veut prendre les devants

Par une circulaire « très urgente » datée du 3 avril 2026, le Premier ministre Ousmane Sonko a instruit dix ministres de déployer, du 11 avril au 30 juin, un ensemble de mesures destinées à garantir un approvisionnement suffisant du marché national en moutons. Allègement des contrôles, exonérations fiscales et sécurisation des circuits d’acheminement traduisent une volonté d’anticipation face à un enjeu économique et social majeur.
À quelques mois de la Tabaski, le gouvernement sénégalais prend les devants. Dans une circulaire datée du 3 avril dernier, le Premier ministre Ousmane Sonko a mobilisé dix ministres autour d’un objectif central : garantir un approvisionnement suffisant du marché en moutons, enjeu à la fois social, économique et politique.
Le document s’inscrit dans le sillage des instructions du président de la République Bassirou Diomaye Faye, qui a fait de la bonne organisation de la Tabaski un impératif national. Chaque année, cette fête religieuse majeure met sous pression les circuits d’approvisionnement, notamment en raison de la forte demande et de la dépendance vis-à-vis des importations sous-régionales.
Au cœur des préoccupations : sécuriser l’acheminement des moutons, depuis les zones d’élevage locales jusqu’aux marchés urbains, en passant par les corridors transfrontaliers en provenance du Mali et de la Mauritanie. Le Premier ministre appelle ainsi à un renforcement du dispositif de sécurité sur toute la chaîne logistique : postes frontaliers, axes routiers, zones de transit et points de vente. L’État entend éviter les couacs observés certaines années, marquées par des retards, des hausses de prix ou des perturbations dans l’approvisionnement.
Pour la période allant du 11 avril au 30 juin 2026, trois mesures phares sont arrêtées que sont l’’assouplissement des contrôles sur les véhicules transportant des moutons ; l’exonération des droits et taxes sur les animaux destinés à la Tabaski et l’autorisation de la présence de trois bergers par camion pour surveiller le bétail. Ces dispositions visent à lever les contraintes administratives et logistiques susceptibles de freiner l’arrivée massive de moutons sur le territoire.
Si l’État facilite les flux, il n’entend pas pour autant relâcher la vigilance sanitaire. La circulaire rappelle expressément l’obligation de se conformer au décret de 2002 sur la police sanitaire des animaux domestiques. Les ministères concernés devront veiller au respect strict des normes d’hygiène afin d’éviter tout risque pour la santé publique et le cheptel. La liste des ministres destinataires illustre l’ampleur de la mobilisation : Justice, Forces armées, Intérieur, Finances, Transports, Élevage, Santé, Commerce… c’est l’ensemble de l’appareil étatique qui est mis à contribution. Une coordination interministérielle qui témoigne du caractère stratégique de la Tabaski, bien au-delà de sa dimension religieuse.
Au Sénégal, l’achat du mouton de Tabaski reste un marqueur social fort. Chaque année, des millions de ménages s’y préparent, souvent au prix d’efforts financiers considérables. Dans ce contexte, toute tension sur les prix ou la disponibilité des animaux peut rapidement se transformer en crispation sociale. En anticipant dès avril, le gouvernement cherche à éviter toute rupture d’approvisionnement et à contenir les spéculations. Reste à savoir si cette mobilisation précoce suffira à stabiliser un marché structurellement dépendant des aléas climatiques, des flux régionaux et des logiques spéculatives.
M. DIOP







