Publié le 29 Jan 2013 - 11:09
NORD DU MALI

Les villages de la frontière mauritanienne toujours en zone grise

 

Les islamistes ont certes été chassés des villages maliens de la frontière mauritanienne par les forces franco-maliennes, mais ces dernières n'ont laissé aucun soldat sur place, fonçant vers Tombouctou. Et "nous avons peur que les islamistes reviennent", confient des habitants.

 

Dans cette zone grise, une mauvaise piste relie la bourgade de Niono (centre, 400 km au nord-est de Bamako) à la cité mythique de Tombouctou (nord, 900 km de la capitale). L'axe n'est pas sécurisé, selon des officiers maliens craignant la présence de jihadistes dispersés, pour qui la Mauritanie, à une cinquantaine de kilomètres, est un refuge.

 

"L'urgence aujourd'hui, c'est remettre les gens au travail, qu'ils recherchent les boeufs perdus dans la brousse, les charrues qui ont été volées, pour faire repartir l'économie (...). Et dans le court terme, il faut de la nourriture" car "la situation humanitaire est catastrophique", explique le préfet de Niono, Seydou Traoré.

 

Sa commune a été occupée par les islamistes de février 2012 au 20 janvier dernier, lorsque les soldats français les en ont chassés. L'armée malienne a pris aujourd'hui la relève et "60% des habitants sont retournés chez eux", selon le préfet.

 

Une équipe de l'AFP a constaté que plusieurs villages de l'axe Niono-Tombouctou étaient intégralement vides. Selon des ONG humanitaires, le conflit a provoqué le déplacement de milliers de personnes supplémentaires, s'ajoutant aux 220.000 déplacés recensés par l'ONU fin décembre.

 

Pas trace de combats ici, simplement une totale absence de trace humaine dans la campagne rendue sinistre par une pluie persistante et un ciel plombé, et le bétail abandonné (vaches, chèvres, ânes, quelques chevaux) errant dans la végétation famélique. Pas le moindre soldat visible sur des centaines de kilomètres.

 

"On est seuls ici"

 

Le village de Léré, à 270 km de Niono, compte encore de rares habitants dans ses pauvres bâtiments de boue séchée. Mais "90% des gens se sont enfuis le 26 janvier 2012, c'était la première attaque de Léré, par le MNLA", le Mouvement national de libération de l'Azawad (les rebelles touareg), se souvient Ousmane Diallo, un mécanicien de 37 ans.

 

Depuis lors, plus d'électricité ni de téléphone. Deux mois plus tard, Léré s'est encore enfoncé plus profondément dans les ténèbres lorsque les islamistes d'Ansar Dine (Défenseurs de l'islam) et Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi) ont chassé les rebelles touareg.

 

Néanmoins, pas d'exécutions sommaires, uniquement la fameuse "chicotte" (fouet). "Les islamistes ont fait toutes les conneries, sauf le vol et le meurtre", rigole Ousmane Diallo.

 

Courbé par les ans, Al Hassan Ag Mowloud a tout perdu "il y a deux semaines", dit-il. Des éclats brûlants, qu'il attribue à une frappe aérienne française sur le camp des jihadistes proche ont atteint sa maison qui s'est enflammée.

 

"Nourriture, argent, tout a brûlé. Je n'ai plus de vêtements. Et j'ai faim", murmure-t-il, abattu.

 

Dans le camp jihadiste, ex-siège local de la garde nationale, les bâtiments sont éventrés, certains réduits à un tas de gravats. Les habitants suspectent que des cadavres pourrissent sous les décombres.

 

"On a peur parce qu'on ne voit pas les militaires", confie Ousmane Diallo, "il ne faut pas que les islamistes reviennent créer des dégâts".

 

Plus loin au nord-est, la petite ville de Niafounké (370 km de Niono), elle aussi partiellement dépeuplée, a subi la loi des jihadistes pendant neuf mois. Et ils ont beau être partis depuis une semaine, "nous avons peur que les islamistes reviennent", explique comme beaucoup d'autres Mohammar Traoré, la cinquantaine.

 

Car "il n'y a personne, pas de maire, pas de militaires. On est seuls ici", constate-t-il sombrement.

 

Les premiers militaires rencontrés depuis Niono par l'AFP sont français, à la sortie de Tonka, une quarantaine de km plus loin. Leur convoi comptait des dizaines de dizaines de véhicules (4x4 et transports de troupe blindés), un bon nombre en panne, d'autres les remorquant. Selon des soldats, l'armée française a subi énormément de casse mécanique durant sa ruée vers Tombouctou, reprise lundi sans combats.

 

 

afp

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