Publié le 16 Jul 2026 - 18:38
AFRIQUE DE L’OUEST ET DU SAHEL

Comment le terrorisme change de visage

 

Le Mali, le Niger, le Burkina Faso, le Nigéria sont sous la pression des djihadistes. Les attaques coordonnées, les populations déplacées et le renforcement des réseaux criminels transnationaux, entre autres, alertent le bureau des Nations Unies pour l'Afrique de l'Ouest et le Sahel.

 

Les groupes djihadistes ne se contentent plus de lancer des attaques en Afrique de l’Ouest et dans le Sahel. Ils administrent des territoires, contrôlent des routes commerciales, exploitent les nouvelles technologies et poussent progressivement leur influence vers les États côtiers du golfe de Guinée. Face à cette mutation, les réponses gouvernementales peinent à suivre, tandis qu'une timide dynamique de dialogue régional tente de reprendre corps.

Devant le Conseil de sécurité, hier, le chef du bureau des Nations Unies pour l'Afrique de l'Ouest et le Sahel (UNOWAS), Leonardo Santos Simão, a dressé le constat d'une menace en constante mutation. « La menace posée par les groupes terroristes et autres groupes armés non étatiques demeure aiguë, en particulier dans le Sahel central et le nord du Nigeria, et cible désormais rapidement les États côtiers du golfe de Guinée », a-t-il averti dans une note rendue publique.

Selon lui, ces organisations adaptent désormais leurs méthodes à grande vitesse. Drones, moyens de communication sophistiqués, cryptomonnaies : leur arsenal ne cesse de se moderniser. Leurs attaques sont coordonnées à travers plusieurs pays, tandis que leurs liens avec les réseaux criminels transnationaux se renforcent. Leur objectif dépasse les seules opérations militaires. « Les terroristes veulent consolider un contrôle territorial et économique tout en sapant la confiance des populations envers les autorités publiques », avertit-il. Cette évolution, poursuit-il, se lit dans les événements des derniers mois.

Le Mali sous pression

Au Mali, une coalition réunissant le Groupe de soutien à l'islam et aux musulmans (GSIM ou JNIM, en arabe), affilié à Al-Qaida, et le Front de libération de l'Azawad (FLA) a lancé, le 25 avril, des attaques simultanées contre Bamako, Kati, Gao, Kidal et Mopti. Selon M. Simão, ces offensives ont fait des victimes civiles et militaires, dont le ministre malien de la Défense. Les combats se poursuivent désormais dans le nord du pays, tandis que le blocus partiel de plusieurs axes routiers perturbe l'approvisionnement de la capitale et que des attaques contre les lignes électriques affectent les distributions d'eau et d'électricité.

Au Niger, les attaques ont notamment visé l'aéroport de Niamey et une base militaire à Tahoua, dans le sud-ouest. Au Burkina Faso, les régions du nord et de l'est continuent de subir des assauts, parfois menés à l'aide de drones. Au Nigeria enfin, le nord du pays et la région centrale dite de la « Middle Belt » restent frappés par des enlèvements, des attaques répétées et un lourd tribut payé par les civils.

Une crise humanitaire qui s'enracine

À mesure que la violence gagne du terrain, les déplacements de population s'accumulent. Fin février, l'Afrique de l'Ouest et le Sahel comptaient près de 6,8 millions de déplacés internes, auxquels s'ajoutaient 1,3 million de réfugiés et de demandeurs d'asile, annonce-t-il.

Pendant ce temps, les États du golfe de Guinée, longtemps relativement épargnés, accueillent désormais environ 220 000 réfugiés. Au Liberia, le nombre de ressortissants burkinabè installés dans le pays aurait plus que triplé depuis 2025, passant de 40 000 à 140 000 personnes et mettant sous tension les terres disponibles, les services publics et les communautés d'accueil.

L'accès humanitaire, lui, continue de se dégrader. Les déficits de financement réduisent les opérations de secours, tandis que les femmes, les enfants et les jeunes concentrent l'essentiel des conséquences de la crise : déplacements, violations des droits fondamentaux, déscolarisation et accès limité aux services essentiels.

CHEIKH THIAM

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