Publié le 16 Oct 2015 - 17:19
REVELATIONS DANS LE PROCES HABRE

L’implacable machine de mort

 

Les témoignages se poursuivent devant les Chambres africaines extraordinaires, plus accablants les uns que les autres. L’infirmier Saria Asnegue Donoh donne un aperçu de l’implacable machine répressive mise en place par le régime Habré. Une machine de mort.

 

Il peut maintenant mourir tranquille, puisque son vœu a été exaucé. Victime d’un accident vasculaire cérébral en 2009, Saria Asnegue Donoh a déclaré hier avoir prié pour être rétabli et pouvoir témoigner au procès de Hissein Habré. ‘’J’ai été recruté à la Bsir, en 1982, en qualité d’infirmier. J’ai travaillé pendant 6 ans et j’étais constamment avec les prisonniers. J’ai vécu avec eux leur souffrance’’, a-t-il déclaré d’emblée, lorsqu’il a été appelé à témoigner.

Comme le témoin qui l’a précédé, il a insisté sur l’insuffisance des médicaments destinés aux détenus qui souffraient de gale, furonculose, malnutrition et diarrhée. Bien bâtis et en pleine forme lorsqu’ils arrivaient en prison, les prisonniers voyaient leur santé rapidement décliner, en quelques jours. Non seulement la nourriture était immonde, mais aussi, ils ne se déplaçaient pas beaucoup. Les prisonniers faisaient leurs besoins dans des fûts coupés en deux, sans couvercle. ‘’On a demandé à Aboubakar Torbo de fermer les fûts, puisqu’ils se trouvaient à l’intérieur des cellules, en vain. Il était comme un dieu sur terre’’, a-t-il soutenu.

‘’Du temps du Président Tombalbaye, les familles apportaient des repas pour les détenus. Mais dans les prisons de Hissein Habré, ce n’était pas possible’’. Selon l’infirmier, les détenus étaient entassés comme des sardines. ‘’Il y a une cellule de 2 mètres sur 2 où l’on pouvait compter jusqu’à 50 détenus’’, a-t-il appris au juge. Impossible de dormir dans ces conditions. Parfois, les demandes de médicaments étaient satisfaites,  mais ils devaient soigner les agents de la Dds en priorité. Les soins se faisaient dans les cellules où leur présence était autorisée. Ainsi, chaque matin, ‘’on ramassait les morts avec un véhicule bâché’’.  

‘’Deux Sénégalais parmi les détenus’’

Les Hadjaraïs, plus touchés par la répression, étaient tellement nombreux que certains mouraient par étouffement, dans ces cellules exigües et surpeuplées. ‘’Je peux estimer entre 20 à 30 morts pour cinq jours dans la semaine’’. ‘’Ils mouraient comme des mouches. Les véhicules venaient ramasser tout le temps les morts. Des fois, on me trouvait dans une cellule en train de soigner des prisonniers. On me demandait de sortir et quelques minutes après, le véhicule les amenait alors qu’ils étaient vivants. On les amenait par groupes et on nous disait : ‘’Ceux-là sont libérés.’’ Toujours, selon le témoin, un des hommes de Habré nommé Abou Moussa passait tous les matins et disait : ‘’kamat’’, qui veut dire : combien de personnes sont mortes ? Quand il n’y en avait pas, il était mécontent. ‘’S’il n’y avait que deux morts, les cadavres étaient laissés sur place, en attendant le lendemain que le chiffre monte.’’

A travers les nombreuses consultations, les infirmiers fraternisaient avec les prisonniers et connaissaient leur identité et les raisons des tortures qu’ils subissaient. Ainsi, Saria Donoh a pu rencontrer deux Sénégalais, Abdourahmane Guèye et Demba Guèye. Si l’un a survécu, l’autre a rendu l’âme en prison. ‘’Ils m’ont dit qu’ils ont été arrêtés à l’aéroport, alors qu’ils faisaient leur commerce et ensuite amenés à la Dds.’’  

‘’Je souhaite que le criminel soit jugé à la hauteur de ses crimes’’

A la suite de l’infirmier, l’enseignant Ababakar Aboum s’est présenté à la barre. Arrêté dans la nuit du 21 avril 1990, il est sorti de prison en décembre de la même année. Aujourd’hui encore, il ignore le motif de son arrestation. Un samedi soir, le sous-préfet à l’époque, le responsable de la DDS et deux agents sont venus l’arrêter devant ses enfants. Il a été conduit à la prison d’Iriba. Aboubakar Torbo, le chef de poste, lui a alors demandé la raison de son arrestation. ‘’Je ne sais pas’’, a-t-il répondu. Une heure plus tard, il l’a de nouveau convoqué pour lui poser la même question.

Il lui a servi la même réponse. ‘’Torbo a alors demandé aux gardes de m’amener à la Piscine où il y avait 8 cellules’’. C’était le début de son calvaire. Là-bas, a-t-il dit, il n’y avait que la faim, la soif et la mort. ‘’Si tu tombais malade, tu mourrais. Il n’y avait ni médicaments, ni soins’’. ‘’J’avais mal. Mes genoux ressemblaient à ceux d’un chameau. J’ai fait sept mois dans la Piscine. Ensuite, on m’a amené à la gendarmerie. On m’a traité comme un animal. Jamais, on ne m’a dit pourquoi j’ai été là-bas, pourquoi, ils m’ont arrêté.’’  

Il a recommencé à marcher normalement trois mois après sa sortie de prison. Son oncle et un de ses frères ont été exécutés. ‘’Je souhaite que le criminel soit jugé à la hauteur de ses crimes’’, a-t-il martelé avec véhémence.

AMINATA FAYE (Stagiaire)

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