Publié le 12 Dec 2018 - 22:21
COMMISSION DE SUPERVISION DES OPERATIONS LIEES AU CONTROLE DES LISTES DE PARRAINAGE

Des profils qui rassurent

 

Sur demande d’une partie de la société civile, le Conseil constitutionnel a accepté et dévoilé, hier, les personnalités neutres qui joueront les rôles de superviseur et de facilitateur dans le déroulement du processus de contrôle des opérations liées au parrainage.

 

Ils ne sont pas à la conquête du pouvoir. Mais, au Sénégal, on ne parle pas d’élections sans penser à eux : Moundiaye Cissé, Mazide Ndiaye, Valdiodio Ndiaye, Pr. Babacar Guèye, Abbé Alphonse Seck, Maïmouna Dieng, Rokhaye Gassama, tous ont été cooptés par le Conseil constitutionnel pour apporter des gages au processus de contrôle des opérations liées au parrainage. Pour la plupart, ils incarnent une société civile debout, qui, depuis les années 2000, associe les combats électoraux à ses combats traditionnels, relatifs aux droits humains et au développement.

Moundiaye Cissé Ong 3D : Le pragmatique

Moundiaye Cissé n’est plus à présenter dans la société civile. Transfuge d’Enda Graf qu’il avait rejoint en 1997, le natif de Rufisque a fondé sa propre organisation, l’Ong 3D (Démocratie, Développement local et Droits humains) depuis 2008. La quarantaine révolue, il a été de tous les combats électoraux entre 2000 et nos jours. Lors de la première alternance, il a participé à la mise en place du Collectif des organisations de la société civile pour les élections. Mission qu’il partageait avec la Rencontre africaine pour la défense des Droits de l’homme (Raddho), le Forum civil et le Réseau Siggil Djiguèn. Très engagé dans le domaine du développement local, le directeur exécutif de l’Ong 3D fait partie de ces leaders qui n’ont jamais flirté avec un parti politique. Ce qui lui vaut un grand respect de la part des acteurs de tous bords. Le Rufisquois, très proche de sa ville natale, a également fait plusieurs pays africains en tant qu’observateur des élections. Il n’a pas attendu d’être coopté par le Conseil constitutionnel pour œuvrer dans le sens d’une élection libre, démocratique et transparente.

Babacar Guèye, Cosc : Le constitutionnaliste chevronné

Le droit électoral, il connait. L’organisation des élections, il ne la quitte plus depuis les années 1990. Lui, l’ancien membre de l’Onel, ancien co-rédacteur de la Constitution de 2001, ancien président de la commission qui a rédigé les textes régissant la Commission électorale nationale autonome. Marié et père de cinq enfants, le professeur enseigne à la faculté de Droit de l’Université Cheikh Anta Diop depuis  1982. Né à Dakar, ayant fait une partie de ses études supérieures à Rennes, en France, l’agrégé en Droit public et Sciences politiques depuis 1991 a vu plusieurs générations d’étudiants éclore sous ses yeux. Malgré le temps qui passe, il est resté fidèle à ses principes d’intellectuel honnête, connu et respecté pour ses prises de positions publiques courageuses. Avec Moundiaye Cissé, il est co-fondateur de l’Ong 3D dont il est le président. Selon des témoignages, il a même été pressenti pour diriger la Cena aux origines. Mais le régime d’alors s’y était opposé. Président du Collectif des organisations de la société civile, le professeur Babacar Guèye est tout simplement dans son domaine.

Mazide Ndiaye, Pacte : L’éternel médiateur

Infatigable, irréprochable, très respectable. Les mots ne manquent pas à nos interlocuteurs pour saluer le dévouement et l’engagement de ce grand Monsieur de la société civile, connu pour son rôle éminemment important dans l’apaisement des relations souvent conflictuelles entre pouvoir et opposition. A bientôt 80 ans, l’homme qui, visiblement, reste en pleine forme, ne se lasse pas d’œuvrer pour la seule cause de la République : la préservation de la paix sociale. Depuis les années 1990, nous informe-t-on, il a été au-devant de tous les combats ‘’civils’’, en tant que ‘’médiateur’’. Un rôle qu’il exerce à merveille de par ses qualités humaines incommensurables, indiquent certains témoins. A titre d’exemple, en 2011, dans le contexte délicat de l’organisation de l’élection présidentielle de 2012, quand tous les acteurs avaient eu du mal à trouver un personnage consensuel pour diriger le Comité de veille et de suivi des élections, tous les esprits s’étaient tournés vers lui. Malgré son âge avancé, il a toujours son bâton de pèlerin pour tenter de réconcilier les différentes parties autour de l’essentiel. Il est aujourd’hui le président de la Plateforme des acteurs de la société civile pour la transparence des élections (Pacte). Sa neutralité et son intégrité ne sont plus à démontrer.

Valdiodio Ndiaye, Sunu élections : L’expert

Lui aussi, il n’est plus à présenter. Expert électoral et membre du Cosc, M. Ndiaye a été très actif dans l’organisation des élections en 2012. A ce titre, il a beaucoup œuvré pour la mise en place d’un système électoral libre, démocratique et transparent. Et personne ne lui connait un passé politique qui pourrait nuire à sa crédibilité. Mieux, le juriste a été dans beaucoup de missions d’observation, au-delà même de nos frontières.

Alphonse Seck : Le religieux au service des élections

Comme Dabakh, l’ancien khalife général des tidianes qui n’hésitait jamais à intervenir dans le champ politique pour aplanir les angles entre l’opposition et le pouvoir, le secrétaire général de Caritas Sénégal, non plus, n’attend pas l’éclatement des conflits pour s’ériger en sapeur-pompier. Face à la situation inédite créée par le parrainage, aux risques de conflits qui pourraient en résulter, l’Abbé Alphonse Seck a décidé d’intégrer la commission restreinte mise en place par le Conseil constitutionnel comme gage de transparence du processus de contrôle des listes de parrainage. Ordonné prêtre en 1983, il a occupé de hautes fonctions dans l'Archidiocèse de Dakar. Ayant pris sa retraite en 2015, il continue toujours de servir au plus haut niveau l’Eglise et la République, en s’impliquant activement dans leur marche quotidienne. Sa sagesse et son sens élevé de l’honneur peuvent être de nature à rassurer tous les protagonistes.

Maïmouna Dieng, Plateforme des acteurs non-étatiques : La grande équation

Très engagée dans les questions de développement et de gouvernance participative, Mme Dieng est beaucoup moins connue dans le domaine des élections que ceux qui ont été jusque-là mentionnés. Certaines confidences craignent également que son appartenance au Conseil économique, social et environnemental et sa supposée ‘’proximité’’ avec la présidente Aminata Tall soient un handicap. D’autres se demandent également si elle connait suffisamment la matière électorale pour en être un superviseur. Il n’empêche, la présidente de la Plateforme des acteurs non-étatiques reste une actrice très respectée qui, de par sa trajectoire, pourrait être utile.

Rokhaya Gassama, Cosef : Un atout non négligeable

Selon des témoignages, même si elle n’est pas un orfèvre dans le domaine de l’organisation des élections, elle n’en est pas moins valable. Etant de tous les combats de la société civile, particulièrement de la cause féminine, Mme Gassama a, selon nos interlocuteurs, un préjugé largement favorable qui lui permet d’apporter sa touche à cette commission. Femme d’expérience, elle peut être d’un atout certain dans le cadre de cette mission.

Par ailleurs, il faut souligner que la commission mise en place sera chargée d’assister à tout le processus de dépôt et de contrôle des listes de parrainage. L’objectif est, au terme du processus, d’attester de la régularité ou non des opérations. Les membres de la commission ont aussi pour mission de faciliter le dialogue entre les différentes parties prenantes.

Le Conseil constitutionnel s’est aussi attaché les services de deux informaticiens dont Youssou Dao.

Mor Amar

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