Publié le 14 Apr 2020 - 22:26
AFRICAINS VICTIMES DE DISCRIMINATION EN CHINE

Aucun Sénégalais signalé pour le moment

 

Sur les réseaux sociaux, de nombreux Africains dénoncent de mauvais traitements ciblant les Noirs, amenant même l’Union africaine à réagir auprès d’autorités chinoises.   

 

Au moment où Wuhan, province chinoise d’où est partie l’épidémie de coronavirus en décembre 2019, compte ses derniers patients contaminés, une autre grande ville de l’empire du milieu commence à développer un foyer de malades de la Covid-19. A Canton, dans l'arrondissement de Yuexiu, où vit une importante communauté africaine, les autorités locales ont découvert au moins 8 personnes contaminées. Et parmi elles, figuraient 5 Nigérians. Mis en quarantaine, ils se sont échappés et se sont rendus dans plusieurs restaurants et autres lieux publics. Ce qui a déclenché un tollé. Selon un médium chinois, les autorités ont dû tester ou placer en quarantaine près de 2 000 personnes avec lesquelles ils avaient été en contact.

La municipalité de Canton abrite quelque 4 000 citoyens africains regroupés dans le quartier Little Africa. Mais depuis l’ébruitement de cette affaire, des Africains qui y vivent se disent victimes de discrimination à travers des expulsions, suspicions, interdictions d'entrée dans les commerces, etc. Dans des propos repris par l’AFP, plusieurs Africains ont témoigné avoir été chassés de leurs logements, puis refusés dans des hôtels. "J'ai dû dormir sous un pont pendant quatre jours, sans rien à manger. Je ne peux même pas acheter de la nourriture, car aucun magasin ou restaurant ne m'accepte", affirme Tony Mathias, un étudiant ougandais. "On est dans la rue comme des mendiants", peste le jeune homme de 24 ans, qui dit avoir été forcé, lundi, de quitter l'appartement où il vivait. Thiam, un étudiant guinéen, affirme à l'AFP avoir été testé négatif. Selon lui, la police a exigé qu'il soit placé en quarantaine, même s'il n'a pas quitté Canton depuis le début de l'épidémie en janvier. "Toutes les personnes que j'ai vu être testées sont des Africains. Les Chinois peuvent se déplacer librement. Mais quand tu es noir, tu ne peux pas sortir", dit-il.

L’appel du président de la Commission de l’Union africaine

Du coté des Sénégalais, il n’y a pas encore de cas annoncé. Nul n’a encore fait état de persécutions. La Direction des Sénégalais de l’extérieur n’a pas répondu à nos appels. Membre de l’Association des parents d’étudiants de Wuhan, El Hadj Malick Coulibaly venait juste de parler à son fils, présentement étudiant à Wuhan, avant notre entretien. Il déclare : ‘’mon fils ne m’a fait part d’aucune discrimination. Lui et ses camarades se déplacent normalement au sein de leur campus où ils logent’’. Une situation qu’ils doivent peut-être au passé récent de leur ville. Ces étudiants ont repris leurs cours depuis le 8 avril, mais avouent ne pas sortir de l’espace universitaire, bien que la vie commence à reprendre son cours normal. Il y a deux semaines, les autorités chinoises ont annoncé le déconfinement progressif de la ville de Wuhan.

Cependant, la situation serait bien différente à Guangzhou où des discriminations ont aussi été signalées. D’ailleurs, durant le weekend, le président de la Commission de l’Union africaine a demandé aux responsables chinois de veiller à ce que les Africains vivant dans cette localité ne soient plus victimes de discrimination et d'abus. Moussa Faki a déclaré que son bureau ‘’a invité l’ambassadeur de Chine auprès de l’UA, M. Liu Yuxi, pour exprimer notre extrême préoccupation face aux allégations de mauvais traitements infligés aux Africains à Guangzhou’’. 

Un porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères, Zhao Lijian, a quand même reconnu des ‘’malentendus’’ dans les mesures de prévention à Canton, avant d’appeler les autorités locales à ‘’améliorer leurs mécanismes et méthodes de travail’’. ‘’Le gouvernement chinois traite tous les étrangers en Chine de la même manière (...) et a une tolérance zéro vis-à-vis des paroles et actes discriminatoires’’, a-t-il assuré. La Chine interdit désormais l'entrée des étrangers sur son territoire. Et la plupart des personnes qui se déplacent dans le pays doivent subir une quarantaine de 14 jours dans leur lieu de destination.

Lamine Diouf

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