INTERPOL alerte sur un crime transnational et évolutif

La fraude financière est aujourd'hui l'un des crimes transnationaux les plus graves et les plus évolutifs au monde, avec des conséquences économiques et humaines considérables. Selon INTERPOL, qui donne cette information, l’évaluation des menaces met en lumière les tactiques hybrides, la croissance mondiale des centres d’escroquerie et la hausse du chantage sexuel.
INTERPOL avertit qu’avec l’intensification de la collaboration criminelle mondiale, la fraude financière n’est plus une menace périphérique, mais qu’elle est au cœur de la polycriminalité, se mêlant au crime organisé, à la traite des êtres humains et à la cybercriminalité. Il révèle les principales conclusions d’une étude qu’il a faite.
L’étude parle de la fraude assistée par l'IA, qui est 4,5 fois plus rentable que les méthodes traditionnelles, avec les systèmes d'« IA agentielle » qui peuvent planifier et exécuter de manière autonome des campagnes de fraude complètes, de la reconnaissance à la demande de rançon.
Il y a aussi l’extorsion sexuelle, qui est désormais systématiquement intégrée aux escroqueries telles que les fraudes sentimentales et les arnaques à l’investissement, souvent à l’aide de scénarios et de contenus générés par l’IA. Sans oublier les réseaux criminels qui collaborent de plus en plus avec des groupes spécialisés dans le blanchiment d'argent et partagent leur expertise et leurs technologies pour étendre leurs opérations à l'échelle mondiale.
Dans certaines régions d'Afrique, souligne INTERPOL, il a été constaté que des groupes terroristes utilisent des stratagèmes frauduleux, notamment des escroqueries basées sur les cryptomonnaies, comme source de financement.
Des centres d'escroquerie ont été identifiés dans le monde entier, impliquant des centaines de milliers de personnes, dont beaucoup sont victimes de trafic et contraintes de commettre des fraudes en ligne.
Néanmoins, le rapport constate que les forces de l'ordre collaborent plus efficacement. En effet, depuis 2024, le nombre de notices et de diffusions d’INTERPOL relatives à la fraude a augmenté de 54 %. Au cours de la même période, INTERPOL dit avoir apporté son soutien aux pays membres dans plus de 1 500 affaires de fraude transnationale portant sur des avoirs perdus d’une valeur de 1,1 milliard de dollars américains.
Le secrétaire général d'INTERPOL, Valdecy Urquiza, souligne que grâce à l’intelligence artificielle, aux outils numériques à bas coût et à la collaboration criminelle mondiale accrue, on assiste à l’industrialisation de la fraude. Dès lors, "il est essentiel, poursuit-il, de se rappeler que le coût de la criminalité financière ne se limite pas à l'argent ; il s'agit aussi des économies de toute une vie, de la dignité des personnes et, dans le pire des cas, de leur vie. Le renforcement de la coopération entre les forces de l’ordre, le secteur privé et la sensibilisation du public est essentiel pour lutter contre cette menace à la sécurité mondiale", confie M. Urquiza.
Démêler les réseaux financiers des centres d'escroquerie
Aujourd’hui, comme le souligne l'évaluation des menaces, les centres d'escroquerie se multiplient et prennent de l'ampleur, ciblant un nombre toujours croissant de victimes. Et bien que des opérations soient régulièrement démantelées, les chefs criminels qui les dirigent restent difficiles à identifier, utilisant des intermédiaires et des sociétés écrans pour dissimuler leurs traces et éviter d'être repérés.
Pour combler cette lacune critique, INTERPOL a lancé l'opération "Shadow Storm", une nouvelle force opérationnelle internationale financée par le ministère de l'Intérieur britannique dans le cadre d'une réponse unifiée et fondée sur les données.
On renseigne qu’en utilisant le réseau d'INTERPOL et des outils tels que I-GRIP, un mécanisme d'opposition au paiement, le groupe de travail ciblera non seulement les fraudes financières générées par les centres d'escroquerie, mais aussi les liens avec la cybercriminalité et la traite des êtres humains à des fins de criminalité forcée.
En parallèle, INTERPOL publie de nouvelles lignes directrices sur la création et le fonctionnement d'un centre national de lutte contre les escroqueries afin d'encourager des modèles efficaces à l'appui des efforts nationaux visant à détecter, perturber et démanteler les réseaux d'escroquerie et leurs activités.
Résumant les approches fructueuses adoptées par les forces de l'ordre du monde entier, ces lignes directrices mettent en lumière les points clés et les meilleures pratiques pour renforcer et mieux coordonner la réponse mondiale.
Lancées le premier jour du Sommet mondial sur la fraude (16 et 17 mars), organisé conjointement par INTERPOL et l’Office des Nations Unies contre la drogue et le crime (ONUDC), ces trois initiatives, dit-on, visent ensemble à soutenir la réponse collective des secteurs public et privé.
Cet événement a rassemblé plus de 1 300 participants, dont des représentants gouvernementaux, des agences d'application de la loi, des dirigeants du secteur privé, des entreprises technologiques et des organisations de la société civile, afin d'explorer les moyens de collaborer et de perturber les systèmes qui permettent à la fraude de prospérer.
CHEIKH THIAM







