Publié le 3 Jun 2014 - 10:16
AFFAIRE YOUSSOUPHA GUEYE

Vive tension hier entre la défense et le parquet général

 

Après avoir créé le malaise au sein de la magistrature, le dossier Youssoupha Guèye a suscité hier une vive tension, entre le substitut général Madiaw Diaw et les avocats de l’homme d’affaires qui croupit en prison pour escroquerie.

 

Le dossier Youssoupha Guèye continue de donner le tournis. La preuve, une vive tension a opposé hier la défense et le parquet général. C’était devant la Cour d’appel de Dakar. Tout est parti de la demande de liberté provisoire introduite par les conseils du patron de la compagnie aéronautique Africa Air Assistance. 

En fait, alors qu’elle devait rendre son verdict, hier, la Cour avait rabattu le délibéré pour faire comparaître le témoin Ameth Fall. Après l’audition de celui-ci, la Cour décide de mettre l’affaire en délibéré pour le 16 juin prochain. Une occasion saisie par la défense pour solliciter une seconde fois la liberté provisoire après le rejet de la première demande introduite le 19 mai dernier à l’issue du procès.

 Pour conforter leur demande, Mes Samba Ametti et Abdourahmane So se sont appuyés sur les garanties de représentation et l’absence de subornation de témoin. ‘’Le 16 juin, c’est juste deux semaines. Je préfère qu’on attende cette date pour qu’une mesure de liberté soit prise’’, a répliqué le substitut général Madiaw Diaw. Seulement, le parquetier ne s’est pas limité à marquer son veto, il a reproché aux avocats de n’avoir pas fait exécuter le mandat d’arrêt dont faisait l’objet leur client.

‘’Où est-ce qu’ils étaient lorsqu’un mandat d’arrêt a été lancé contre leur client ?’’, lance-t-il. De quoi irriter Me Massokhna Kane, qui n’hésite pas à lui rétorquer : ‘’personne ne l’a exfiltré. C’est vous qui n’avez pas exécuté le mandat’’. 

Le ton monte entre les juristes, obligeant le président à les appeler à la sérénité. ‘’Jusque-là j’ai gardé mon sang froid. Trop, c’est trop. ''Interrompre le ministère public, c’est manquer de respect à la Cour’’, tente de se justifier le magistrat Diaw.  Avant de poursuivre à l’endroit de la défense : ‘’l’avocat doit contribuer à l’œuvre de justice’’. 

Mais c’était sans compter avec la détermination de Me Kane qui reproche au parquetier de leur apprendre leur métier. ‘’Je ne vous apprends pas votre métier, mais je vous rappelle vos règles’’, semble rectifier le substitut général avant de camper dans son refus. 

Abondant dans le même sens que leur confrère, Mes Ametti et So ont rétorqué au parquetier qu’il ne leur appartient pas d’exécuter le mandat d’arrêt. ‘’Ce n’est pas à nous de suppléer votre carence en le livrant pieds et mains liés’’, assène Me Ametti. Il a aussi rejeté l’argument du parquet selon lequel la libération de Youssoupha Guèye accentuerait la suspicion dans cette affaire. ‘’La suspicion de l’extérieur, ce n’est pas un argument, car ici, il n’y a que des hommes intègres’’, tonne-t-il.

Comme pour jouer au sage, Me Khalilou Sèye invite le parquetier à retirer certains de ses propos. ‘’Qu’est-ce que j’ai dit qui doit être retiré, sinon que constater un fait (…) ?’’ s’interroge le magistrat Diaw avant de consentir à s’excuser. ‘’J’ai dit que les avocats doivent collaborer à l’œuvre de justice, mais si cela a blessé certains d’entre vous, je m’en excuse’’, dit-il. 

A sa suite, le parquet a maintenu la date du délibéré tout en refusant la liberté provisoire à Youssoupha Guèye.

Les faits

L’homme d’affaires croupit en prison depuis le 19 mai dernier. Ce jour-là, il s’était présenté à la Cour d’appel suite à sa condamnation en première instance à six ans ferme pour escroquerie. La décision étant assortie d’un mandat d’arrêt, le substitut Madiaw Diaw avait estimé devoir l’exécuter avant un nouveau jugement. 

Youssoupha Guèye avait été condamné en octobre 2012 pour escroquerie au préjudice du commerçant tunisien Didri Mohsen. Vendeur de dattes, le commerçant désirait se lancer dans le commerce de l’or et aurait versé la somme de 200 millions de francs Cfa, mais n’a pas jusqu’ici reçu sa marchandise. En première instance et en appel, le prévenu a toujours contesté les faits. Hier, Youssoupha Guèye a été conforté dans ses dénégations par le témoin.

Ameth Fall s’étonne du fait que le plaignant soutienne avoir été grugé. Parce que, argue-t-il dans ses explications, Didri Mohsen n’avait pas de quoi manger lorsqu’ils se sont connus à l’hôtel et qu’il lui avait même prêté la somme de 276 000 francs. 

FATOU SY

 

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