Publié le 23 Sep 2020 - 06:08
BAIE DE HANN

Mbao, entre le marteau de la dépollution de la baie de Hann et l’enclume de la station d’épuration

 

S’étendant sur 13 km à partir du port autonome de Dakar (PAD), la baie de Hann représentait la première baie sableuse du monde. Jadis considérée comme la deuxième baie la plus belle au monde après celle de RIO, la baie de HANN est aujourd’hui devenue le symbole de la pollution en Afrique de l’ouest, perdant ainsi son lustre d’antan.

En effet, cette situation découle du fait qu’elle est située dans la première zone industrielle de l’Afrique de l’ouest, cette dernière représente environ 70 à 80% du tissu industriel du Sénégal. Ainsi, caractérisée par une pollution devenue incontrôlable, la baie de hann très souillée et agressée par les nombreuses unités industrielles, un projet de dépollution a été pensé et mis en œuvre. Malheureusement, ce projet n’est qu’un déplacement du problème de la baie de hann à Mbao sans les mesures d’accompagnement idoines pour éviter tous les problèmes que l’on cherche à résoudre.

Ainsi, ce projet, tant attendu par les dakarois pour qui une bombe écologique a été désamorcée, a connu moult rebondissements mais également des balbutiements très complexes, et ils sont loin de connaître leur épilogue. En effet, financé par l’agence française de Développement, l’union européenne, conformément à un accord de délégation de fond signé en décembre 2019 avec l’AFD et les pays bas via l’Agence néerlandaise pour les entreprises (RVO) á hauteur de 120 000 000 d’euro soit 79 milliards de FCFA, le projet de dépollution de cette baie prévoit d’évacuer les effluents de 9 communes de Dakar vers une localité traditionnelle de pécheur qui existe depuis 1444 á savoir Mbao. Ces 9 communes sont Hann bel air, Dalifort, Thiaroye sur mer, Diamageune Sicap Mbao, commune de Mbao, Yeumbeul Nord, Yeumbeul Sud, Malika et Keur Massar.

Par ailleurs, la quantité d’eau collectée et reversée à Mbao avec une unité de traitement dont les limites ne sont plus à démontrer a suscité l’inquiétude des populations de cette localité, notamment les jeunes qui ont opposés une farouche résistance. Ainsi, pour lever cette contrainte majeure, des négociations ont été menées, cependant les jeunes de Petit Mbao sont restés fermes dans leurs position de refus. Pour tenter de les rassurer des représentants des populations ont été choisis pour effectuer une visite au Maroc en 2014 dans le but de leur prouver, avec l’expérience marocaine, que ce projet ne constitue aucun risque pour la santé des populations.

Dans la même perspective, une audience publique a également été organisée en 2018, malheureusement les deux initiatives n’ont pas produit les résultats escomptés comme peuvent en témoigner les propos du président du collectif pour la défense des intérêts de Petit Mbao, Amary SECK: « Nous ne sommes pas contre le projet de la dépollution de la baie. Par contre, le site de la station qui sera construite à Mbao est proche des habitations. En plus de cela, il y a l’avancée de la mer qui peut impacter sur l’ouvrage » « Aussi le projet peut contribuer à donner un nouvel essor à l’agriculture urbaine par la réutilisation des eaux usées traitées » (source Article Idrissa SANE, envoyé spécial au Maroc du journal le soleil).

De plus, il convient de préciser que la station de Tanger á une capacité de 15000 m3 d’eaux usées par jour et est très éloignée des habitations alors que les prévisions de celle de Mbao sont estimées á 33000 m3 d’eaux usées par jour ce qui confirme l’inquiétude des populations de Mbao qui ont exigé des mesures d’accompagnement.

La consistance du projet

Il est prévu d’installer un collecteur de 13 km allant du port autonome de Dakar á Mbao en passant par la Commune de Yarakh et celle de Thiaroye. Il est également programmé l’établissement de 7 stations de pompage, un raccordement de 45 Km de réseaux secondaires accompagnés de 2000 branchements domestiques. Le projet de dépollution a en sus prévu des branchements des sociétés industrielles pour évacuation de leurs eaux usées. Exigence leur est faite d’installer des stations d’épuration internes pour assurer le prétraitement des eaux usées. Le projet prévoit en outre, une station d’épuration sise á Petit Mbao. Cette station d’épuration assurera le traitement primaire des eaux usées collectées. Cette station sera dotée d’un émissaire vers la mer de 3 km sur le large de Mbao.

Par conséquent, cela aboutit á un déversement de 33000 m3 d’eaux usées par jour en mer avec un prétraitement pour les industrielles et un traitement primaire au niveau de la station d’épuration.

Les intérêts divergents entre les localités

Les localités impliquées dans le projet n’ont pas les mêmes intérêts vis á vis de ce projet.

La commune de Yarakh a longtemps souffert de la pollution, de l’état de ses plages et du décor lamentable et déplorable de leur environnement. Le seul rêve des populations, c’est l’amélioration de leur cadre de vie. Pour eux le projet est venu á son heure. Ce serait un ouf de soulagement dans la mesure où il permet d’améliorer la qualité de leurs eaux et d’assurer de meilleures conditions de vie des populations riveraines et de réduire les maladies hydriques.

Pour nos parents de Thiaroye, le projet n’est que bénéfique á un double niveau dans la mesure où il y’aurait drainage de leurs eaux usées mais aussi restructuration de leur village dans la phase 2.

Pour les habitants de Mbao, c’est le déplacement d’un problème qui a causé beaucoup de dégâts á Yarakh. La baie s’étend sur 13km á partir du Port autonome de Dakar, le collecteur sera de 13km á partir du Port autonome de Dakar, par conséquent, on ne saurait dire que tout est rose dans la baie connaissant les rejets de la mer.

Ainsi, le projet solutionne les maux á Yarakh mais sans traitement tertiaire, accentue les conditions environnementales des populations de Mbao. Ce projet dont les garanties de l’odeur nauséabondes sont inexistantes, vient se greffer á la lancinante question de la pollution atmosphérique chimique des Industries Chimiques du Sénégal, de la Société Africaine de Raffinage avec leur rejet d’hydrocarbures mais aussi de la SENTA. Ainsi, il permet de souiller les eaux de mer et d’accentuer les mauvaises conditions de vie des populations riveraines et d’encourager les maladies hydriques. Et pire, d’interdire la baignade dans cette zone.

L’inopportunité du lieu choisi

Les arguments avancés pour le choix du lieu pour la station d’épuration ne nous convainquent guère. Ils ont soutenu que des études ont montré que Mbao est le site le plus bas. Depuis 2012, nous demandons que ces études soient mises á notre disposition en vain. En réalité, le lieu choisi serait plus stratégique dans la mesure où il permettrait de régler les problèmes des eaux usées de la banlieue dakaroise, au lieu du seul problème des 3 communes de la baie de Hann á savoir Hann bel air, Thiaroye sur mer et Mbao.

Le deuxième argument brandi était la surface qui devait accueillir la station d’épuration devrait avoir une superficie de 11 hectares. A cette époque, 5 hectares seulement étaient disponible á Mbao. Le reste, ils ont pu avoir cela par des expropriations pour cause d’utilité publique. Des personnes ont été dédommagées. Nous exigeons aussi l’audit de ces dédommagements, car il y’a eu beaucoup de nébuleuses.

Toutefois, nous considérons que le choix du lieu était inopportun, dans la mesure où, la station sera mitoyenne avec les habitations et que ce contact direct des populations avec l’ouvrage, les expose á l’odeur mais également aux maladies chroniques. Par ailleurs, il faut inclure au préalable la question de l’avancée de la mer et surtout de l’érosion côtière sur le site. A défaut de cela la station d’épuration finirait dans les eaux dans une dizaine d’années, ce qui serait une catastrophe environnementale pour Mbao et ses environs. La mer avance á pas de géant sur ce site et que la plage qui s’étendait sur une centaine de mètres, dans les années 2000 est aujourd’hui devenue quasi inexistante. Donc installer une station d’épuration sans régler le problème de l’érosion côtière serait un investissement jeté dans l’eau.

Les problèmes déjà apparents

Par ailleurs le pilotage du projet qui doit être géré par l’office National de l’assainissement du Sénégal (ONAS) ne nous rassure point. Cette structure a déjà montré ses limites tant sur le plan national que local, par conséquent, lui confier un projet d’une telle envergure serait dirigé le projet á l’échec. Pour une structure qui ne peut même pas gérer le curage permanent des petits tuyaux d’évacuation dans Mbao, nous dire qu’elle assurera correctement le suivi de ce projet serait des éléphants roses.

S’y ajoute le non-respect des délais d’installation des stations internes de prétraitement par les sociétés industrielles. L’échéance était fixée au 31 décembre 2012, jusqu’á présent, á notre connaissance, il n’y a qu’une seule société sur la centaine á savoir la SENTA (Sénégal Tannerie) qui a installé sa station de prétraitement interne. Pire, c’est cette société qui cause beaucoup plus de pollutions atmosphériques de par l’évacuation insolente et sauvage de ses eaux usées par des canaux á ciel ouvert au grand dam des populations environnantes. Le non-respect des préalables un signe phare des dangers qui guettent Mbao.

Le déversement en mer une atteinte aux principes environnementaux.

Le projet prend en compte seulement l’aspect Pollueur-payeur, ce qui témoigne de l’insouciance de nos autorités des conditions socio-environnementales des populations. Ce principe de pollueur-payeur signifie « ALLEZ POLLUER, VENEZ PAYER ». A travers ce principe c’est un aveu du projet que la pollution sera réelle. Quid des habitants de Mbao ?

Toutefois, les principes environnementaux de prévention et de précaution sont manifestement bafoués. Ce jet en mer occasionnerait la disparition de certaines ressources halieutiques, galvauderait l’état de la côte mbaoise mais également l’apparition de certaines maladies notamment celles cutanées, la diarrhée, la bilharziose d’autant plus que la mer communique avec un marigot.

Les solutions alternatives

L’installation d’une forêt côtière pourrait contribuer á ralentir le niveau de progression de la mer vers la terre. Et permettrait de réguler l’atmosphère tant déséquilibré par les émissions de gaz des sociétés industrielles. Une forêt dans cette superficie de 11 hectares permettrait aux populations de retrouver le souffle raisonnable afin de leur permettre de parer aux maladies pulmonaires chroniques qui font des ravages dans cette zone. Nous interpellons l’organisation Mondiale de la santé sur le quotidien atmosphérique des riverains des industries chimiques du Sénégal. Un test massif sur les maladies pulmonaires chroniques permettrait de déceler la dangerosité de cette zone.

Ceci nous permettrait de dire que la station d’épuration pourrait être établi au port autonome de Dakar dans la mesure où, c’est une zone industrielle avec assez d’espace mais également très loin des habitations. Le point de départ de ce collecteur étant le port pour arriver á Mbao, rien n’empêche un circuit opposé du collecteur. Autrement dit, le collecteur pourrait quitter Mbao pour aller au Port.

Le traitement tertiaire de ces eaux usées s’impose considérant le volume important des eaux drainées. L’odeur nauséabonde, j’en passe. Ainsi son déversement en mer causerait la raréfaction des produits halieutiques dans cette zone de pêche artisanale sur un rayon de 3 km.

Enfin, nous avons pensé que ce serait á la fois un gaspillage et un risque de jeter en mer toutes cette quantité d’eaux. En effet, la mer rejette toute eau ou objet non naturelle. Ce qui promeut l’érosion côtière avec tous ses dégâts collatéraux. En outre ce serait un gaspillage pour un Sénégal qui ne pleut même pas 30 jours sur 360 jours. Le taux de pluviométrie est très faible au Sénégal. Autant organiser le prolongement de ces eaux avec la station vers un site cultivable avec un recyclage pour parer á ce problème de déficit de pluviométrie au Sénégal. L’idée de rivière artificielle a été suscitée pour permettre aux pays de disposer d’eau en permanence. Nous rappelons á l’opinion que l’eau de robinet au Sénégal tire sa source de la région de Louga avec les ouvrages de Keur Momar SARR pour alimenter la région de Dakar.

Par BABACAR GUEYE

Juriste Maritime

Vice Coordonnateur de la Plateforme pour le

Développement Durable de Mbao

 

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