Pastef dans tous ses états

Autrefois porté par un idéal démocratique, le Pastef s’apparente de plus en plus a une organisation où seul prévaut la ligne dictée par le “guide de la révolution”. La trajectoire de Ousseynou Ly, désormais ex porte-parole de la présidence de la République, en est une parfaite illustration.
Depuis hier, il est redevenu fréquentable. Pendant longtemps, il était classé parmi les traitres du régime par de nombreux militants et sympathisants de Pastef. Lui c’est le désormais ex-porte parole de la présidence de la République du Sénégal, Monsieur Ousseynou Ly. Limogé pour beaucoup à cause de son alignement derrière le Premier ministre Ousmane Sonko dans la guerre qui l’oppose à celui dont il était censé porter la parole, c’est-à-dire le président de la République. Le communiqué portant à la connaissance du public son remplacement par un fidèle de Diomaye a très vite fait le tour de la toile. À travers ce texte, la Présidence informe : “Par arrêté du 30 avril 2026, le président de la République a nommé Monsieur Abdoulaye Tine, avocat, ministre conseiller, porte-parole de la Présidence de la République.”
Il n’en fallut pas plus pour réhabiliter aux yeux des militants et sympathisants celui qui était jusque-là infréquentable. Depuis qu’il a osé aller à l’encontre de la ligne tracée par la seule constance au niveau de pastef. Alors que le PM évoquait les dysfonctionnements dans le fonctionnement de la justice en interpellant la responsabilité du président de la République, lui dégageait la part de responsabilité de ce dernier soutenant que la justice suit son cours.
“On ne peut pas accuser le président de la République de vouloir entraver le fonctionnement de la justice au nom de la réconciliation. Ce n’est pas exact, le président ne l’a jamais dit. Quand le président parle de réconciliation et de dialogue, il s’agit juste de se mettre d’accord sur les règles du jeu électoral pour éviter les tensions qu’on a connues dans ce pays. Rien de plus”, expliquait-il avec conviction. Pour lui, ceux qui soutiennent le contraire le font soit par ignorance soit par mauvaise foi.
De traître à victime
Sur les divergences de vision entre le PR et le PM, il avait soutenu que cela rentre dans le cadre normal des choses. Tout en respectant la posture du PM, il avait tenu à décliner sa méthode. “Personnellement, puisque vous m’interpellez, quand j’ai quelque chose à dire et qui concerne le parti, je le fais au niveau des instances ; si j’ai des choses à dire et qui concernent l’Etat il y a aussi des cadres. Si j’ai quelque chose à dire à un collègue ou à un frère je vais lui dire directement, je ne le fais pas sur la place publique…”
Voilà les mots de trop que les militants avaient vigoureusement dénoncé. Depuis, le porte-parole avait perdu sa voix. Il était devenu un porte-parole aphone, introuvable. Avec son limogeage, les langues ont commencé à se délier. Certains soutiennent que c’est parce qu’il avait pris clairement position pour Sonko qu’il était presque mis à l’écart dans les schémas de la Présidence. Il aurait donc été accusé injustement, voué aux gémonies sans fondement.
Ceci met davantage en lumière une réalité devenue évidente au sein de ce parti autrefois connu pour son caractère très structuré, son fonctionnement démocratique. Idrissa Fall Cissé n’a pas manqué de souligner le paradoxe. “Comme disait Abdou Khadre Ndao: Il y a donc les prétendus bons d’un côté et les prétendus mauvais de l’autre. Tout ce que font les uns est bon. Tout ce que font les autres est mauvais. Le bon qui rejoint le camp des mauvais devient mauvais d’office et vice versa….”, analyse Monsieur Cissé.
Capitaine Touré, Aldiouma Sow Ousmane Barro, les nouveaux bannis
À Pastef, selon lui, ce qui importe c’est moins la pertinence ou le contenu de la réflexion, tout dépend du camp auquel tu appartiens. “On qualifie la personne non pas en fonction de ce qu’elle est véritablement, des réflexions qu’elle fait et des actes qu’elle pose, mais en fonction de son positionnement politique, quelles que soient, par ailleurs, les valeurs qu’elle incarne”, regrette l’analyste.
L’autre illustration, au-delà de Ousseynou Ly, c’est le capitaine Seydina Oumar Touré. Autrefois adulé par les militants, il est devenu depuis la sortie de Diomaye une sorte de paria. Son tort : c’est d’avoir salué la posture du président de la République qui consiste à se mettre au dessus de la mêlée. Là encore, il n’en fallut pas plus pour essuyer toutes sortes de critiques et d’insultes, les unes plus violentes que les autres.
Ainsi va désormais Pastef, pour avoir la paix, il faut juste éviter d’aller à l’encontre des orientations de la seule constante Ousmane Sonko. Certains responsables l’ont parfaitement compris. Ils surfent sur les émotions des militants et sympathisants dans l’espoir de maximiser leurs chances en direction des élections législatives.
Les mises en garde de Diomaye sur le messianisme
Outre Capitaine Touré et Ousseynou Ly qui vient de sortir de la liste rouge, il y a aussi des figures comme Ousmane Barro, chef de cabinet du Président, Aldiouma Sow, ministre conseiller du Président, même le président de l’Assemblée nationale est souvent cité parmi les responsables dont il faut se méfier, parce qu’ils joueraient un double jeu. Et le seul critère qui compte aux yeux des militants, c’est l’alignement ou non sur les positions de Sonko.
C’est dans ce sens d’ailleurs que s’inscrivent les mises en garde du chef de l’Etat quant à l’autodestruction du parti. “Pastef, s’il continue sur cette trajectoire, va droit au mur”, peste-t-il non sans rappeler qu’il a toujours été loyal au leader, mais fidèle au projet. Le président a toutefois tenu à dédouaner son PM. “À son corps défendant, il n’a jamais cru au messianisme, jamais à ces histoires de guide, encore moins guide d’une quelconque révolution”.
MOR AMAR






