Publié le 14 Sep 2019 - 00:24
CHERIF SALIF SY (ECONOMISTE)

‘’Le problème ce n’est pas d’utiliser le franc CFA…’’

 

Le problème de développement de l’Afrique, notamment celui des pays utilisant le franc CFA, n’est pas lié à cette monnaie, selon l’économiste Chérif Salif Sy. Hier, lors du panel sur les forces et faiblesses du franc CFA, organisé en marge des assises du Mouvement des entreprises du Sénégal (Mdes), il a disséqué la question.

 

Le franc CFA tant décrié par les ‘’Anti-CFA’’ n’est pour autant pas ‘’nuisible’’ au développement économique du continent, notamment à celui des pays qui l’utilisent, selon l’économiste Chérif Salif Sy. Il a rappelé, hier lors d’un panel sur les forces et faiblesses du franc CFA, organisé à l’occasion des assises du Mouvement des entreprises du Sénégal (Mdes), que l’économiste Samir Amin avait déjà indiqué aux chefs d’Etat africains qui avaient sollicité son expertise sur cette question, en 1966, que ‘’la monnaie n’est qu’un levier parmi tant d’autres pour le développement économique et social d’un pays’’. Donc, selon M. Sy, il faut ‘’savoir raison garder’’ sur cette question. ‘’Le franc CFA, c’est bien notre monnaie.

C’est nous qui avons signé. Il faut l’assumer et avancer. Maintenant, il faut la caractériser, discuter de sa gestion et du reste. Il y a 27 pays au monde qui utilisent une monnaie d’un autre continent. Le problème ce n’est pas d’utiliser le CFA ou la monnaie d’un autre pays, mais, d’avoir son mot à dire dans sa gestion’’, dit-il. Pour l’économiste, le challenge c’est la gouvernance de la monnaie.

Toutefois, il souligne que le franc CFA ‘’n’a pas d’avenir’’. Parce que les chefs d’Etat ont signé un certain nombre d’engagements et ceci notamment avec le Pacte colonial. ‘’Donc, ne faisons pas de propositions en deçà de celles des chefs d’Etat. Ils sont allés très loin, lorsqu’ils ont condamné le franc CFA, en décidant d’aller vers la monnaie de la Cedeao. Il y a beaucoup d’imprudence à éviter’’, ajoute le directeur du Forum du Tiers-monde.

Sur ce, l’économiste souligne que l’autre levier le plus important dans une économie, c’est le système bancaire. ‘’En l’absence de banques, on ne peut pas construire une économie importante ou émergente. Or, notre tissu bancaire est constitué de banques commerciales. Une banque commerciale par définition n’a pas pour vocation à financer pour le long terme, encore moins financer l’entreprise. Par conséquence, c’est pourquoi, ils ne voulaient pas d’industrialisation ici. Ils ont commencé d’abord à fermer la Sodifitex, alors qu’aujourd’hui, il n’existe nulle part dans le monde, un pays qui aspire à un développement qui n’a pas une banque de développement. C’est la banque de développement qui fait le financement à risque’’, renchérit M. Sy.

L’ancien conseiller du chef de l’Etat Macky Sall précise qu’aujourd’hui, au Sénégal, la dernière étude de 2014 montre qu’il y a quelques 2040 entreprises qualifiées d’industrielles. Et 90 de ces entreprises sont des filiales de sociétés mères basées en France, ou ailleurs. ‘’C’est ça notre tissu économique. Avec un tel tissu économique, adossé au franc CFA, on ne peut pas faire des transferts de technologies. Parce qu’en réalité, on nous a dépossédés de notre espace. Les entreprises qui dominent l’économie sont des filiales d’entreprises étrangères. Ce qui se traduit d’abord le fait qu’elles n’intègrent pas le système bancaire. Il y a un contournement du système bancaire’’, fait-il savoir.

Pour lui, les ‘’voyages de créances’’ et ‘’l’autofinancement’’ sont les deux instruments les ‘’plus négatifs’’ pour le développement d’une économie.

MARIAMA DIÉMÉ & WILLE SADIO DIALLO

(STAGIAIRE)

 

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