Une offensive incisive des avocats de la FSF

Vingt-quatre heures après l'accusé de réception par le Tribunal arbitral du sport (TAS) de l'appel de la Fédération sénégalaise de football (FSF) contre la décision du Jury d'appel de la CAF, les avocats ont fait face à la presse, hier. Selon Me Seydou Diagne, le Sénégal peut être tranquille par rapport à son droit acquis du trophée de champion d'Afrique.
L'équipe de choc des avocats du Sénégal dans le cadre du contentieux relatif à la finale de la CAN 2025 devant le Tribunal arbitral du sport (TAS) est sur le pied de guerre. Sous la coordination de Me Seydou Diagne, les avocats ont fait face à la presse, hier à Paris, pour apporter des éclaircissements sur l'appel du Sénégal contre la décision du Jury d'appel de la CAF déclarant les Lions perdants sur tapis vert au profit du Maroc (3-0). Sans hésiter, les robes noires ont soutenu que le Sénégal n'a rien à craindre par rapport à leur titre de champion d'Afrique.
« Le titre du Sénégal n'est pas retiré. C'est clair dans la décision du jury d'appel, il n'y a pas de remise de trophée ou de médailles. C'est le dispositif, notre sélection nationale n'est pas dans une situation où il y a une injonction qui lui est faite de restituer le titre », a affirmé Me Diagne. « Le jury d'appel, a poursuivi l'avocat, dans le dispositif qui nous a été notifié, a clairement indiqué qu'il rejetait toutes les autres demandes de la Fédération royale marocaine. Le tapis vert est constaté 3-0. Le retrait de l'équipe du Sénégal, la violation est constatée. Mais la demande de restitution du titre, du prize-money, la demande de couronnement du Maroc, elle est rejetée », a-t-il rassuré. Il a été suivi dans sa position par Me Serge Vittoz. « L'équipe sénégalaise de football reste championne d'Afrique. Juridiquement, elle l'est toujours. »
« Un attentat au football »
Me Seydou Diagne a tenu à préciser la portée de l'appel du Sénégal devant le TAS. « L'appel que nous avons interjeté, c'est pour annuler le principe même que la décision finale de l'arbitre puisse être modifiée par un jury disciplinaire en violation de tous les textes de la Confédération. » L'avocat spécialisé dans le droit du sport, Juan de Dios Crespo, n'a aucun doute sur le succès de ce recours auprès de l'instance arbitrale de Lausanne. « On a des arguments, on a le droit avec nous, la justice avec nous et je suis certain qu'on a la raison avec nous. On a 100 % le droit de recevoir notre titre. »
Revenant sur la décision du Jury d'appel de la CAF, Me Seydou Diagne n'a pas été tendre dans ses propos. « Je suis venu vous dire que la décision du jury d'appel dont j'entends vous parler ne peut même pas être considérée comme une vraie décision de justice sportive. Tellement elle est grossière, tellement elle est absurde, tellement elle est irrationnelle. C'est une atteinte inadmissible et intolérable aux droits fondamentaux de notre fédération nationale du football. » Il a qualifié de « pièce de théâtre » l'audience du 17 mars présidée par la Nigériane Justice Roli Daibo Harriman. Il a relaté le déroulé des auditions qui, à ses yeux, frise la farce. Pour lui, la décision de la CAF est tout sauf une décision de justice. « Ce n'est pas seulement un attentat contre la fédération et ses droits, c'est un attentat au football, c'est un attentat à la discipline sportive, parce que remettre en cause l'intangibilité de la décision arbitrale, violer de façon aussi effrontée les lois 5 et 6 du jeu, c'est s'attaquer à la discipline. »
Les avocats attendent du TAS qu'il rétablisse le Sénégal dans ses droits et redonne au football sa dignité. « Si le monde du football le laisse faire, si le TAS laisse faire cette situation, le vainqueur de la prochaine coupe du monde de football pourrait se décider également dans les cabinets d'avocats parisiens, américains, africains. Ce n'est plus la peine de faire des académies de football, de former des grands avocats pour avoir des étoiles sur vos maillots », a averti Me Diagne.
« Un braquage administratif »
En plus de Mes Seydou Diagne, Serge Vittoz, et Juan de Dios Crespo, il y avait Mes Moussa Sarr, Aly Fall, Bâtonnier de l'Ordre des Avocats du Sénégal, Pierre-Olivier Sur, ancien Bâtonnier du barreau de Paris. Au nom de la Fédération sénégalaise de football, son président a introduit la rencontre avec les journalistes. Abdoulaye Fall a indiqué que « l'heure est grave ». Le Sénégal ne baissera pas les bras face à ce qu'il juge être un « braquage administratif le plus grossier et le plus inique de l'histoire de nos sports ». « La CAF a décidé de rayer d'un trait de plume la victoire héroïque de nos lions, acquise sur le terrain de Rabat, pour attribuer cette victoire au Maroc », a-t-il dénoncé.
La démarche du Sénégal, a-t-il affirmé, se place « sur le terrain de la stricte vérité juridique devant le tribunal arbitral du sport ». « Notre combat dépasse aujourd'hui le simple rectangle vert et les détails sportifs. Il s'agit de défendre l'honneur de nos joueurs spoliés, de préserver l'intégrité du football africain et surtout de lutter de toutes nos forces pour nos 18 supporters actuellement incarcérés dans les geôles marocaines, otages d'un chantage diplomatique inacceptable. »
Me Vittoz a rappelé que les délais d'une procédure peuvent s'étendre entre 9 et 12 mois. L'avocat a informé du désir du Sénégal de voir les choses aller « vite ». « Si la procédure accélérée est mise en place, on peut imaginer avoir la décision dans les deux mois. » Toutefois, il a précisé que cela dépendra de la position des autres parties impliquées, la CAF et la FRMF. « Le TAS a mentionné dans son communiqué que cela pouvait aller plus vite. L'idée est de demander une procédure accélérée, mais pour cela, il faut que toutes les parties soient d'accord. »
LOUIS GEORGES DIATTA







