Une édition pour renforcer les liens culturels et artistiques entre les pays africains

La ville de Saint-Louis a officiellement lancé, ce mercredi, la 34e édition de son Festival international de jazz. Placée sous le thème de « l’ouverture vers l’Afrique », cette édition met en avant les liens culturels entre les peuples africains, tout en affirmant les ambitions de la cité tricentenaire de devenir un pôle culturel majeur du continent. Entre musique, diplomatie culturelle et développement économique, autorités locales, organisateurs et gouvernement ont affiché une vision commune : faire du festival un levier stratégique de rayonnement pour le Sénégal.
Pendant cinq jours, la place Baya Ndar, ex-place Faidherbe, de Saint-Louis vibrera au rythme du jazz. Dans la vieille cité classée au patrimoine mondial de l’Unesco, la 34e édition du Festival international de jazz s’est ouverte dans une atmosphère festive et solennelle, marquée par des discours forts sur la culture, l’Afrique et l’avenir du festival. Devant un public composé d’artistes, de diplomates, de partenaires culturels et de férus du jazz, le maire de Saint-Louis, Mansour Faye, a rappelé le rôle central que joue le festival dans l’identité de la ville. « Depuis 34 années, ce festival est bien plus qu’un simple rendez-vous artistique. Il est devenu un patrimoine vivant, un symbole fort de l’identité culturelle de Saint-Louis », a-t-il déclaré. Cette année, le festival est placé sous le thème de « l’ouverture vers l’Afrique », une orientation qui traduit, selon les organisateurs, la volonté de renforcer les liens culturels et artistiques entre les pays africains. La Côte d’Ivoire, invitée d’honneur de cette édition, occupe une place particulière dans cette dynamique. « À travers vous, c’est une Afrique créative, ambitieuse et tournée vers l’avenir que nous célébrons ici à Saint-Louis », a lancé Mansour Faye à l’endroit de la délégation ivoirienne.
Au-delà de son caractère artistique, le Festival international de jazz est aujourd’hui considéré comme un véritable moteur économique pour la ville. Hôteliers, restaurateurs, artisans, transporteurs et guides touristiques bénéficient chaque année des retombées générées par l’événement.
Saint-Louis se porte candidate pour le Jazz Day 2027
Ainsi, l’édile de Saint-Louis a annoncé un renforcement significatif du soutien municipal au festival. La commune a décidé d’augmenter sa subvention de plus de 60 % à travers une convention pluriannuelle destinée à améliorer la structuration et la professionnalisation de l’événement. « Notre volonté est claire : faire du Festival de jazz un événement toujours plus fort, mieux organisé et davantage profitable pour les Saint-Louisiens », a affirmé le maire. Cette politique s’inscrit dans une stratégie plus large de valorisation culturelle et touristique de la ville. Mansour Faye a évoqué plusieurs projets structurants, notamment la requalification de la place Baya, des initiatives de réhabilitation du patrimoine ainsi qu’un projet de centre d’exposition et de salle culturelle multifonctionnelle.
Prenant la parole à son tour, le président de l’Association Saint-Louis Jazz, Idriss Bengeloune, a insisté sur la dimension historique et symbolique du festival. « Ce n’est pas seulement un festival qui s’ouvre, c’est une histoire qui continue de s’écrire », a-t-il déclaré, rappelant que le jazz a trouvé à Saint-Louis « une seconde maison ». Dans un discours fortement empreint de références historiques et identitaires, Idriss Bengeloune a souligné les liens profonds entre le jazz et l’Afrique. Selon lui, cette musique porte une mémoire qui « dialogue toujours avec l’âme de l’Afrique ». Le président de l’association a également mis en avant les relations culturelles entre Saint-Louis et La Nouvelle-Orléans, deux villes qu’il considère comme « sœurs » par leur histoire, leur architecture et leur rapport à la musique. « Le jazz est né ailleurs, mais il n’a jamais cessé de circuler, de relier et de revenir chez lui », a-t-il affirmé.
Pour les organisateurs, cette édition dépasse largement le cadre musical. Dans un contexte mondial marqué par les crises et les replis identitaires, Idriss Bengeloune estime que la culture constitue un outil politique et stratégique. « La culture est un levier de souveraineté. L’Afrique n’est pas seulement une origine, mais une puissance de création et d’innovation », a-t-il soutenu.
L’Association Saint-Louis Jazz invitée à transformer le festival
L’un des temps forts de cette cérémonie d’ouverture a été l’annonce officielle de la candidature de Saint-Louis à l’organisation de l’International Jazz Day 2027 de l’Unesco. Portée conjointement par la mairie, l’Association Saint-Louis Jazz et l’État du Sénégal, cette candidature ambitionne de positionner durablement la ville sur la scène internationale. « Pourquoi Saint-Louis ? Parce qu’ici, le jazz n’est pas un invité, il est chez lui », a plaidé Idriss Bengeloune. Le secrétaire d’État chargé de la Culture, Bakary Sarr, représentant le gouvernement sénégalais, a confirmé le soutien de l’État à cette initiative. Selon lui, cette candidature représente « celle d’une histoire, d’un patrimoine et d’une jeunesse créative ».
Dans son intervention, le Secrétaire d’Etat à la Culture, Bakary Sarr a dressé un constat lucide des mutations qui touchent aujourd’hui les industries culturelles à travers le monde. Pour lui, le Festival de jazz de Saint-Louis doit désormais franchir une nouvelle étape. « Les grands festivals internationaux ne sont plus uniquement des événements culturels. Ils sont devenus des plateformes économiques, des espaces d’innovation et des accélérateurs d’emploi », a-t-il expliqué.
M. Sarr a appelé à une transformation structurelle du festival afin de le rendre plus compétitif à l’échelle internationale. Parmi les pistes évoquées figurent le développement du numérique, la création de marchés professionnels, de résidences artistiques, de programmes de formation et de coproductions internationales. Selon lui, l’objectif affiché est de faire de Saint-Louis l’une des capitales culturelles les plus attractives du continent africain.
Le gouvernement promet ainsi d’accompagner la modernisation et la professionnalisation du festival, considéré désormais comme un patrimoine vivant du Sénégal. D’ailleurs, au fil des années, le Festival international de jazz de Saint-Louis s’est imposé comme l’un des rendez-vous culturels majeurs du continent africain. Malgré les difficultés économiques et logistiques, l’événement a su traverser les décennies et conserver son prestige.
Pour les organisateurs comme pour les autorités, cette longévité témoigne de la résilience culturelle sénégalaise et de l’attachement des populations à cet héritage. « Ce festival n’est pas seulement des concerts, c’est un battement de cœur collectif », résume Idriss Bengeloune.
La cérémonie d’ouverture a également été saisie par les organisateurs du festival pour rendre un vibrant hommage au président sortant, Me Mamadou Diop, pour tout le travail abattu afin de maintenir haut le flambeau du festival. D’ailleurs, il a été fait président d’honneur de l’association. Pour les concerts IN à la place Baya, le Baobab Orchestra a cassé la baraque pour marquer l’ouverture de la 34e édition.
IBRAHIMA BOCAR SENE SAINT-LOUIS






