Publié le 24 Aug 2018 - 17:01

Déclaration

 

Samir fut un aimable et brillant collègue. Il avait la particularité d’être un économiste qui se battait pour le Tiers Monde, pour reprendre le mot d’Alfred Sauvy. Nous étions collègues à la Faculté de droit et des Sciences économiques de l’Université de Dakar, les deux seuls enseignants africains noyés dans l’assistance technique. 

Samir écrivait beaucoup et vite. Si on discutait d’un sujet le soir, quelques jours seulement après, il nous présentait le livre traitant la question. Je ne suis pas sûr qu’un seul de ses nombreux disciples ait lu tout ce qu’il a écrit. En bon enseignant, il cultivait les formules frappantes qui se répétaient facilement. A force de travail et d’être sur tous les fronts, au cœur du groupe des économistes du Tiers monde et d’une économie du Tiers Monde, il était devenu célèbre aux quatre coins du monde.

Personnellement je n’ai jamais appartenu à ce groupe dit des économistes ‘’Tiers mondistes’’. Le néoclassique que j’étais usant dans l’analyse de forces mathématiques, trouvait peu rigoureuse une approche qui nous paraissait relever plutôt de l’incantatoire que de la science. Je suis resté ricardien et, par la suite, keynésien. Je suis même le dernier keynésien qui s’attache au maître quand tout le monde déclare l’abandonner. Je dis bien ‘’déclarent’’ car, en fait, ils font tous du keynésianisme comme M. Jourdain faisait de la prose sans le savoir.

Samir est parti après une vie de lutte contre l’exploitation.

Empruntons pour lui ce dicton béninois, ‘’personne n’a les fesses assez larges pour occuper sa place’’. Il reste parmi nous. 

Professeur Abdoulaye Wade

Ancien Doyen de la Faculté de droit et des Sciences économiques

de l’Université de Dakar, Sénégal ;

Ancien Président de la République du Sénégal.

Dubaï 18 août 2018

Section: 
Lettre ouverte à Monsieur Bacary Sarr, Ministre de la Communication et des Relations avec les Institutions, Porte-parole du Gouvernement
CONCERTATIONS NATIONALES : L’économie ne peut plus attendre
AU-DELÀ DES RÉFORMES : Refonder l’éducation sénégalaise pour bâtir le capital humain du XXIe siècle
SÉNÉGAL : Quand gouverner sans la majorité devient le défi démocratique
Petite reflexion sur la figure messianique au Sénégal
Au fond des pensées d’un homme
Abdoulaye Wade, ou la grandeur d’un destin sénégalais
De l’exigence de résultats et les raisons de douter
Observations*
Hommage au Professeur Mouhamadou Moustapha Kassé
Le sort des femmes, une préoccupation saillante dans le bilan du Président Wade
EROSION CÔTIÈRE : Extraction frauduleuse de sable marin, inaction locale de protection des plages et propositions
Le Président Wade à cent ans
DU SALOUM AUX MARCHES INTERNATIONAUX : Et si le prochain champion sénégalais était aujourd’hui un paysan ?
Requiem pour le Sahel ou le dernier voyage de Maurice Freund
BAMAKO AU BORD DE LA PARALYSIE : BLOCUS, PÉNURIES ET GUERRE ÉNERGÉTIQUE. Le sabotage de Manantali : un tournant dangereux dans la crise malienne
LE CHEMIN DE L’ESPOIR : Pour une relation Sénégal-France apaisée, souveraine et équilibrée
TURBO-RÉVOLUTION FINANCIÈRE AU SÉNÉGAL Entre orthodoxie du FMI, défi de la dette et explosion des alternatives endogènes
LE DESTIN DU PRÉSIDENT DIOMAYE : Entre démission et cohabitation forcée
LETTRE OUVERTE : À Son Excellence le Président de la République,