Publié le 26 Feb 2013 - 23:37
DÉMARCHE

Quand l’Etat prête le flanc !

On peut l'accepter ou non, la décision rendue par les juges communautaires sonne comme un camouflet pour l’Etat qui, depuis le début de la traque des biens mal acquis, s’est entêté dans ses certitudes. Même si cette décision ne changera pas leur sort – du moins pour l’instant - les dignitaires de l’ancien régime peuvent tout de même se réjouir d’avoir remporté une certaine bataille, notamment dans l’opinion. Cette situation est en effet le résultat de nombreuses «maladresses» accumulées dès la mise en place de la Cour de répression de l’enrichissement illicite (CREI).

 

La première «bourde» est commise par le procureur spécial près la Cour, Alioune Ndao lui-même. Lors de sa fameuse conférence de presse de rentrée, il cite nommément les noms des principaux responsables de l’ancien régime visés par la traque des biens mal acquis. Une sortie médiatique assimilée alors à une «justice-spectacle» car la démarche «violait» le principe de la présomption d’innocence. Mais le magistrat Ndao, pourtant réputé rigoureux, n’en sera pas à sa dernière «maladresse».

 

Voulant «court-circuiter » les libéraux, il rend visite quelques jours après au Khalife général des mourides à Touba pour lui expliquer «son» travail en tant que procureur spécial. Une occasion saisie par son hôte pour lui dire en wolof : «Na ngeen dawal yërmëndé» (soyez indulgent). Ce qui a été considéré comme une entorse à la séparation des pouvoirs.

 

Autre «péché» du pouvoir, c’est la convocation du député Oumar Sarr par la Section de recherches de la Gendarmerie de Colobane alors que l'Assemblée nationale est en pleine session ordinaire. Pour pousser l’Etat à l’erreur, l’ancien ministre de l’Habitat défère à la convocation, écharpe en bandoulière. Sur place, il oppose aux enquêteurs son immunité pour ne pas répondre à leurs questions. Le coup politique est réussi ! Confondus, les pandores le libèrent au bout de 4 heures. Atteint dans son orgueil, l’Etat, à travers le ministre de la Justice, demande aux députés de la mouvance présidentielle de lever l’immunité parlementaire de... Oumar Sarr, Ousmane Ngom, Abdoulaye Baldé. Et fait d’une pierre…trois coups. C'est la revanche !

 

Loin d’abdiquer, les Libéraux mènent l’Etat dans leur petit jeu calculé. Ce qui donne cette mise en scène à l’aéroport où, en passagers ordinaires vers une autre destination, ils font constater par huissier leur interdiction de sortie du territoire. Ils porteront la bataille juridique au niveau de la Cour de justice de la Cedeao pendant que l’Etat fait dans le mépris. Ainsi, la décision des juges communautaires sonne-t-elle comme une douche froide.

 

Daouda GBAYA

 

 

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