Publié le 21 Feb 2014 - 09:43
DES CITOYENS FACE A L'ACTE 3 DE LA DÉCENTRALISATION

 Pour eux, c’est du  chinois et du grec mixés!

 

Ils sont cireurs, commerçants, mécaniciens, chauffeurs… De simples citoyens sénégalais pour qui l’Acte 3 de la décentralisation reste un concept creux, une boule de cristal inaccessible. 

 

L’Acte 3 de la décentralisation est-il le simple apanage d’une frange de la population dite intellectuelle et politique ? Tout porte à le croire au vu de la cassure notée entre les théoriciens de cette idée liée à la décentralisation et une masse de la population sénégalaise. Un tour dans les artères de la capitale permet de s’en rendre compte.

Il est 9h au point E. Mamadou, la trentaine sonnante, s’active à rendre étincelantes les chaussures de son client. Interrogé sur l’acte 3 de la décentralisation, il scrute d’abord le ciel comme s’il voulait obtenir la réponse de quelqu’un bien perché là-haut puis il dit : ‘’J’entends parler de ça mais franchement je ne sais pas de quoi il s’agit exactement. Je sais juste qu’on doit changer les communautés rurales et les régions et ça, c’est pas bon.’’

Ah oui ? Et pourquoi ? Il reprend en même temps qu’il jette les derniers coups de brosse sur les chaussures du client : ‘’Ce n’est pas bon et ça va nous amener des problèmes surtout au Fouta où les communautés rurales n’ont jamais posé  de problème. C’est sûrement pour des intentions politiques inavouées que les autorités veulent changer et malheureusement, ce sont les populations qui vont en pâtir’’, lance-t-il en colère.

‘’Dans cette affaire… les autorités se contentent juste de parler entre elles et de se défendre contre leurs opposants politiques’’

Si Mamadou semble afficher un brin de compréhension de l’acte 3, tel n’est pas le cas pour Aïcha, ménagère trouvée au quartier Liberté 5. ‘’Je n'en sais rien, moi. Je remarque juste que les médias en parlent et c’est tout.

Dans cette affaire, je pense que les autorités n’informent pas bien les citoyens et qu’elles se contentent juste de parler entre elles et de se défendre contre leurs opposants politiques’’, dit-elle avant d’ajuster la position du bébé qu’elle porte sur le dos.

Dans la même veine, le chauffeur de taxi Ibou Ifra souligne qu’au Sénégal, les gens aiment ‘’changer pour changer’’. Selon lui, chaque président qui arrive cherche à marquer son règne à travers des actes souvent pas nécessaires. Il reste seulement convaincu d’une chose : ‘’Ce changement va amener plus de problèmes qu’il n’en résoudra.’’

Le mécanicien Abdou, lui, n’a cure de l’acte 3 de la décentralisation. ‘’Je ne sais pas de quoi il s’agit, je n'en ai jamais entendu parler. Ce qui m’importe, moi, c’est de faire mon job correctement pour nourrir ma famille car ce ne sont pas ces autorités là qui vont le faire à ma place’’, déclare-t-il, ferme, au milieu de son atelier situé derrière le rond point Liberté 6.

‘’Ce changement va amener plus de problèmes qu’il n’en résoudra’’

Un avis partagé au marché Grand-Yoff où la dame Coura, vendeuse de poisson, regrette que les autorités fassent des réformes pour les citoyens sans même prendre la peine de leur expliquer clairement ces réformes. S’inscrivant dans le même sillage que la France, qui a opéré son entrée dans l’acte 3 de sa décentralisation, le Sénégal entend ainsi changer sa politique de décentralisation par la territorialisation des politiques publiques.

Le président Macky Sall a officiellement lancé les travaux de l’acte 3 de la décentralisation le 19 mars 2013. Cette réforme devra parachever en partie les grandes réformes entreprises au cours de l’acte 1 de la décentralisation, qui a principalement consacré les quatre communes, ainsi que l’acte 2 qui a donné naissance aux communautés rurales.

Avec l’acte 3 de la décentralisation, le chef de l’Etat a décidé de faire émerger de nouvelles régions vues comme de véritables pôles de développement économique et social. A travers cette réforme, Macky Sall entend réaliser la communalisation universelle des autres collectivités locales dont les pouvoirs économiques seront renforcés.

Aussi, améliorer la gouvernance locale, la politique d’aménagement du territoire et de planification locale, doter l’élu local d’un nouveau statut, améliorer les conditions d’existence et de travail des agents des collectivités locales. Renforcer également la déconcentration ou encore définir de nouveaux types de relations entre déconcentration et décentralisation.

Rao, un cas qui attire attention et convoitises

Les habitants de cette localité de la communauté rurale de Gandon considèrent que l’injustice n’a que trop duré. Le village de Rao veut être naturellement érigé en communauté rurale puisse qu’elle est chef-lieu d’arrondissement. 

D’ailleurs, il est curieux de constater que Rao reste l’un des rares sinon le seul chef-lieu d’arrondissement à ne pas être érigé en collectivité locale au Sénégal, après avoir été intégré dans la communauté rurale de Gandon qui, elle-même, est divisée en 3 zones : Ndiawdoune, Gandon et Rao. Curieusement, Rao couvre à elle seule 23 villages et 8 hameaux, tandis que les zones de Gandon et Ndiawdoune réunies ne comptent que 27 villages.

L’arrondissement de Rao reste le poumon économique de la communauté rurale avec des potentialités avérées en agriculture et en élevage. Il fait partie des premiers arrondissements du Sénégal en remplacement du Bas Sénégal situé dans la commune de Saint-Louis. 

Présentement, les populations de Rao accusent des «individus mal intentionnés» de s’activer pour que Rao ne soit pas érigé en collectivité locale. Leader politique dans cette localité aux mains de l’Alliance pour la république (APR), Amadou Tidiane Sognane n’écarte pas un boycott des élections locales si cette requête de l’arrondissement de Rao n’est pas prise en compte. De l’électricité dans l’air que l’acte 3 devra régler contenir.

A. NDIAYE     

 

 

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