Publié le 29 Aug 2023 - 23:55
FONDATEUR DU MOURIDISME

La vie de Serigne Touba chantée par Cheikh Mouhamed Lo Dagana

 

Comme chaque année, à la veille de la célébration du Magal de Touba, ‘’EnQuête’’ vous livre une série de reportages sur Serigne Touba Cheikh Ahmadou Bamba. Dans cette édition, nous allons vous parler de la vie de Serigne Touba, fondateur du mouridisme, de 1852 à 1927. Un vécu retracé par Cheikh Mouhamed Lo Dagana  dans ‘’l'Abreuvement du Commensal  dans la Douce Source d'Amour du Serviteur".

 

Serigne Touba Cheikh Ahmadou Bamba Khadimou Rassoul naquit en 1272 de l'Hégire (1852-1853) à Mbacké-Baol, dans la maison de son père, située près de l'actuelle route de Dakar. 

Ahmadou Bamba passa les premières années de sa vie dans la maison paternelle. Il ne la quitta qu'à l'âge d'aller à l'école coranique.

Des origines de l’homme, on dit que ses ancêtres furent des Toucouleurs qui quittèrent le Fouta pour s'installer au Djolof. On dit communément qu'ils étaient venus de la Mauritanie. Leurs cousins restés dans cette contrée sont appelés Alu-Modi Nalla. L'on dit qu'ils sont des chérifs.

Dans ‘’l'Abreuvement du Commensal dans la Douce Source d'Amour du Serviteur" (irwa- unnadim min' adhbi hurb al-khadime) dont l’auteur est  Cheikh Mouhammadou Lamine Diop Dagana), Marième, la mère d'Ahmadou Bamba, surnommée Diaratoulah, est la fille de Muhammad, fils de Muhammad, fils de Hammad, fils d’Ali Bousso le "charaf" des Bousso, est vérifiée leur généalogie remontant à l'imam Hassan fils d'Alu ibn Alu Talib (que Dieu l'honore).

Le cheikh est donc chérif aussi bien de son ascendance maternelle que paternelle. Selon l’auteur, un de mes cousins, qui connaît bien le Fouta, l'a dit qu'au cours de ses voyages dans cette province, il se rendit à Boggué et à Mbumba et vit les ruines des villages autrefois habités par les Mbacké.

Un natif de cette province appartenant à la famille Ba, lui, affirme que les Mbacké étaient leurs cousins et le nom de Mbacké était une déformation par les Wolofs du nom de Ba. ‘’Cette opinion est, à mon avis, fort invraisemblable. Je crois, en revanche, que le nom Mbacké est aussi vieux que tous les autres noms non arabes. Les Bousso habitaient le village de Golléré au Fouta qui avoisinait les villages des Mbacké. Ce voisinage entre les deux familles corrobore la thèse de leur origine commune.

Ayant atteint l'âge d'aller à l'école dans ce village, Ahmadou Bamba fut confié à Muhammad Bousso, le frère germain de sa pieuse mère, qui l'initia au livre sacré puis l'envoya auprès de son oncle Tafsir Mbacké Ndoumbé. Tafsir et son élève passaient la saison sèche à Mbacké et l'hivernage à Djolof. À la mort de son maître, Ahmadou Bamba avait presque maîtrisé le Coran. Un homme sûr m'a raconté qu'Ahmadou Bamba lui avait dit qu'à la mort de son maître, il avait atteint le 82e verset de la 50e sourate du Coran. Il rejoignit son père et termina le reste du livre grâce à ses propres efforts et au concours de certains maîtres de l'enseignement coranique.

À cette époque, il demeurait la plupart du temps aux côtés de son père qu'il ne quittait que pour rendre visite à Muhammad Diarra, son frère germain qui poursuivait encore son instruction coranique auprès d'un maître. Parfois, il passait un ou deux mois avant de rejoindre son père. Ce fut au temps du conquérant Maba quand les parents d'Ahmadou Bamba, tout comme de nombreux habitants du Baol et du Djolof, émigrèrent au Saloum avec ledit conquérant. À la mort de ce dernier, beaucoup d'émigrés regagnèrent leur pays. Parmi eux, le père d'Ahmadou Bamba qui alla au Cayor en compagnie du Damel Lat-Dior (1886). Tandis qu’Ahmadou Bamba, son oncle Muhammad Bousso et la famille de ce dernier restèrent au Saloum où Ahmadou Bamba poursuivait son instruction auprès de son oncle Samba Toucouleur Kâ qui l'initia aux différentes disciplines de la théologie islamique’’, a confié le cheikh de Bamba dans son œuvre.

Son instruction, d’après lui, fut bien avancée lorsqu'il rejoignit son père installé dans le village de Peter situé près de Keur Amadou Yalla, la capitale du damel Lat Dior. Ce dernier, qui avait une grande affection pour Momar Anta Sali, avait fait de lui son conseiller bien écouté. Dans son for intérieur, Momar ne nourrissait aucun désir à l’égard des richesses et du pouvoir du roi, et son attitude à son égard ne lui était dictée que par le souci de préserver les intérêts de sa famille.  C'est pourquoi, bien qu'étant à sa disposition, Momar n'habitait pas avec le Damel, mais fonda son propre village. Cet isolement était d'autant plus nécessaire que Momar fut un enseignant et que l'enseignement ne pouvait pas être bien assumé dans la cour des rois.

Comme son village se situait tout près de la capitale royale, il pouvait, au besoin, se rendre auprès du damel sans peine, ni retard. Quant à Ahmadou Bamba, il resta avec son père et poursuivit son instruction au point de briller dans toutes les disciplines islamiques. Pendant ce temps, il fréquentait Khali Madiakhaté Kala, le cadi du damel qui fut un érudit réputé notamment pour l'excellente qualité de sa poésie. Ahmadou Bamba le fréquentait pour approfondir sa connaissance de la langue arabe. Parfois, il lui montrait des poèmes qu'il avait composés afin qu'il vérifiât leur conformité aux règles de la grammaire, de la lexicographie et de la métrique. Parfois, il décelait des fautes, parfois non. Leurs relations continuèrent ainsi jusqu'à ce que l'élève surpassa le maître dans l'art de la poésie. De sorte que les efforts du maître portant naguère sur la correction des poèmes de l'élève, visaient désormais à leur apprentissage par cœur. Mais l'instruction d'Ahmadou Bamba auprès de Madiakhaté ne dépassa pas le cadre ainsi décrit. Il n'étudie pas auprès de lui un ouvrage complet.

S'étant aperçu de son excellence dans les disciplines littéraires et religieuses, de son dynamisme et de son honnêteté, Momar Anta Sali confia à son fils les tâches relatives à l'enseignement. Auparavant, par confiance en son intelligence et en la bonne maîtrise de son savoir, il lui donnait des leçons à transmettre aux élèves absents. Ahmadou Bamba s'acquittait convenablement de ses devoirs, et les élèves de son père se contentèrent de lui. De même, celui-ci l'agrée. 

Peu de temps après, le damel quitta Keur Amadou Yalla pour s'installer dans sa résidence de Souguère. Momar Anta Sali à son tour construisit près de là un village baptisé Mbacké-Cayor. Il y resta deux ans avant de mourir au mois de Muharam de l'an 1300 de l'Hégire. J'ai entendu Ahmadou Bamba dire : "J'ai récité le Coran au chevet de mon père qui agonisait au cours de la journée du lundi. Il mourut dans la nuit du mardi et fut inhumé à Dékhelé (un village situé dans la province de Mbakol) où sa tombe fait toujours l'objet de visites." Je l'ai même visitée. Dieu merci. Ahmadou Bamba accompagna le cortège qui transporta la dépouille mortelle de son père à Dékhelé. Au cours du trajet, certains cavaliers lui offraient leurs montures. Mais il leur répondit qu'il préférait marcher. La foule immense réunie pour assister aux funérailles choisit pour diriger le service funèbre Serigne Taïba Muhammad Ndoumbé de Sill. Il présenta ses condoléances à la famille du défunt et s'adressa particulièrement à Ahmadou Bamba en ces termes : ‘’Où est Serigne Bamba ? (C'est ainsi qu'on l'appelait alors).’’

Ahmadou Bamba, qui se trouvait à l'extrémité de la foule, répondit et se leva. ‘’Rapproche-toi !’’  Il se rapprocha de l'orateur de façon à pouvoir le voir, l'entendre et lui répondre sans lever la voix (il s'abstint d'avancer encore afin de ne pas déranger l'assistance). ‘’Rapproche-toi encore ! Je t'entends bien.  Je voudrais que tu nous accompagnes, d'autres dignitaires et moi parmi les collègues de ton père, chez le damel afin que nous lui présentions nos condoléances. Le défunt était son ami intime, son guide et conseiller personnel, et nous te recommandons à lui pour te permettre d'occuper auprès de lui la même place que ton père et de jouir des mêmes honneurs’’. 

‘’Je vous remercie pour vos condoléances et conseils. Pour ce qui concerne le damel, je n'ai pas l'habitude de fréquenter les monarques. Je ne nourris aucune ambition à l'égard de leurs richesses et ne cherche des honneurs qu'auprès du Seigneur suprême’’, a raconté le cheikh de Serigne Touba.

Les activités d'Ahmadou Bamba après la mort de son père

Durant la vie de son père, Ahmadou Bamba ne prenait aucune décision sans le consulter. Bien plus, il lui obéissait inconditionnellement. Après sa mort, il continua l'enseignement un peu plus d'un an. Pendant ce temps, ses disciples ne s'intéressaient qu'à la science comme il ne s'occupait que de leur instruction.

Cependant, il éprouvait un désir profond de pénétrer la mystique, aimait les habitudes des mystiques telles que la solitude et l'errance ; il utilisait leur langage et cherchait à leur manière le sens profond des textes. Cette haute préoccupation ayant dominé en lui toute autre, il en fit part à ses disciples indirectement d'abord, et ensuite, devant la force irrésistible de cette nouvelle tendance, il déclara ses intentions et invita à le suivre. Après avoir réuni ses disciples, il leur tint fermement ce discours : "Ceux parmi vous qui m'ont accompagné dans le but d'acquérir la science doivent désormais aller chercher un maître, et ceux qui veulent ce que je veux, doivent me suivre et observer mes ordres." Puis il se retira.

Ses propos troublèrent fort ses disciples dont une partie décida de s'en aller tandis qu'une autre partie préféra rester. Ahmadou Bamba observa leur réaction avec calme, n'interrogeant personne sur ses intentions. La majorité des disciples quitta ainsi le maître et un petit groupe resta à ses côtés.

Ainsi, Ahmadou Bamba décida-t-il de passer avec les disciples restés avec lui de l'éducation livresque à l'éducation spirituelle.

Ahmadou Bamba écrit également les recommandations suivantes à l'intention de tous ses disciples :  "De ma part à tous les mourides et à toutes les mourides des salutations distinguées préservant tous des damnés et des damnées et assurent à tous salut et quiétude ici-bas et dans l'au-delà, grâce au Messager. J'ai donné à tous ceux qui se sont affiliés à ma voie pour complaire à Dieu, le Généreux, le Très-Haut, l'ordre d'apprendre les dogmes fondamentaux de l'islam : le Tawhîd 15, les préceptes concernant l'ablution rituelle, l'accomplissement de la prière canonique et du jeûne du ramadan et d'autres devoirs cultuels. Je m'engage pour complaire à Dieu, le Généreux, de composer pour vous des livres comprenant tout cela. Salut, miséricorde et bénédictions divines soient répandues sur vous."

Ahmadou Bamba ayant reçu l'ordre de promouvoir l'éducation spirituelle et obtenu l'approbation de ses disciples, leur faisait subir des exercices de mortification, la faim, les travaux fréquents, le dhikr fréquent.

Tels furent les rapports entre le cheikh et ses disciples depuis le début de l'année 1301-1884 jusqu'à son départ de Mbacké-Cayor et son installation à Mbacké-Baol au cours de la même année (...).

CHEIKH THIAM

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