Publié le 7 Feb 2025 - 14:32
La sortie des pays de l’AES de la CEDEAO

Chronique d’une rupture annoncée !

 

Au mois de mai 2025, la CEDEAO fêtera son 50e anniversaire amputée de trois de ses membres, le Burkina Faso, le Mali et le Niger qui ont officialisé leur départ de l’organisation le 29 janvier 2025.
 

Comment en est-on arrivé là ?
Tout a commencé le 9 janvier 2022 quand, pour la première fois et en violation flagrante de ses propres textes, la CEDEAO décida d’asphyxier un pays membre en réaction à un coup d’état. En effet, le syndicat des « chefs » d’Etat de la CEDEAO avait pris la décision illégale, honteuse et inhumaine contre le peuple malien en lutte contre le terrorisme, en imposant un embargo total, avec la fermeture des frontières terrestres et aériennes, le rappel des ambassadeurs accrédités à Bamako et le gel des avoirs du Mali à la BCEAO. Mais le peuple malien répondit à ce coup de poignard dans le dos par une mobilisation historique le 14 janvier, impliquant des millions de personnes à travers tout le pays et dans la Diaspora. Cette réponse populaire puissante et déterminée était un message adressé à la fois aux dirigeants de la CEDEAO et aux puissances étrangères qui avaient influencé leurs décisions.

Car, pour le peuple malien, il n’y avait pas de doute que celles-ci avaient été dictées notamment par la France, qui s’était sentie humiliée par la demande de retrait de ses troupes du sol malien. Mais la fermeté des dirigeants maliens et la résistance de leur peuple finirent par faire échec à l’embargo et aux autres mesures de la CEDEAO. On pensait que la leçon avait été bien retenue par les dirigeants de celle-ci. Malheureusement, leur aveuglement et les influences étrangères les pousseront à franchir un nouveau cap dans le cas du Niger. 

L’exemple du Niger
En effet, après le coup d’Etat survenu au Niger le 26 juillet 2023, le syndicat de « chefs » d’Etat s’était illustré de la manière la plus inhumaine qui soit par des décisions illégales et d’une ampleur sans précédent, prises à la hâte contre le peuple nigérien. Le Sommet extraordinaire de la CEDEAO tenu le 30 juillet 2023 à Abuja (Nigeria), avait pris des mesures draconiennes contre le Niger, pour soi-disant « restaurer la démocratie » dans ce pays, y compris par la force. Et cela, contre la volonté du peuple nigérien dont le soutien au Conseil national pour la sauvegarde de la patrie (CNSP) s’était exprimé de façon massive lors de grands rassemblements organisés à Niamey et dans de nombreuses autres villes du pays.

Comme cela avait été fait contre le Mali, la CEDEAO avait décidé, une fois de plus, de violer ses propres textes en instaurant un embargo total contre le Niger, avec la fermeture des liaisons terrestres et aériennes et le gel des avoirs du pays au sein de la BCEAO. Pour asphyxier davantage le pays, le Nigeria voisin ordonna la coupure brutale de l’approvisionnement en électricité, en violation flagrante des clauses contractuelles entre les deux pays. Cette coupure avait provoqué de nombreux décès dans les hôpitaux, y compris des bébés dans des couveuses, selon les autorités nigériennes.

En plus de ces mesures, la CEDEAO avait donné un ultimatum d’une semaine au CNSP pour « restaurer l’ordre constitutionnel » ou risquer une intervention militaire. Mais le CNSP resta ferme et répondit par le mépris à la menace d’intervention militaire de la CEDEAO, tout en se préparant à face à toute agression extérieure. Le 31 juillet, le Burkina Faso et le Mali publièrent un communiqué commun dans lequel ils disaient considérer toute attaque contre le Niger comme une « déclaration de guerre » contre leurs pays. Ils mettaient en garde contre une telle attaque qui entrainerait leur sortie de la CEDEAO. Un avertissement clair, net et solennel adressé à un syndicat discrédité et devenu un instrument au service de puissances étrangères contre les peuples de la région. Face à la fermeté du CNSP, à la solidarité du Burkina Faso et du Mali et surtout à la formidable mobilisation du peuple nigérien, la CEDEAO finira par capituler, malgré les velléités guerrières de la France relayées par ses laquais ivoirien et sénégalais.

Mais pour le Burkina Faso, le Mali et le Niger, la coupe était pleine. La CEDEAO était devenue un danger pour leurs pays et leurs peuples. Car, ils ne peuvent pas accepter que celle-ci ait pu tenter d’asphyxier des pays membres en guerre contre le terrorisme, par des décisions illégales et inhumaines prises sous l’instigation de forces extérieures. Dès lors, le compte à rebours vers la rupture avec la CEDEAO avait commencé. 

Un fossé infranchissable
Au mois de septembre 2023, les trois pays avaient décidé de former l’Alliance des Etats du Sahel (AES), prenant ainsi un virage radical guidé par le patriotisme, l’indépendance et la souveraineté. C’est au nom de ces principes que les trois pays ont pris la résolution de ne plus se laisser dicter ce qu’ils doivent faire ou dire, par quelque pays que ce soit. C’est en vertu de ces principes qu’ils ont décidé de rejeter les diktats de la CEDEAO et de ne plus prendre en considération ses communiqués et menaces.

A leurs yeux, ce sont ces principes que la CEDEAO a perdus en devenant un instrument entre les mains de certaines puissances étrangères, comme la France. Cette constatation rendait difficile, voire impossible, toute réconciliation avec celle-ci. C’est ainsi qu’en janvier 2024, les trois pays prirent la décision de quitter l’organisation et de prendre leur destin en main. C’est dans cet esprit, qu’ils jetèrent les bases d’une Confédération, qui fut entérinée le 6 juillet 2024 lors du Sommet des chefs d’Etat tenu à Niamey. Trois domaines furent retenus pour la feuille de route de la Confédération : la Défense, la Diplomatie et le Développement.

Comme on le voit, les développements notés dans les pays de l’AES rendaient de plus en plus improbable toute possibilité de réconciliation avec la CEDEAO. Cela explique l’échec de toutes les tentatives menées dans ce sens par le Sénégal et d’autres pays et même par l’Union africaine.

La responsabilité des « alliés » de la France
Dans l’éclatement de la CEDEAO, la Côte d’Ivoire et le Sénégal sous Macky Sall ont eu une très grande part de responsabilité. Alassane Ouattara et Macky Sall étaient parmi les plus farouches partisans des décisions illégales et inhumaines prises contre le Mali et le Niger. Ils jouaient les va-t’en guerre contre ces deux pays pour venir au secours de la France. Quand la CEDEAO avait menacé le Niger d’intervention militaire pour remettre au pouvoir Mohamed Bazoum, une marionnette de Macron, la Côte d’Ivoire et le Sénégal étaient en première ligne.

Les dirigeants de ces deux pays s’étaient distingués par leur discours guerrier contre les militaires nigériens et leurs décisions de mobiliser des contingents militaires prêts à être envoyés au Niger. Au Sénégal, Macky Sall avait ordonné le regroupement à Thiès des soldats qui devaient aller se battre dans les rues de Niamey ! Lui et Alassane Ouattara acceptèrent tout du président français Emmanuel Macron dans sa croisade haineuse contre les militaires maliens et nigériens, au point de soutenir des mesures visant à asphyxier des peuples africains en guerre contre le terrorisme ! 

Conclusion
La gestion catastrophique des crises au Mali et au Niger par les dirigeants de la CEDEAO a semé les germes qui ont abouti à son éclatement. Cette situation est le résultat d’une profonde crise de leadership. Sous la conduite de dirigeants faibles et sous influence, la CEDEAO s’est éloignée des préoccupations des peuples pour devenir un syndicat voué à la défense des seuls intérêts de ses membres et un jouet entre les mains de puissances étrangères. Il faut espérer voir l’arrivée au pouvoir de nouveaux leaders capables de la réconcilier avec ses idéaux originels.

Demba Moussa Dembélé

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