Publié le 24 Mar 2023 - 19:47

Les silences qui tuent l’Etat de droit

 

Les Sénégalais n’en croient pas leurs yeux. Au vu et su de tout le monde devant les caméras, le chef de l’opposition qui a fait près de 16 % de la présidentielle 2019, ex-député et Maire de Ziguinchor a été pour la seconde fois violenté, gazé et ramené manu militari au Tribunal auquel il se rendait tranquillement par la BIP/GIGN et cela sans mandat d’amener délivré par la justice.

Résultat, il est hospitalisé, son avocat évacué à l’extérieur et le député Guy Marius Sagna ayant subi gazé aussi est examiné. Le domicile de O. Sonko est aussi à nouveau barricadé par la BIP/GIGN lui interdisant ainsi qu’à ses enfants, sa famille d’aller et venir à la Mosquée, à l’école, au marché, au travail et tout ceci sans décision d’aucune autorité judiciaire.

Les meetings et manifestations sont interdits, plusieurs centaines de citoyens sont emprisonnés, des tentatives d’assassinats sont signalées, des nervis accompagnés de la police agissent impunément et la jeunesse compte les premiers morts surtout en Casamance où les forces de répression ont la gâchette facile. Tout cet acharnement répressif liberticide n’a d’autre objectif que d’éliminer la candidature de O. Sonko à la présidentielle du 25 février 2024.

Le Sénégal est entré dans l’ère de la dictature de l’apprenti autocrate Macky Sall qui cherche à imposer sa troisième candidature anticonstitutionnelle que l’odeur du pétrole, du gaz, du zircon, du fer rend obsessionnelle.

Depuis la conquête par les peuples du peuple dirigé par la gauche historique, notamment communiste, aucun des régimes précédents n’est allé si loin dans le dévoiement illégal du présidentialisme néocolonial pour se pérenniser son pouvoir.

LE POUVOIR EST DEVENU HORS LA LOI AU SÉNÉGAL. En effet, ils ont tous réprimé l’opposition, triché les élections, se sont enrichis, mais jamais ils n’ont cherché à empêcher des candidatures. Seul Macky Sall a franchi le Rubicon là en rendant inéligible Karim Wade puis Khalifa Sall et maintenant cherche à l’imposer à O. Sonko.

Sur ce point précis, Macky Sall rompt le contrat national éthique et moral implicite qui conférait au Sénégal les labels de « démocratie » néocoloniale et de « vitrine démocratique » du pré-carré françafricain. Macky Sall est le seul président sénégalais à accueillir la représentante du fascisme français dont l’unique programme est la criminalisation de l’immigration, y compris la diaspora sénégalaise de France pour laquelle, bien entendu, elle ne prévoit pas de « servir des desserts ».

Même Senghor, qui pourtant avait fait un coup d'État et mis en prison Mamadou Dia, n’avait jamais emprisonné Cheikh Anta Diop alors que ce dernier mobilisait les masses pour obtenir la légalisation de son parti, le RND. A. Diouf a volé des élections et a embastillé A. Wade, mais jamais ne lui a interdit de candidater. A. Wade a tenté son projet de succession monarchiste qui a causé plus de 10 morts, mais n’a pas envisagé d’interdire les candidatures, y compris celle de Macky Sall.

Seul Macky Sall s’entête, et de la pire des manières, à vouloir décider arbitrairement et illégalement QUI peut et doit candidater. L’ayant déjà fait sans résistance pour Karim Wade et Khalifa Sall, l’apprenti autocrate s’exerce depuis 2021 à régler le cas Sonko. Plus Macky l'attaque, plus la popularité sans cesse grandissante de Sonko lui fait manifestement peur au point qu’il transforme le pouvoir présidentiel de la République en instrument d’une dictature hors la loi qui ne respecte ni la constitution mère des lois, ni les institutions judiciaire, législative, ni la liberté de la presse, ni la légalité du fonctionnement de l’administration, des forces de défense et de sécurité (police, gendarmerie, armée), ni les libertés et droits collectifs et individuels des citoyens. 

Et le voilà, après la condamnation publique avant le procès de Sonko par son garde des sceaux, manifestement ministre de l’injustice, assénant sa sentence autocratique caligulaienne : « Si le Sénégal n’était pas une authentique démocratie (sic!), croyez moi, son sort aurait été réglé depuis longtemps. (…) Mais une chose est sûre : ceux qui s’imaginent pouvoir intimider le pouvoir et bloquer la justice se bercent d’illusions. Chacun devra assumer ses responsabilités » (cité par l’Obs N°5844 tiré du journal français l’Express).

On assiste sous Macky Sall à la présidentialisation de l’arbitraire féodal caractérisé par des complots politiques démasqués, des rapports d’institutions républicaines (OFNAC, IGE, IGF, Cour des Comptes, etc) ignorés sur la corruption endémique qui épinglent des tenants du pouvoir lesquels restent impunis, des morts, disparitions ou assassinats inexpliqués de citoyens, d’agents de l’État, voire des forces de défense et de sécurité, des plaintes visant des partisans du pouvoir qui demeurent dans les tiroirs, des arrestations qui relèvent du flagrant délit d’arbitraire.

Les pantalonnades de ceux et celles qui sont prompts à l’inversion mensongère de l’accusation de « violence » viennent d’être mises à nues par la brutale violence d’État du 16 mars qui a conduit à l’hospitalisation de O. Sonko, de son avocat, des blessures de députés dont Guy Marius Sagna et des premiers morts de manifestants patriotes et démocrates.

Les silences assourdissants des « neutres » pour que jamm am ci deuk bi ne doivent pas devenir les fantassins conscients ou inconscients du sabordage en cours des conquêtes démocratiques qui feraient se retourner dans leurs tombes nos héros martyrs, notamment de la gauche communiste.

Stoppons la fascisation du régime néocolonial des libéraux de l’APR/BBY, sauvons nos conquêtes démocratiques et rétablissons l’état de droit !

Diagne Fodé Roland

 

Section: 
SONKO–DIOMAYE : Pourquoi la coopération vaut mieux que la rivalité
UNE DÉCISION JURIDIQUEMENT INDÉFENDABLE Pourquoi le Tribunal Arbitral du Sport annulera le forfait infligé au Sénégal
Qui dirige le Sénégal ?
NOS RESSOURCES NE DOIVENT PLUS ENRICHIR LES AUTRES. “L’Afrique doit servir d’abord les Africains”
DIOMAYE–SONKO ET LA TECTONIQUE DU POUVOIR : Quand les fissures du sommet traversent l’État
LA PAGE DE “L’AFFAIRE SOFTCARE” TOURNÉE : Les consommatrices soulagées
SÉNÉGAL : De nouveau sur la nécessaire et urgente refondation des institutions
(SUR)IMPOSITION DES RAPPELS DES ENSEIGNANTS, ENTRE FANTASMES, AMALGAMES ET COMMUNICATION HASARDEUSE : Des solutions à portée
PAYER LA BOURSE, STABILISER LE CALENDRIER UNIVERSITAIRE La réforme de l’enseignement supérieur et le défi du service public
Pour un Nouveau Modèle Pédagogique des Programmes d’Enseignement dans les Universités et des Instituts Supérieurs de Formation au Sénégal.
Le bruit autour de la fresque de Papa Ibra Tall à Thiès ne valait pas la peine
L’affaire Doudou Wade ou la frontière mouvante entre la parole politique et l’ordre public
La restructuration de la dette publique est-elle une solution face à la crise de l’endettement ?
NÉCROLOGIE : Christian Valantin : mémoire de notre histoire institutionnelle et diplomatique et emblème de l’unité culturelle du Sénégal
DIOM, FOULLA AK FAYDA : L’ADN immuable du sport sénégalais
CAN 2025 : Puisse la communion durer...
LETTRE OUVERTE AU PRÉSIDENT DE LA FIFA Finale de la CAN 2025 : Quand l’impartialité devient un impératif politique mondial
SENEGAL–MAROC : Héritage commun, destin solidaire au-delà des rivalités sportives
“Zéro talibé mendiant dans la rue’’ : objectif inatteignable ?
MAROC - SENEGAL : Quand la politique tue le football !