Publié le 10 Oct 2015 - 07:58
LIBRE PAROLE

Lettre ouverte à Monsieur le Président de la République,

 

En 2010, le Parlement adoptait la Loi sur la parité. Votre prédécesseur, Me Abdoulaye Wade, signa, le 16 juin 2011, le décret d’application de cette loi révolutionnaire dans la promotion et la restauration de la dignité des femmes. Il institua même un Observatoire national pour la parité (ONP) avec la mission de suivre, d’évaluer et de formuler des propositions tendant à promouvoir la parité entre les hommes et les femmes dans les politiques publiques.

Il est vrai que, sous Wade, avaient été prises des mesures importantes en faveur des femmes depuis l’adoption de la constitution en 2001. Il en est ainsi des lois sur la santé reproductive des femmes, de l’ouverture aux corps militaires et paramilitaires à leur endroit, de la parité, de l’octroi de hautes responsabilités politiques et administratives à des femmes,  etc.

C’est pendant que vous étiez aux affaires avec lui que certaines de ces mesures avaient été initiées. Donc, vous en êtes bien au fait et, si je me permets de vous les rappeler, Monsieur le Président de la République, c’est moins pour étaler des faveurs obtenues par les femmes de la part de l’ancien Chef de l’État que pour vous inviter à agir pour, sinon dépasser les acquis, du moins, les maintenir en  veillant, en tant que gardien de la Constitution, à ce que soient appliquées correctement et en toute rigueur les dispositions de la Loi sur la parité.

Il se trouve, Monsieur le Président de la République, qu’au lendemain des élections locales de 2012, le tout nouveau conseil municipal de Kaolack a élu un bureau faisant fi des dispositions de la Loi sur la parité. Des femmes élues soutenues par des organisations de la société civile attaquèrent cela devant la Cour d’appel de Kaolack qui a rejeté, le 25 juillet 2014, leur demande d’annulation de l’élection du bureau du Conseil municipal de Kaolack. Ne s’avouant pas vaincues, ces femmes portèrent l’affaire devant la Cour suprême. Plusieurs mois plus tard, elles obtinrent gain de cause.

La Cour suprême, en effet, infirma l’arrêt de la Cour d’appel de Kaolack sur le cas et ordonna la reprise de l’élection des membres du bureau du Conseil municipal de Kaolack parce qu’il ne respectait pas la parité. Seulement, depuis huit mois, les choses sont restées telles quelles. Le Conseil municipal n’a pas changé. Il se pose, dès lors, la légalité de ses délibérations et de tous les actes qu’il pose dans la mesure où la Cour suprême a déjà prononcé sa dissolution. Et nous ne comprenons pas que les autorités administratives compétentes ne fassent rien pour l’application correcte des décisions de la Cour suprême relatives à la reprise de l’élection des membres du bureau du Conseil municipal de Kaolack pour non-respect de la parité. Nous comprenons d’autant moins cela qu’une pareille situation était connue à Keur Massar mais a été corrigée depuis le mois juillet.

C’est pourquoi nous osons vous interpeler, Monsieur le Président de la République, afin que vous fassiez respecter, à Kaolack et partout où besoin sera, les dispositions de la Loi sur la Parité dans les conseils locaux.

Plus généralement, au nom de toutes les femmes du Sénégal, nous vous demandons de veiller à confier davantage de responsabilités aux femmes, autant dans l’administration centrale que dans les sphères du gouvernement. Il est loisible à qui veut de constater que les nominations en conseil des ministres semblent peu concerner les femmes. Tout comme il est aisé de remarquer que la représentativité des femmes au niveau du gouvernement est réduite à la portion congrue. En effet, on ne compte que sept femmes sur plus de trente ministres. C’est aussi le lieu de rappeler que sur 120 membres, au CESE, autre institution importante de notre République, il n’y a que 23 femmes.

Monsieur le Président de la République, les femmes jouent un rôle important dans l’approfondissement de la démocratie et le développement économique et social au sein de notre pays. Elles demandent, en retour, un traitement qui soit digne de leur engagement. Cela passe par la possibilité de faire en sorte que les femmes et les hommes aient un égal accès aux différentes instances de décisions à travers l’élargissement de la parité aux fonctions nominatives.

Très haute considération.

Mbenda Ndiaye

Conseillère municipale, membre comité directeur

du Parti démocratique sénégalais (PDS)

 

Section: 
PROPOSITIONS DE RÉFORME-DIVORCE : Mettez juste un trait d’union
Saisine du conseil constitutionnel et dispersion de la classe politique
Commentaires sur l’avant-projet de loi portant révision de la Constitution
LA RUE COMME MUSÉE : Pour une esthétique populaire de la ville africaine
Hommage à Mame Less Camara (3 ans déjà....)
YAKAAR-TERANGA : Les véritables pertes de l’État du Sénégal et les conséquences dévastatrices
YAKAAR-TERANGA : Les deux raisons du départ de kosmos
MÉMOIRE - TROIS ANS DÉJÀ : Malick Ndiaye, le veilleur de l’éthique Ceddo
REVALORISATION DE LA FORMATION DES JOURNALISTES DANS LE CADRE DU FADP ET RÔLE PIONNIER DU CESTI : Le pari de la qualité
DU TEXTE AU GESTE : L’ordre de préséance et la valorisation des élus à la lumière du décret n°99 252 du 19 mars 1999
AU SENEGAL, LES PAUVRES PAIENT PLUS POUR SE SOIGNER : Le paradoxe de notre système de santé
DE LA SUPRÉMATIE PRÉSIDENTIELLE : Entre conflits et primauté
Analyse de la décision n° 2/C/2026 du Conseil Constitutionnel
De grâce ne nous faites pas ça !
SONKO MOY DIOMAYE - DIOMAYE MOY SONKO : C’est le difficile qui est le chemin
Vous n’avez même pas honte : récit d’une fraternité trahie
Refus de l’intangibilité absolue du titre foncier et fondement juridique d’une politique de récupération des biens publics irrégulièrement appropriés
CULTURE AU SÉNÉGAL : Une puissance créative entravée par ses propres failles
Les mineurs artisanaux africains méritent le développement, pas l’effacement
LE SÉNÉGAL DEVANT UN DÉTROIT D’ORMUZ FINANCIER : Explication métaphorique des TRS