Le triptyque de Seydina Limamou Laye pour une société unie

Comment réussir l’intégration humaine à travers les enseignements de Seydina Limamou Laye ? C’est à cette question qu’a tenté de répondre Ibrahima Samb, membre du comité scientifique de l’Appel des Layennes, en s’appuyant sur un triptyque qu’il juge indissociable : l’intégration spirituelle, l’intégration sociale et l’intégration économique. Selon lui, ces trois dimensions forment un tout cohérent, sans lequel aucune société ne peut prétendre à l’équilibre, à la justice et à la paix durable.
Pour Ibrahima Samb, les sociétés contemporaines sont confrontées à une accumulation de crises multiformes. Il évoque la désagrégation progressive des liens sociaux, l’élargissement des inégalités économiques, la montée des conflits et de la criminalité transnationale. À ces difficultés s’ajoutent, selon lui, les défis environnementaux, le repli identitaire croissant et les mutations technologiques accélérées qui transforment profondément les modes de vie et de communication. Ces mutations, loin de toujours rapprocher les individus, contribuent parfois à renforcer leur isolement et leur fragilité sociale.
Il s’appuie notamment sur une étude de l’Université de Pittsburgh publiée en 2017, qui révèle que les personnes utilisant les réseaux sociaux plus de deux heures par jour présentent un risque de sentiment d’isolement social deux fois plus élevé que celles qui les utilisent moins de trente minutes. Pour Sherry Turkle, professeure d’études sociales en science et technologie au Massachusetts Institute of Technology (MIT), le problème ne réside pas dans le fait que la technologie nous sépare, mais dans le fait qu’elle nous offre l’illusion de la connexion alors que, dans la réalité, nous devenons de plus en plus isolés.
Ces différents facteurs, explique Ibrahima Samb, ont contribué à l’affaiblissement de l’esprit de fraternité et de solidarité, ainsi qu’au recul du sens de la responsabilité collective, notamment chez les jeunes et les adolescents. Dans ce contexte de crises multiples, il estime qu’il incombe à l’humanité de trouver des solutions radicales, d’autant plus que les tentatives entreprises jusqu’à présent se sont souvent révélées insuffisantes ou inefficaces.
C’est dans ce cadre qu’il appelle à un retour aux enseignements du Mahdi promis, Seydina Limamou Lahi Al Mahdi (PSL). Selon lui, ce dernier est parvenu à bâtir une société équilibrée, solidaire et inclusive, fondée sur la cohésion et l’entraide. Dans sa vision, la solidarité n’est pas un simple acte caritatif occasionnel, mais un véritable mode de vie. Elle établit la justice sociale, renforce l’harmonie entre les individus et combat les causes de la division et du repli identitaire. Il s’agit, précise Ibrahima Samb, de construire une société cohésive où la dignité humaine est préservée et où les valeurs spirituelles se transforment en pratiques concrètes et institutionnelles, capables de répondre aux défis de l’époque et de réaliser une intégration humaine globale.
L’intégration spirituelle
Selon Ibrahima Samb, la religion constitue un facteur essentiel de cohésion et d’intégration, car elle unifie la finalité de l’existence humaine. Il cite à ce propos le verset : « Je n’ai créé les djinns et les hommes que pour qu’ils M’adorent » (Sourate 51, verset 56). Puisque la finalité de l’être humain est une, il incombe donc aux hommes de coopérer pour la réaliser. Cette coopération repose sur une fraternité religieuse qui transcende les liens du sang : « Les croyants ne sont que des frères. Réconciliez donc vos frères » (Sourate 49, verset 10). Il est ainsi demandé aux croyants d’unifier leurs rangs, de rétablir la concorde et de consolider leurs relations : « Et cramponnez-vous tous ensemble au câble d’Allah et ne vous divisez pas… » (Sourate 3, verset 103).
Le Prophète Muhammad (PSL) a également enseigné : « Le croyant pour le croyant est comme un édifice dont les parties se soutiennent mutuellement ». Dans cette même veine, Seydina Limamou Lahi Al Mahdi (PSL) déclarait : « Sachez que la religion n’est rien d’autre que le bon conseil, l’amour et l’entraide. Les disputes, les querelles, l’abaissement mutuel, les moqueries et les conflits y sont interdits ». Il liait ainsi l’adoration à l’amour mutuel, considérant que le véritable croyant est celui qui aime l’ensemble des croyants sans nourrir de haine envers aucun d’entre eux. Il faisait de l’amour le fondement de toute relation saine au sein de la communauté. Il affirmait d’ailleurs : « Le conseil sincère envers l’ensemble des musulmans consiste à les aimer tous ».
Seydina Limamou Lahi fut, selon Ibrahima Samb, le premier à mettre en pratique cette philosophie. Il considérait ses disciples comme ses bien-aimés et ses proches, veillant sur leurs conditions, les visitant avec sollicitude et prenant soin d’eux avec une attention exemplaire. Il insista également sur le principe d’inclusivité, sans exclure quiconque de l’adoration. Dans l’introduction de son premier sermon, il s’adressa à tous : « De Limamou Lahi à l’ensemble de ses disciples et des croyants, hommes et femmes, jeunes et âgés ». Il ajouta : « La religion est égale pour les grands et les petits, pour les hommes et les femmes ».
Il accorda ainsi une attention particulière aux catégories vulnérables auparavant marginalisées, notamment les enfants et les femmes. Il les intégra pleinement dans la vie religieuse et communautaire, leur confiant des responsabilités adaptées à leurs capacités, conformément au hadith : « Vous êtes tous des bergers et chacun est responsable de son troupeau ». Ces réformes contribuèrent à instaurer un véritable équilibre social fondé sur l’affection et la miséricorde, afin que chaque individu devienne le miroir de l’autre, comme l’a dit le Prophète (PSL) : « L’exemple des croyants dans leur affection, leur compassion et leur miséricorde est comparable à celui d’un seul corps ».
L’intégration sociale
Sur le plan social, Ibrahima Samb rappelle ce verset fondamental : « Ô hommes ! Nous vous avons créés d’un mâle et d’une femelle, et Nous avons fait de vous des nations et des tribus, pour que vous vous entre-connaissiez » (Sourate 49, verset 13). La diversité humaine, selon lui, vise donc la coopération et l’intégration, non le conflit. L’imam Fakhr Al-Dîn Al-Râzî explique que la diversité a été instituée pour favoriser la connaissance mutuelle et non pour instaurer la rivalité ou l’orgueil, car ces derniers engendrent la haine et la rupture, toutes choses prohibées. Seydina Limamou Lahi (PSL) consolida ce principe en appelant à l’harmonie sociale : « Celui qui ne se lie pas aux gens, les gens ne se lient point à lui et l’aide d’Allah ne descend pas sur lui ». Le secours divin est ainsi conditionné par la cohésion et l’unité de la société, chaque individu représentant une pierre essentielle de l’édifice collectif.
La société, souligne Ibrahima Samb, recèle en son sein des ressources, des capacités et des richesses suffisantes, réparties entre ses membres. Cela exige une coopération absolue pour en tirer mutuellement profit. Pour réaliser cette intégration sociale, Seydina Limamou Lahi œuvra pour la justice et l’égalité sociales. Il substitua les titres et les patronymes, sources d’arrogance et de mépris, par le nom « Lahi », afin que tous se rattachent à Allah. Il adopta également le vêtement blanc comme symbole d’unité, d’égalité et de pureté.
Ainsi, les distinctions de richesse, de statut ou de fonction s’effaçaient au profit de la fraternité, de l’intérêt général et du service mutuel, conformément au hadith : « Les créatures sont la famille de Dieu, et les plus aimées de Dieu sont celles qui sont les plus utiles à Sa famille ». En déclarant : « Soyez des marcheurs vers le bien et des abstentionnistes du mal », Seydina Limamou Lahi redéfinit l’adoration comme une notion englobant toute action bénéfique à autrui et toute prévention du mal. Son successeur, Seydina Issa, institutionnalisa ces principes à travers les comités des pairs, appelés « maas », chargés de missions sociales telles que la rénovation des habitations et la préservation de l’hygiène publique.
L’intégration économique
Seydina Limamou Lahi (PSL), selon Ibrahima Samb, accordait une grande importance à l’amélioration des conditions économiques. Il encourageait le travail et la production, donnant lui-même l’exemple par la pratique de la pêche et de l’agriculture. Pour lui, l’indépendance économique était une condition de la dignité humaine et de la stabilité sociale. Il insistait sur le gain licite : « Ne consommez, ne buvez, ne portez et n’utilisez que ce qui est licite ».
Ce principe constitue un rempart contre les dérives économiques contemporaines telles que la corruption, le blanchiment d’argent et le détournement des fonds publics, car la conscience de la surveillance divine précède toute surveillance humaine. Dans le cadre de la production, Seydina Limamou Lahi mobilisa les ressources humaines pour soutenir l’agriculture et favoriser l’autosuffisance. Il institua ainsi une forme de coopération économique communautaire, rare à son époque, fondée sur l’entraide et le partage des efforts. Concernant l’intégration des femmes dans l’activité économique, sous l’impulsion de Seydina Issa Rouhou Lahi, les femmes furent intégrées dans un cadre respectueux des valeurs et de la dignité. Des maisons leur furent mises à disposition à proximité de leur lieu de travail, notamment des marchés, afin de faciliter leur participation à l’activité économique sans compromettre leur sécurité et leur honneur.
Quant à la répartition équitable des richesses, Seydina Limamou Lahi enseignait que la richesse n’a de valeur que lorsqu’elle est dépensée pour les besoins essentiels et pour la cause d’Allah. Il élargit le champ de la zakat à l’ensemble des revenus et des ressources, organisant sa collecte et sa redistribution de manière institutionnelle. Au point, rapporte Ibrahima Samb, qu’il devint rare de voir un membre de sa communauté mendier. Il instaura également des mesures concrètes pour éviter les inégalités visibles, comme le partage des vêtements lors des périodes de disette, l’encouragement de l’aumône, des dons et des waqfs, afin de subvenir aux besoins fondamentaux des plus démunis.
Ces pratiques renforçaient la solidarité et réduisaient les écarts sociaux. En définitive, conclut Ibrahima Samb, les sociétés modernes sont confrontées à des défis existentiels majeurs qui font de l’intégration humaine une nécessité civilisationnelle. Seydina Limamou Lahi (PSL) a offert un modèle pratique de société solidaire, capable de surmonter les crises et de réaliser un développement global et durable. Ces enseignements constituent une voie salutaire pour l’humanité, gouvernants comme gouvernés, car ils garantissent la stabilité, la dignité et le bien-être. Comme l’a dit le Très-Haut : « Quiconque suit Ma guide ne s’égarera ni ne sera malheureux » (Sourate 20, verset 123).
CHEIKH THIAM






