Le silence complice

Disparu la nuit du match à Salé, non loin de Rabat, Cheikh Charles Diouf a été retrouvé mort le lendemain. Au lieu de mener une enquête impartiale, la direction générale de la sûreté nationale marocaine a essayé de noyer l’affaire, en écartant systématiquement la thèse du meurtre avancé par certains proches. Mais le plus écœurant, c’est le silence qui entoure ce dossier depuis une semaine.
Cela fait une semaine depuis que le corps du Sénégalais Cheikh Charles Diouf a été découvert par ses proches à Salé, une ville proche de Rabat, au lendemain de la finale de la coupe d’Afrique des nations opposant le Sénégal au Maroc. Les témoignages des premiers témoins qui l’ont identifié au niveau de la morgue sont formels. “Nous avons trouvé le corps dans un état pitoyable, avec des blessures un peu partout. Le drap qui l’enveloppait était aussi imbibé de sang. Ce n'est pas une mort naturelle”, lançait un des témoins à la morgue, non sans appeler les autorités à faire le nécessaire pour que la lumière soit faite.
Très vite, l’information s’est répandue sur les réseaux sociaux, reprise par plusieurs medias en ligne. Dans la foulée, la Police marocaine s’est saisie de l’affaire, a récupéré le corps, avant de pondre un communiqué très suspect, qui écarte sans enquête la thèse du meurtre. Dans un article publié le 20 janvier, soit deux jours après la finale, le site “Le360” réfutait sans réserve cette version, en citant la direction générale de la sûreté nationale. “…Aucun cas de coups et blessures ayant entraîné la mort d’un citoyen sénégalais, selon le mode opératoire évoqué, n’a été enregistré”, soutenait la Police, précisant se baser sur des investigations et recherches approfondies, menées suite à la diffusion des contenus sur le meurtre présumé de Diouf.
La Police marocaine ne s’est pas limitée à ce démenti. Comme pour dissimuler ce qui s’est réellement passé, elle a parlé de la découverte du corps d’une personne non identifiée originaire d’Afrique subsaharienne.
La deuxieme mort de Cheikh Diouf
“Le corps, qui dégageait une forte odeur d’alcool, ne présentait aucune trace apparente de violence ou de résistance, à l’exception de légères marques de morsures, lesquelles ont été attribuées, sur la base des constatations effectuées, à la présence de chiens errants sur le lieu de la découverte”, persistaient-ils sans aucune précaution. Ce qui tranche d’avec la version servie par les Sénégalais qui ont été à la morgue pour l’identification du corps. Ce communiqué a été largement relayé dans la presse marocaine et internationale, poussant de nombreuses personnes à présenter l’information comme étant fausse, alors qu’elle est bien réelle. Il faut noter que depuis que cette affaire a éclaté, très peu de voix officielles se sont exprimées coté sénégalais.
Pendant que la Police s’évertue à écarter de manière systématique tout meurtre dans cette affaire, la justice marocaine ne lésine pas sur les moyens pour traquer et réprimer certains supporters sénégalais. Un compatriote témoigne : “Mon ami qui est rentré aujourd’hui (hier) a vu à l’aéroport les policiers essayer d’empêcher un sénégalais de prendre son vol, sous le prétexte qu’il a été identifié parmi les casseurs….” C’est donc dans ce contexte que le Premier ministre est attendu demain au Maroc, pour une visite de 48 heures, dans le cadre de la 15e grande commission mixte de coopération sénégalo-marocaine. “Ce déplacement important s’inscrit dans le cadre du renforcement des liens historiques très forts et du partenariat stratégique entre Dakar et Rabat”, informe le gouvernement sénégalais.
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FINANCE, IDE, COMMERCE
Les axes de la coopération sénégalo-marocaine
Depuis la fin de la Coupe d’Afrique des nations marquée par des messages de haine de part et d’autre, ils sont nombreux de part et d’autre, les notables à appeler à l’accalmie compte tenu des relations anciennes entre les deux peuples.
Dans le dossier de presse partagé en prélude à la visite du PM, la Primature est revenu particulièrement sur le volet économique et politique de ce partenariat. Le moins que l’on puisse dire c’est que les échanges tournent largement en faveur du royaume du Maroc.
Selon la source, en 2024, les exportations du Sénégal vers le Maroc étaient évaluées à 24,7 milliards FCFA, alors que les importations étaient estimées à 147 milliards FCFA. Principalement, le Sénégal exporte du poisson frais ; des conserves de thon et de sardine ; la pâte d’arachide ; la noix de coco ; la noix de cajou ; les produits horticoles, notamment les piments et les mangues. Quant aux importantions, elles sont dominées par des produits manufacturés et de consommation courante. Le document note ainsi les pâtes alimentaires, le couscous et les pains préparés ; les détergents et les savons ; les produits de boulonnerie et de visserie ; les fruits et légumes, notamment les agrumes….
Le document de la Primature est aussi revenu sur le niveau important des investissements directs étrangers marocains au Sénégal. “Le stock d’IDE marocains au Sénégal s’établit autour de 105 millions USD en 2016 et 2017, avant de progresser pour atteindre environ 116 millions USD en 2018 puis un sommet de près de 136 millions USD en 2019. Cette montée en puissance traduit un ancrage financier et stratégique croissant des groupes marocains au Sénégal, particulièrement dans les services financiers, l’immobilier, les télécommunications et les services aux entreprises”, indique le document.
Il faut noter que les entreprises marocaines, sont des secteurs stratégiques tels que l’agroalimentaire, la pharmacie, l’énergie, les bâtiments et travaux publics (BTP), les mines, ainsi que les services. “Cette dynamique est renforcée par la présence d’institutions bancaires marocaines de premier plan telles que la Banque Marocaine pour le Commerce Extérieur (BMCE), Attijariwafa Bank, la Banque centrale populaire (via Banque Atlantique). En plus des banques, des institutions marocaines sont présentes dans le secteur de la microfinance comme AMIFA et des Assurances avec Wafa assurance”, souligne le document.
Sur le plan politique, le gouvernement a magnifié une coopération ancienne aussi bien au plan bilatéral que multilatéral. “Le partenariat stratégique entre les deux pays se traduit par une convergence de vues sur les principaux dossiers internationaux et régionaux. Sur le plan bilatéral, il se manifeste par une coopération étroite et des consultations régulières, ainsi qu’une participation mutuelle aux sommets, forums et autres événements organisés dans chacun des pays”, indique la le document de presse.
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AMADOU CHÉRIF DIOUF, SECRÉTAIRE D’ÉTAT CHARGÉ DES SÉNÉGALAIS DE LEXTERIEUR “Une autopsie a été demandée pour déterminer la cause exacte de sa mort” Le Secrétaire d’État chargé des Sénégalais de l’Extérieur, Amadou Chérif Diouf, a apporté quelques précisions à ce décès plus que troublant. Le ton est on ne peut plus diplomatique. Au lendemain de la finale de la Coupe d’Afrique des Nations de football, le corps sans vie d’un Sénégalais a été découvert au Maroc. Que sait-on sur son identité et les circonstances de son décès ? Nous regrettons ce qui s’est passé lors de la finale jouée le 18 janvier dernier en termes d’incidents. Mais, à l’ère de la désinformation marquée par la propagation d'informations fausses, il faut davantage faire attention par rapport aux informations qui circulent sur les réseaux sociaux. C’est la raison pour laquelle, pour répondre à votre question, je vais rester dans cette logique de prudence. Nous avons des informations relatives au décès, dans des circonstances troubles, de notre compatriote Charles DIOUF à Salé, non loin de Rabat. Une autopsie a été demandée pour déterminer la cause exacte de sa mort. Nous attendons de récolter toutes les informations nécessaires pour informer. Vous comprendrez donc que je ne puisse pas, en l’état actuel de la situation, avancer sur cette affaire. Les autorités marocaines (la Police) avaient fait un communiqué à la suite de cette annonce pour parler de fake news, avant de reconnaître la découverte d’un corps originaire de l’Afrique subsaharienne, tout en écartant systématiquement la thèse du meurtre. Cela n’est-il pas de nature à biaiser l’enquête ? Je ne peux pas, pour le moment, me prononcer sur l’ouverture d’une enquête au Maroc, encore moins dire que celle-ci serait biaisée. Je crois que nous n’en sommes pas encore là. Je suis tout à fait d’accord qu’il va falloir continuer les investigations. Dans cette optique, je peux vous assurer que toute la procédure d’assistance consulaire, en de pareils cas, sera mise en œuvre notamment par notre Ambassade à Rabat et notre Consulat général à Casablanca. Au-delà de ce cas, nous avons reçu des informations sur les intimidations, harcèlements et actes racistes envers des Sénégalais au Maroc. Quelles sont les dispositions prises par les autorités des deux pays pour que ces actes cessent et qu’il n’y ait pas d’autres drames ? Il faut dire qu’il est de la nature du sport en général, du football en particulier, de déchainer des passions. Par définition, les passions sont difficilement maîtrisables. Je voudrais reprendre les propos du Premier ministre Ousmane SONKO pour appeler à l’apaisement et insister sur les liens séculaires qui unissent la République du Sénégal au Royaume du Maroc. Ces liens forts dépassent le cadre du football et transcendent le sport. Je réitère par conséquent mon appel à l’apaisement. Des Sénégalais s’épanouissent au Maroc. Il en est de même pour les Marocains qui vivent au Sénégal. Cette belle et exemplaire relation entre les deux États est à protéger des démons de la division. Si les actes auxquels vous faites allusion sont avérés, nous les regrettons. Je voudrais ajouter que j'ai l'honneur d'accompagner le Premier ministre Ousmane Sonko, du 25 au 29 janvier 2026 au Maroc, dans le cadre de la Grande Commission mixte entre le Sénégal et ce pays frère. Je mettrai à profit ce déplacement pour rendre visite à nos compatriotes incarcérés ou blessés en vue de leur apporter soutien et assistance. |
Mor AMAR






