Publié le 18 Mar 2026 - 13:55
IMPORTATIONS FRAUDULEUSES DE POULETS  

Rouge de colère, ce que compte faire l'IPAS

 

Face à l'hémorragie provoquée par les importations frauduleuses, l'Interprofession avicole du Sénégal (IPAS) ne compte plus croiser les bras. En promettant d'inonder le marché pour la Korité, elle compte s'ériger en bouclier pour freiner les personnes qui tentent d'amener des poulets frauduleux venant d'autres pays au Sénégal, avec 97 milliards de FCFA de chiffre d'affaires évincés au détriment de leurs entreprises nationales et une perte d'environ 60 000 emplois menacés ou supprimés.

 

À quelques jours de la célébration de la fête de la Korité, où le poulet est traditionnellement à l'honneur au Sénégal, l'Interprofession avicole du Sénégal (IPAS) a fait face à la presse hier pour dénoncer l'entrée frauduleuse de poulets au Sénégal. Selon son président, à l'approche de la Korité et de Pâques, moments de communion nationale et de forte demande de consommation, l'IPAS a voulu prendre la parole pour éclairer l'opinion publique.

Si la filière avicole a prouvé sa capacité à assurer l'autosuffisance du pays grâce aux mesures de protection sanitaire en vigueur depuis 2005, déplore le Dr Elhadji Maodo Diouf, elle fait face aujourd'hui à une agression économique et sanitaire sans précédent qui menace sa survie et la santé des concitoyens sénégalais.

"Le constat technique est sans appel : notre marché est inondé par des flux informels massifs provenant de marchés limitrophes, dont les volumes d'importation dépassent largement les capacités de consommation locale. En 2023, les statistiques ont révélé des importations dans la sous-région s'élevant à près de 45 479 tonnes de poulets. Rapporté à la population de ces zones de transit, ce volume correspond à une consommation théorique de 17 kg par habitant, soit plus de trois fois la moyenne. sous-régionale. Ce surplus d'environ 30 000 tonnes, équivalant à 20 millions de poulets, alimente inévitablement des circuits frauduleux qui aboutissent sur nos étals", dénonce le Dr Diouf.

Il parle d'une urgence de santé publique et d'un péril invisible. Car, dit-il, « au-delà de l'économie, c'est la santé des familles qui est sacrifiée par des réseaux mafieux pour des profits faciles. L'IPAS alerte solennellement sur les dangers de ces produits importés frauduleusement, qualifiés de « poulets morgues ». Un processus souvent hors sanitaire de contrôle. Ces poulets subissent des cycles de congélation et de décongélation non maîtrisés, favorisant la prolifération bactérienne ».

Pour étayer ses accusations, il souligne que leur traçabilité est inexistante, « contrairement aux produits locaux, ces importations ne garantissent ni la date de production, ni le respect des normes vétérinaires internationales. Une incertitude religieuse et éthique, et rien ne garantit que ces produits répondent aux exigences du rite Halal, contrairement à notre production 100 % locale, rigoureusement contrôlée", indique le patron de l'IPAS.

Un manque à gagner de 124 milliards de FCFA

Cette situation crée une hémorragie économique et sociale. Leur constat technique, basé sur des flux de réexportation massifs dans la sous-région, est accablant, avec près de 30 000 tonnes de surplus, soit 20 millions de poulets, inondant frauduleusement leurs étals. Cette fraude engendre, dit-il, un manque à gagner de 124 milliards de FCFA pour l'économie sénégalaise.

"Il y a une souveraineté industrielle avec 97 milliards de FCFA de chiffre d'affaires évincés au détriment de leurs entreprises nationales. Ce qui constitue un désastre pour l'emploi, avec environ 60 000 emplois directement menacés ou supprimés. Chaque lot de poulets importés illégalement détruit le gagne-pain d'un jeune, d'un voisin ou d'une mère de famille sénégalaise. Une perte fiscale de près de 4,8 milliards de FCFA échappe chaque année au Trésor Public, une somme qui pourrait équiper nos fermes modernes ou financer de nouvelles unités de production », fulmine le Dr Elhadji Maodo Diouf.

Ainsi, l'IPAS tient avant tout à rassurer les consommateurs sénégalais quant à la disponibilité du poulet local en quantité suffisante sur l'ensemble du territoire. Le président informe que grâce aux investissements colossaux des acteurs nationaux (accouveurs, fournisseurs et éleveurs), la production est dimensionnée pour répondre à la demande de pointe de la Korité et de Pâques avec des produits de qualité supérieure, frais et sains. « Il n'y a donc aucune raison objective de se tourner vers des circuits d'approvisionnement alternatifs et risqués », dit-il. Avant de préciser que le besoin en poulet au Sénégal est estimé entre 75 et 80 millions.

 Ce faisant, l'IPAS informe l'opinion qu'elle se constituera désormais systématiquement partie civile contre tout fraudeur ou revendeur peu scrupuleux identifié dans ces réseaux de trafic. « La loi doit s'appliquer dans toute sa rigueur pour préserver l'intérêt général et la dignité de nos producteurs. L'IPAS salue avec force l'engagement patriotique de la Douane sénégalaise et du ministère de tutelle. Leurs efforts inlassables sur le terrain sont les remparts essentiels de notre souveraineté alimentaire. En cette période de fête, choisissons la sécurité, la qualité et la solidarité : consommer le poulet de chez nous", lance le Dr Diouf.

S'agissant de la cherté des poulets, le Dr Diouf jure que cela ne dépend pas d'eux mais plutôt des aliments, et en grande partie du maïs. Si cette dernière baisse, le prix le sera aussi.

CHEIKH THIAM

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